Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Aucun bilan, refus de demander l’aide de l’ONU et de l’Union africaine
11 décembre 2025, par

Un an après le passage du cyclone Chido, Mayotte demeure un archipel meurtri, où l’ombre des milliers de disparus plane encore. Aucune autre île de notre région — ni Madagascar, ni les Comores, ni La Réunion — n’a jamais connu une telle hécatombe. Et pourtant, douze mois plus tard, Paris peine toujours à dresser un bilan. Silence embarrassé, déni administratif : l’État reconnaissait avant de se rétracter « plusieurs centaines, peut-être plusieurs milliers » de morts. des secouristes avaient évalué 60000 morts avant de subir le démenti de l’administration française. Comment une telle tragédie a-t-elle pu être possible dans un territoire administré par la France ?
Chido n’a pas seulement frappé une île ; il a frappé les conséquences de cinquante ans de politiques françaises contraires au droit international, de décisions imposées depuis Paris contre la réalité du terrain. Depuis 1975, l’objectif de l’État français a été clair : maintenir coûte que coûte Mayotte sous administration française, quitte à briser l’unité comorienne, quitte à déporter, diviser, expulser. Ce choix politique a engendré un modèle absurde : transformer l’île comorienne en vitrine occidentale en Afrique, tout en refusant d’y construire les infrastructures nécessaires pour accueillir une population en croissance rapide.
Résultat : en un demi-siècle, Mayotte est passée de 50 000 à plus de 320 000 habitants. Sans plan massif de logement, sans politique d’aménagement cohérente, les bidonvilles se sont multipliés. Des dizaines de milliers de personnes vivaient dans des cases en tôle, accrochées aux pentes, vulnérables au moindre vent. Quand Chido est arrivé, c’est un décor construit par la France qui s’est effondré.
Les autorités aiment accuser « l’immigration clandestine ». Mais c’est Paris qui en a créé les conditions : introduction d’un système social attractif, obstacles contre le développement dans les autres îles comoriennes, visa humiliant imposé aux autres Comoriens, déportations massives — 20 000 par an — et une politique de terreur poussant des familles entières à risquer leur vie sur des kwassas. Comment s’étonner que la misère s’entasse dans des habitations précaires lorsque l’État ne propose rien d’autre ?
Un an après Chido, aucune remise en question sérieuse. Pas de plan d’urgence pour loger dignement. Pas de reconnaissance de responsabilité. Pas même un inventaire des morts, alors que des familles cherchent sans doute encore les corps de leurs proches. Chido n’est pas un drame naturel : c’est un drame politique.
Mayotte ne demande pas la charité : elle exige la vérité, la justice, et la fin d’un système qui fabrique la vulnérabilité puis détourne les yeux lorsque le vent l’emporte. Le cyclone a révélé ce que beaucoup savaient depuis longtemps : la catastrophe n’était pas imprévisible. Elle était écrite. Et Paris, aujourd’hui, doit en répondre.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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