Maurice

La libération des Chagos menacée par Maurice

Mathieu Raffini / 15 décembre 2020

Alors que la résolution de l’ONU du 22 mai 2019 confirme le devoir de restitution de l’ensemble de l’archipel des Chagos à la République de Maurice, cette dernière, par la voix de son premier ministre Parvind Jugnauth menace l’intégrité de la restitution, et ainsi le devenir des Chagossiens.

La résolution de l’ONU est en effet pourtant claire : l’ensemble du territoire des Chagos doit être restitué à Maurice, dont les frontières ont été injustement imputées de ce territoire quelques temps avant l’indépendance de cette dernière. Or, le Royaume-Uni, qui avait jusqu’à novembre 2019 pour se retirer, ne l’a pas fait. Ils restent donc officiellement administrateurs du territoire, ainsi que bailleurs de l’atoll de Diego Garcia, loué aux Etats-Unis où ils y ont installé une grande base militaire.
Dans le même temps, le peuple chagossien, chassé de leur pays par le Royaume-Uni, se bat pour le droit à la dignité et au retour dans leur pays de naissance ou d’origine, retour qui leur est aujourd’hui refusé par l’autorité administrative qu’est le Royaume-Uni.

C’est pourquoi le Groupe Réfugiés Chagos, mené par Olivier Bancoult s’appuie sur la République de Maurice afin de faire valoir les droits chagossiens de récupérer leur terre et celle de leurs ancêtres face aux britanniques. Aide, qui avec celle de nombreux bénévoles du monde entier, et notamment Réunionnais, a permis aux Chagossiens d’entamer les démarches juridiques nécessaires pour faire valoir leurs droits.
Nous en sommes donc arrivés à cette situation : le Royaume-Uni doit restituer, sans condition aucune la totalité de l’archipel des Chagos.

Mais comme semblait l’avoir souligné Wavel Ramkalawan, président des Seychelles lors de sa visite début décembre à Maurice, il devait également être question de Diego Garcia dans la restitution, ce qui aurait permis au peuple chagossien de bénéficier de l’ensemble de son pays et aurait également mis fin à l’occupation de fait illégale de la puissance impérialiste extérieure que sont les Etats-Unis.
Mais dès novembre et l’officialisation de la victoire de Joe Biden aux Etats-Unis, le discours mauricien a changé :
Il devient alors question de trouver une solution pour Diego Garcia, « pour un bail à long terme avec les Etats-Unis concernant l’utilisation par les autorités américaines de Diego Garcia comme base militaire ».
Proposition renouvelée le 8 décembre devant l’Assemblée Nationale mauricienne, où Pravind Jugnauth a pourtant de nouveau exigé « que le Royaume-Uni mette immédiatement fin à son administration illégale de l’archipel des Chagos ». Pour autant, alors qu’il a annoncé condamner le Royaume-Uni pour crimes contre l’Humanité, chose extrêmement lourde de sens, il a dans le même temps expliqué vouloir « un accord à long terme avec les Etats-Unis ou, le cas échéant, avec le Royaume-Uni, en ce qui concerne l’installation de défense de Diego Garcia ».

En d’autres termes, en deux fois en moins d’un mois, Pravind Jugnauth, premier ministre mauricien a ouvertement trahi son engagement envers les Chagossiens, qui est de libérer leur pays des oppresseurs britanniques et américains, annonçant même être prêt à négocier avec l’ensemble des parties en jeu. Des négociations qui ne devraient même pas être mises à l’ordre du jour, étant donné que l’occupation britannique est illégale au regard du droit international, et que, par conséquent, le bail signé par les américains pour occuper militairement Diego Garcia est désormais nul et non avenu. Ces deux Etats occidentaux n’ont donc qu’une seule chose à faire, c’est quitter le territoire au plus vite et le laisser aux Chagossiens.

Mais évidemment cela ne sera pas aussi simple et il faudra bien d’autres batailles juridiques pour faire plier les grandes puissances occidentales que sont le Royaume-Uni et les Etats-Unis. Malheureusement pour les Chagossiens ils semblent être devenus des pions comme d’autres dans la question d’un pays qui est pourtant le leur, c’est pourquoi ils auront plus que jamais besoin de notre soutien pour obtenir, et ce vraisemblablement sans aide de Maurice leur droit au retour et à la récupération de leur pays.

Mathieu Raffini