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par le Dr Raymond Vergès

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Insécurité à Mayotte : forte hausse des inégalités depuis 2011 parmi les explications

Le fossé se creuse entre les 10 % les plus riches et les autres depuis que ce territoire a été classé comme département par la France

samedi 1er octobre 2022, par Manuel Marchal


Le CEROM a publié une étude faisant le bilan de l’évolution de l’économie de Mayotte depuis que la France lui a donné le statut de département en 2011. Si les revenus ont augmenté, cela a profité à une minorité. Les inégalités se sont creusées entre les 10 % les plus riches et les autres, passant d’un rapport de 4 à 6,8, tandis que le taux de pauvreté a peu évolué, avec 77 % de la population sous le seuil de pauvreté. C’est sans doute là que réside une explication de l’insécurité croissante sur cette île.


Une étude du CEROM donne un coup de projecteur sur une des raisons de l’insécurité à Mayotte. Depuis que la France a donné à cette île le statut de département en 2011, une des conséquences a été la forte montée des inégalités entre les 10 % les plus riches et les autres.
L’étude du CEROM souligne une forte hausse du revenu moyen. « Entre 2011 et 2019, le revenu disponible par habitant augmente de 3,5 % par an à Mayotte ». Malgré cette hausse, Mayotte est encore loin des standards français : « En 2019, le revenu disponible par habitant s’élève à 7 200 euros à Mayotte, soit un tiers de la moyenne nationale »

Hausse des inégalités, pas de changement pour les trois-quarts de la population

« Mais les inégalités de revenus se renforcent car ce sont essentiellement les ménages les plus aisés, ayant un emploi salarié, qui en bénéficient », souligne le CEROM. En 2011, le « revenu plancher » des 10 % les plus riches était 4 fois supérieur au revenu médian. En 2018, il était 6,8 fois supérieur.
Pour le reste de la population en effet, la situation ne s’est relativement guère améliorée. « En 2018, 77 % des habitants de Mayotte vivent sous le seuil de pauvreté national », contre 84 % en 2011.
Malgré ce fort taux de pauvreté, « le montant des prestations sociales par habitant est 11 fois plus faible à Mayotte » qu’en France.

Une minorité intégrée au système français profite de la « départementalisation »

Cet accroissement des inégalités ne peut que fragiliser la société à Mayotte, et cela d’autant plus que les prestations sociales ne jouent pas un rôle suffisamment protecteur. En effet, Paris a refusé que les habitants de Mayotte soient égaux aux citoyens français dans ce domaine. Par conséquent, tant que ces inégalités ne seront pas résorbées, il sera sans doute illusoire de croire à la fin de l’insécurité à Mayotte. Malgré les différents votes organisés sur cette île, ces inégalités se sont accrues au profit d’une minorité. La répression n’est pas une solution.

M.M.


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