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La reconnaissance est une première avancée, mais elle ne suffit pas
2 décembre 2024, par

Le 1er décembre 2024 marque les 80 ans du massacre des tirailleurs sénégalais à Thiaroye, un événement tragique survenu en 1944 près de Dakar. Ce jour-là, des soldats ouest-africains revenus de France après avoir combattu pour la libération de la puissance coloniale durant la Seconde Guerre mondiale furent abattus par l’armée française. Ces hommes réclamaient simplement leurs soldes et primes promises. La répression sanglante a causé la mort d’au moins 35 personnes, selon les chiffres officiels, bien que des sources évoquent des nombres bien plus élevés.
Photo Erica Kowal, CC BY-SA 2.0 <https://creativecommons.org/license...> , via Wikimedia Commons
La commémoration du 80e anniversaire du Massacre de Thiaroye, près de Dakar au Sénégal, est placée sous le signe d’une reconnaissance officielle de la responsabilité des autorités françaises. Jean-Noël Barrot, ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, représentait la France. Au Sénégal, certaines voix ont jugé insuffisantes les démarches françaises, estimant que le massacre reste sous-évalué dans les discours officiels et que les mesures pour une justice mémorielle tardent à se concrétiser.
Ils avaient libérer la France de la colonisation par les nazis
Le 30 novembre 1944, des soldats avaient revendiqué le paiement de leur solde. Ils avaient contribuer à libérer la France des armées nazies alliées de l’extrême droite française qui arriva au pouvoir en 1940. Sous le régime de Pétain, la France était traitée comme une colonie du Reich allemand. Fin 1944, la victoire sur l’Allemagne et le Japon était certaine. Les dirigeants de la France libre prirent alors la décision de rapatrier une grande partie des soldats africains et de les remplacer notamment par des Français membres des FFI intégrés à l’armée régulière. Paris voulait "blanchir" son armée. Il ne fallait pas qu’au moment des défilés de la victoire la vérité éclate : les soldats africains ont été les principaux contingents de l’armée française qui contribua à la libération de l’Europe de l’extrême droite nazie et fasciste coupable de crimes contre l’humanité.
Ces soldats étaient installés dans le camp militaire de Thiaroye au Sénégal qui était alors une colonie sous domination française. Ils réclamèrent le paiement de leur solde par la France. En réponse, l’administration coloniale française donna l’ordre d’encercler le camp et de tirer sur ces soldats qui avaient participé activement à la libération de la France.
Le massacre de Thiaroye reste un symbole puissant des injustices subies par les soldats africains sous la domination de l’Empire colonial français. De nouvelles générations continuent de demander justice et une relecture plus équitable de l’histoire. Au Sénégal, les autorités actuelles insistent sur l’importance de cette mémoire pour affirmer l’indépendance nationale et nourrir un discours panafricaniste.
L’anniversaire de cette tragédie est aussi une opportunité de réfléchir à l’importance de la mémoire collective dans la construction des relations entre la France et ses anciennes colonies, dont La Réunion. La reconnaissance par la France des crimes perpétrés pendant qu’elle colonisait de nombreux pays est essentielle. Cette colonisation a concerné La Réunion, le régime français y avait légalisé l’esclavage reconnu aujourd’hui comme un crime contre l’humanité.
Le vote de la loi du 10 mai 2001 a signifié la reconnaissance par la France du crime contre l’humanité perpétré par l’esclavage par d’anciens régimes. Mais la question des réparations aux descendants des victimes n’est par réglée. C’est la même chose pour les crimes perpétrés par l’armée coloniale française. La reconnaissance de la responsabilité d’un ancien gouvernement n’est pas suffisante. Paris doit aussi réparer. Cela suppose de redistribuer depuis la France vers les anciennes colonies les richesses produites par le pillage de ces pays par la colonialisme français. Le débat doit porter sur les moyens de réparer, et non plus s’il faut ou pas réparer. La réparation des crimes du colonialisme est une évidence.
M.M.
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