Solidarité entre pays du Sud

Reconstruire à Madagascar après Fytia et Gezani : don de 12, 2 millions d’euros de la Chine

16 février, par Manuel Marchal

Face aux ravages climatiques, la solidarité entre peuples du Sud s’affirme comme une alternative aux aides conditionnées. L’accord conclu entre la Chine et Madagascar pour reconstruire après les cyclones illustre qu’une coopération fondée sur le respect mutuel peut répondre aux urgences sociales tout en préservant la souveraineté nationale.

La catastrophe a laissé des écoles ouvertes au vent, des dispensaires à l’abandon et des familles privées de tout. Dans plusieurs régions malgaches, les tempêtes ont rappelé une réalité brutale : les pays du Sud subissent de plein fouet les dérèglements climatiques qu’ils n’ont pas provoqués. Pourtant, lorsqu’il s’agit de reconstruction, les grandes puissances financières internationales répondent souvent par des prêts, assortis de conditions économiques qui aggravent la dépendance. C’est dans ce contexte qu’intervient l’accord de coopération signé entre Madagascar et la Chine. Pékin accorde une aide sans remboursement de 100 millions de yuans, soit environ de 12 millions d’euros. Contrairement aux mécanismes classiques d’endettement, ce financement n’impose pas de restructuration budgétaire ni de privatisations. Il cible directement les besoins urgents : rebâtir des écoles, remettre sur pied les structures de santé et soutenir les programmes publics de relance. L’éducation et la santé constituent les piliers de toute reconstruction durable. Réparer les routes est nécessaire, mais réparer l’avenir l’est davantage. Former les enfants et soigner la population, c’est empêcher qu’une catastrophe naturelle ne se transforme en catastrophe sociale durable. Le partenariat met ainsi l’accent sur les services publics, trop souvent sacrifiés au nom de l’austérité. Le président de la Refondation, le colonel Michaël Randrianirina, a exprimé la reconnaissance du peuple malgache. Au-delà des mots diplomatiques, ce remerciement traduit une réalité politique : la coopération Sud-Sud prend forme. Cette démarche questionne aussi l’ordre international. Pourquoi les nations frappées par des catastrophes climatiques devraient-elles encore s’endetter pour survivre ? Pourquoi les victimes paieraient-elles les conséquences d’un modèle économique mondial dont elles ne sont pas responsables ? L’initiative sino-malgache ouvre un autre chemin : celui d’une entraide respectueuse, sans tutelle économique. Pour les peuples de l’océan Indien, le message est clair. Face aux crises climatiques appelées à se multiplier, l’avenir passera par la solidarité régionale et internationale entre pays du Sud, par le renforcement des services publics et par la défense de la souveraineté. La reconstruction n’est pas seulement matérielle ; elle est politique. Elle affirme qu’un autre rapport entre nations reste possible, fondé sur la coopération plutôt que sur la dépendance.

M.M.

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