Maurice

Fabrice d’Unienville (expert en développement durable) : « Consommons de façon réfléchie »

Maurice, île durable

Témoignages.re / 23 octobre 2008

Le projet "Maurice, île durable" prend forme. Qu’est-ce qu’il implique ? Comment chacun peut-il apporter sa pierre à l’édifice ? Fabrice d’Unienville, responsable du développement durable chez Ciel Textile, répond à nos questions.

Navin Ramgoolam a présenté le projet "Maurice, île durable" à l’Unesco. Concrètement, comment se traduit cet engagement ?

- Depuis le dernier Budget, on a vu qu’il y a une réelle volonté politique et que la proposition du professeur Joël de Rosnay prend effet et se concrétise. Concrètement, je pense que le projet "Maurice, île durable" sera lancé l’année prochaine. D’ailleurs, la Semaine du développement durable se tiendra en février ou mars à Maurice. C’est toute la société mauricienne qui doit être partie prenante et acteur de ce projet, du petit Mauricien jusqu’à la grande entreprise y compris l’État.

Quels sont les enjeux écologiques actuels dans le monde et pour un petit État insulaire comme l’île Maurice ?

- Sur le plan international, il y a, premièrement, le réchauffement climatique. En deuxième lieu, l’appauvrissement des ressources en eau causé par une démographie exponentielle. Les experts pensent que d’ici à 2050, il y aura 12 milliards d’habitants, soit le double du nombre d’êtres humains sur Terre. Il y a aussi un appauvrissement des ressources alimentaires et de la biodiversité vu que l’humain prend plus d’espace.
Pour revenir à Maurice, nous sommes un petit caillou perdu dans l’océan avec quasiment aucune ressource. Nous dépendons de la pluie pour nos ressources en eau et de l’importation pour nos produits alimentaires. Le jour où l’Inde, la Thaïlande, ces pays qui nous fournissent l’alimentation de base comme le riz et le maïs ne pourront plus subvenir à leur propre besoin - et c’est déjà arrivé - les premiers pays qui y passeront seront les petits États qui ne pèsent pas très lourd dans leurs exportations.
D’autre part, notre économie actuelle est basée principalement sur l’image du pays pour attirer les touristes, les investisseurs étrangers... Le jour où nous perdrons cette image favorable de Maurice comme un paradis parce que le pays sera trop pollué et défiguré par un urbanisme non-contrôlé, il ne nous restera que nos yeux pour pleurer.

Comment réduire sa consommation d’énergie et agir pour le développement durable ?

- Chacun doit prendre conscience qu’il a une réelle empreinte écologique sur la Terre et que tout le monde consomme des biens, des services et des ressources. Et que cette consommation frénétique et mal contrôlée fatigue la Terre. À titre d’exemple, si tout le monde consommait comme les Occidentaux, il nous faudrait sept planètes Terre. Et pourtant, les Occidentaux ne représentent que 4% de la population mondiale. L’Inde, la Chine et l’Afrique qui ont des populations importantes ne consomment presque rien à côté de l’Occident. Il faudrait aussi une ouverture d’esprit sur ce nouveau modèle de société qu’est le développement durable. Troisièmement, il faut être un acteur du développement durable quotidiennement, c’est-à-dire consommer de manière réfléchie : en triant ces déchets, en envoyant à recycler des produits en plastique, en laissant pourrir ses déchets alimentaires pour en faire du compost, en réduisant sa consommation d’électricité...


Un Forum écologique mondial à Maurice en 2011

Un Forum écologique mondial se tiendra en 2011 à l’île Maurice, a confirmé vendredi à l’agence Xinhua le scientifique français Joël De Rosnay, conseiller auprès du gouvernement mauricien.
A l’instar du Forum économique mondial de Davos, cette conférence verra la participation de spécialistes venus de tous les pays, qui discuteront du développement durable.
M. de Rosnay a ajouté que ce sera l’occasion de faire le point sur la recherche et sur les dernières applications technologiques en matière de protection de l’environnement.
Il a également fait mention du projet Maurice Ile Durable (MID) qui constitue un projet intégré de production et d’économie énergétique et dont le budget 2008-2009 accorde une large place. Il a observé que depuis le lancement du projet beaucoup de progrès ont déjà été accomplis.
Le Parlement mauricien a adopté un budget proposé par le ministre des Finances, et les subventions sont accordées pour l’achat et l’installation de chauffe-eau solaire, a-t-il rappelé.
L’objectif de Maurice est de produire 65% des énergies dont elle aura besoin en 2028. Selon lui, 36% de ces énergies seront produites à partir de la biomasse, 15% à partir du solaire, 6% à partir du vent, 3% de l’hydroélectrique, 3% de la cogénération et 3% de sources diverses dont des vagues.