À Mayotte : Sébastien Lecornu face à un mouvement social
26 août, par« On ne mange plus à notre faim, on ne peut plus continuer à vivre comme ça »
« On ne mange plus à notre faim, on ne peut plus continuer à vivre comme ça »
26 août, par

Quelques jours après Edouard Philippe, Sébastien Lecornu est arrivé hier à Mayotte dans un contexte social tendu, marqué par l’appel à la grève de l’intersyndicale. Les revendications placent au premier plan salaires, emploi, services publics, logement, santé, éducation et transports. Elles interrogent la responsabilité de la classe au pouvoir et l’utilisation des moyens financiers considérables de la France par cette classe. Les revendications des syndicats montre que focaliser le débat sur l’immigration risque de masquer les causes profondes des difficultés sociales et les choix politiques qui les entretiennent. La grève porte ainsi une exigence : traiter les problèmes à leur racine plutôt que désigner leurs compatriotes des autres îles comoriennes comme responsables.
Photo d’archives d’une manifestation de la CGT de Mayotte
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu est arrivé ce 26 août à Mayotte dans un contexte social particulièrement tendu. L’intersyndicale a appelé à la grève et à manifester pendant sa visite. Derrière cette mobilisation, les revendications mettent en évidence une réalité : pour les organisations syndicales, les difficultés de Mayotte ne se résument pas à la question migratoire. « on ne mange plus à notre faim, on ne peut plus continuer à vivre comme ça », a déclaré une syndicaliste au micro de Mayotte la 1ère. Les difficultés renvoient d’abord aux choix politiques, économiques et budgétaires de Paris et de la classe au pouvoir à Mayotte depuis le maintien de l’administration française dans cette île comorienne intégrée à l’Union des Comores depuis le retour à l’indépendance de ce pays en 1975, année de l’admission à l’ONU des Comores composées de 4 îles dont Mayotte.
Cette dimension est essentielle. Le débat public sur Mayotte est largement orienté vers l’immigration et la sécurité. Or les syndicats replacent au centre les salaires, l’emploi, les services publics, le logement, la santé, l’éducation, les transports et les conditions de vie. Leur mobilisation pose ainsi une question politique : la question migratoire ne sert-elle pas de diversion pour détourner l’attention des responsabilités de ceux qui disposent du pouvoir et des privilèges à Mayotte et administrent les ressources considérables de la France ?
Car la France n’est pas un pays sans moyens. Elle dispose d’un budget, d’infrastructures et de ressources financières considérables. La question est donc celle de leur répartition et des priorités politiques qui président à leur utilisation. À Mayotte comme ailleurs, désigner les populations migrantes comme responsables des difficultés sociales peut conduire à occulter les responsabilités de ceux qui décident des politiques publiques.
Cette lecture donne une autre portée à l’appel à la grève. Elle ne serait pas seulement une contestation des conséquences de la crise, mais aussi une remise en cause de la manière dont celle-ci est présentée. Pour les syndicats, les problèmes sociaux doivent être traités à leur racine plutôt que renvoyés systématiquement à l’immigration.
M.M.
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