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5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
La vente d’eau du robinet : limites du modèle dans notre région
4 septembre 2023, par

Après son passage à La Réunion, Philippe Vigier était hier en visite à Mayotte pour évoquer la gestion de la pénurie d’eau. L’eau est une ressource vitale et elle rappelle les limites du mode de vie à l’occidentale présenté comme un modèle dans cette île administrée par la France. A La Réunion, ce modèle est responsable de la consommation de 180 litres d’eau potable par jour et par habitant. Si ce modèle est imposé partout à Mayotte, alors il n’y aura plus d’eau pour tout le monde.
Comme les autres pays de notre région, Mayotte est confrontée au changement climatique. Cela se traduit notamment par une modification du régime des pluies avec, pour La Réunion, une tendance à la sécheresse. Ce manque d’eau de pluie se vérifie dans les autres pays de notre région. A Mayotte, les réserves d’eau sont à un niveau extrêmement bas. Cela oblige à pratiquer des délestages : l’eau n’est plus disponible tous les jours pour tout le monde.
Cette crise résulte également de l’accroissement démographique. Au moment où Paris a décidé d’organiser le référendum d’autodétermination des Comores en 1974, Mayotte comptait moins de 50.000 habitants contre plus de 200.000 officiellement aujourd’hui, sans compter les milliers de travailleurs clandestins qui permettent de faire fonctionner la société de cette île administrée par la France.
Ceci n’est pas la seule explication. Il convient de s’interroger sur les conséquences de l’importation d’un mode de vie par l’immigration européenne. Les Européens ne vont pas chercher l’eau dans le puits, ils sont habitués à ce qu’elle soit servie sur un plateau, ou plus exactement au robinet sans avoir à faire d’effort.
La généralisation de l’eau potable au robinet est source de profits considérables pour les sociétés françaises qui contrôlent ce qui est devenu un marché, mais c’est aussi la source de gaspillages tout aussi considérables.
A La Réunion, un habitant consomme en moyenne 180 litres d’eau potable par jour, alors qu’à peine 2 litres sont strictement nécessaires pour l’alimentation. Le reste est potabilisé pour rien, pourrait-on dire. C’est la conséquence de l’eau disponible au robinet dans plusieurs pièces de la maison, et de l’utilisation de l’eau potable pour évacuer les excréments humains, remplir les piscines, laver les voitures ou arroser la pelouse. Imaginerait-on chaque Réunionnais porter 180 litres d’eau entre la fontaine et sa maison ?
A La Réunion et à Mayotte, l’heure est au développement de la consommation d’une eau facturée au profit d’une entreprise extérieure.
Dans ces conditions, l’importation du modèle européen de consommation de l’eau dans un pays tropical débouche sur ce que nous connaissons à La Réunion.
A Mayotte, la ressource en eau fait que cette généralisation de l’eau du robinet partout est impossible. Ou alors l’eau sera de moins en moins disponible. D’un jour sur trois, il faudra alors passer à un jour sur quatre voire à un jour par semaine… si le mode de vie occidental est imposé partout.
A Mayotte, certains affirment que cette situation serait intolérable pour n’importe quel Français résidant en France. Ils ont raison, car Mayotte ce n’est pas la France, la preuve par l’eau.
Pour être exhaustif sur ce problème, il serait intéressant de se pencher sur la situation dans ce domaine dans les îles comoriennes qui ne sont pas administrées par la France. A la Grande Comore, à Anjouan ou à Moheli, comment l’eau est-elle gérée ? Les habitants de ces trois îles doivent-ils faire face à une même situation de pénurie ?
On peut en douter car dans ces trois îles, de nombreuses maisons sont équipées d’un système de récupération d’eau de pluie. L’eau gratuitement tombée du ciel est stockée dans une réserve à la cave, et il n’y a plus qu’à se pencher pour puiser l’eau.
A Tamatave, sur la côte Est de Madagascar, il pleut beaucoup. Il n’est pas rare que les maisons soient équipées d’un système de récupération de l’eau de pluie. Ceci permet de pallier à tout risque de coupure de la JIRAMA.
C’est un exemple à suivre pour La Réunion et Mayotte, mais il va à l’encontre des intérêts des sociétés françaises qui prospèrent grâce à la vente de l’eau, une ressource vitale.
M.M.
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