La ministre des Armées à Mayotte et mouvement social de l’intersyndicale

L’ombre d’une nouvelle base militaire française en Afrique sur fond de crise sociale à Mayotte

27 août, par Manuel Marchal

Arrivé le 26 août à Mayotte, Sébastien Lecornu est accueilli dans un contexte social tendu, l’intersyndicale ayant appelé à la grève. « On ne mange plus à notre faim », résume une syndicaliste. Salaires, emploi, services publics, logement, santé et transports sont au cœur des revendications. Les revendications des syndicats contestent ainsi la focalisation sur l’immigration, qui risque de masquer les responsabilités de Paris et de la classe au pouvoir dans les difficultés sociales. La présence de la ministre française des Armées interpelle également : elle donne une dimension stratégique au déplacement et relance la question d’un renforcement militaire français à Mayotte, territoire revendiqué par les Comores. La question est posée : après La Réunion, Paris prépare-t-il une nouvelle base militaire dans l’océan Indien ?

Photo : répression du rassemblement des syndicats hier par la police (source Mayotte la 1ère)

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu est arrivé ce 26 août à Mayotte dans un contexte social particulièrement tendu. L’intersyndicale a appelé à la grève et à manifester pendant sa visite. Derrière cette mobilisation, les revendications mettent en évidence une réalité : pour les organisations syndicales, les difficultés de Mayotte ne se résument pas à la question migratoire. « on ne mange plus à notre faim, on ne peut plus continuer à vivre comme ça », a déclaré une syndicaliste au micro de Mayotte la 1ère. Les difficultés renvoient d’abord aux choix politiques, économiques et budgétaires de Paris et de la classe au pouvoir à Mayotte
Le débat public sur Mayotte est largement orienté vers l’immigration et la sécurité. Or les syndicats replacent au centre les salaires, l’emploi, les services publics, le logement, la santé, l’éducation, les transports et les conditions de vie. Leur mobilisation pose ainsi une question politique : la question migratoire ne sert-elle pas de diversion pour détourner l’attention des responsabilités de ceux qui disposent du pouvoir et des privilèges à Mayotte et administrent les ressources considérables de la France ?

La présence de la ministre française des Armées à Mayotte interpelle

Un élément du déplacement mérite toutefois une attention particulière : la présence annoncée aux côtés du Premier ministre de plusieurs ministres français dont la ministre des Armées.
Cette présence donne une dimension stratégique au déplacement. Mayotte occupe une position géographique majeure dans l’océan Indien, à l’entrée du canal du Mozambique et à proximité des Comores, de Madagascar et des grandes routes maritimes reliant l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie.

Bases en Afrique : Après La Réunion, une autre base militaire française à Mayotte ?

La venue de la ministre des Armées peut donc être mise en relation avec le renforcement du dispositif militaire français dans cette région.
Il faut cependant distinguer les faits des hypothèses. La présence de la ministre s’inscrit-elle dans la perspective du projet d’une nouvelle base militaire française an Afrique, qui plus est en territoire comorien sans discussion avec l’Union des Comores ?
Le contexte stratégique rend légitime la question.
Mayotte est revendiquée par les Comores comme faisant partie de leur territoire national. Toute extension de la présence militaire française dans les Comores possède donc une portée qui dépasse largement les frontières administratives françaises. Elle touche directement aux relations entre la France et l’Union des Comores et, plus largement, à l’équilibre géopolitique de l’océan Indien.

Quels moyens pour quels objectifs du maintien de l’administration française à Mayotte ?

Le contraste entre la mobilisation sociale et les enjeux militaires pose finalement une question fondamentale : quelles sont les priorités du maintien de l’administration française à Mayotte ?
Les syndicats réclament des réponses aux problèmes qui touchent quotidiennement la population. Dans le même temps, l’État semble accorder une importance croissante aux questions militaires.
Et derrière la présence de la ministre des Armées se pose une autre question, plus stratégique : la France prépare-t-elle un nouveau renforcement de son dispositif militaire à Mayotte, dans un territoire occupé depuis la décolonisation de 1975 ?

M.M.

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