Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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Comores
Publication d’une étude sur l’émigration
20 août 2003

Environ 350.000 Comoriens vivent en dehors de leurs îles natales, dont près de 200.000 en France, selon une étude financée par la Banque mondiale et réalisée pour le compte du Commissariat général au Plan, dans le cadre de la recherche de nouveaux moyens de lutte contre la pauvreté. En France, la communauté comorienne « reste concentrée autour des cinq pôles que sont Marseille/Aix, Paris, Lyon, Nice et Dunkerque, mais vit un changement démographique avec des implications sociales liées à l’entrée en scène d’une deuxième et d’une troisième génération qui sont nées en France », ajoute le document.
Les premières colonies de Comoriens en Europe se sont installées à la suite des deux Guerres mondiales auxquelles les Comoriens ont participé en tant que "tirailleurs sénégalais", rappelle le rapport. Certains de ses "tirailleurs" avaient alors choisi de rester en France formant les premiers noyaux qui allaient accueillir, plus tard, les nouveaux arrivants.
Par la suite, « suivant le schéma classique de la colonisation par la voie de la mer, les navigateurs comoriens (on appelle ainsi ceux qui servaient comme employés à bord des bateaux de la marine marchande) se sont d’abord installés dans les ports - Dunkerque, Marseille, Le Havre - pour ensuite étendre leur présence à l’intérieur du pays, vers Lyon et Paris ». Plus tard, l’absence d’université aux Comores favorisera le départ à l’étranger de milliers de jeunes étudiants, notamment à Madagascar, à La Réunion et à Marseille.
Sur plusieurs continents
Les auteurs de l’étude croient savoir que pendant la décennie ayant suivi l’indépendance, les autorités françaises ont encouragé l’immigration comorienne. « Ainsi, la communauté comorienne en France a vu sa plus grande expansion au cours des dix premières années après l’indépendance », écrivent-ils. Grands voyageurs, les Comoriens sont présents parfois depuis des siècles sur la côte est-africaine, à Madagascar puis à La Réunion. On les retrouve au Moyen-Orient, dans les pays francophone d’Afrique et, depuis peu, en Amérique du Nord.
« La difficulté d’aller en France n’a pas seulement influencé les échanges commerciaux - favorisant les Émirats arabes - mais a aussi conduit à l’éparpillement des étudiants comoriens qui, en plus des universités traditionnelles, poursuivent leurs études en Afrique francophone et surtout dans le monde arabe », affirme le rapport qui évoque « la quête d’une nouvelle terre promise », pour qualifier ce phénomène.
Le "grand mariage"
Le financement du "grand mariage" est l’une des premières motivations du départ en exil. Aux Comores, le "grand mariage" est une tradition ancienne qui permet au Grand Comorien d’accéder à un rang honorifique dans la société, bien que cela lui coûte des années d’économie. Après avoir fait son grand mariage, il se voit appeler Grand Notable ou "Mdrou mdzima", ce qui est un honneur pour un Comorien. Tout Comorien, qui veut avoir sa place dans la société, se voit dans l’obligation de faire le "grand Mariage", ainsi il peut prendre place parmi les notables et là, il est capable de diriger, juger, décider. Il n’est donc pas étonnant que la grande majorité de la diaspora provienne de la Grande Comore, l’île où l’institution du "grand mariage" est la plus enracinée. À l’inverse, à Anjouan, le phénomène de la migration est marginal, selon le rapport qui souligne que les migrants anjouanais vont essentiellement à Mayotte, et que les Anjouanais de France, quant eux, s’intègrent plus facilement dans la culture du pays d’accueil.
| Les transferts de l’émigration comorienne dans les premiers rangs mondiaux |
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| L’émigration comorienne se classe aux tous premiers rangs au monde quant à l’importance de ses transferts, conclut un rapport réalisé avec l’aide de la Banque mondiale qui sera publié à Moroni le 26 août. Les transferts monétaires réels des émigrés se situent aujourd’hui entre 20 à 22 milliards de francs comoriens (1 euro = 492 FC) même si les calculs de la Banque Centrale des Comores les chiffrent à 19 milliards pour l’année 2001, indique ce rapport. Ces transferts monétaires contribuent, précise le rapport, « à la balance positive des Comores dans le système des quotes-parts qui compense des différences en appels téléphoniques entre les pays ». Le rapport souligne que « le dévouement de la diaspora pour l’épargne et le transfert de fonds est extraordinaire ». Certes, l’argent sert à financer des projets collectifs, les besoins des familles restées sur place et des investissements personnels comme la construction de maisons, mais une bonne partie finance le "grand mariage" qui confère honneur et respectabilité en Grande-Comore. L’apport de la diapora permet d’assurer « une stabilité monétaire et joue un grand rôle sur le taux de couverture de la masse monétaire par les avoirs extérieurs qui se chiffrait à 104% en 2000 et à 110% en 2001, éloignant à court terme le spectre d’une dévaluation ». Par ailleurs, compte tenu du fait que « la balance commerciale est chroniquement déficitaire (de l’ordre de 16 milliards en 2001), ces transferts sans contrepartie de la diaspora, de l’ordre 16,7 milliards, ont contribué à améliorer le compte courant et par conséquent la balance globale de 10 milliards ». Il y a toutefois des effets pervers de ces transferts. Ils contribuent d’abord à l’augmentation des prix, à l’inflation supérieure à la moyenne annuelle aux mois de juin, juillet, août, septembre, avec l’arrivée des vacanciers de la diapora. Et certains n’attendent plus, une fois leurs proches placés à l’extérieur, que la "moisson" vienne. |
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