Monde

Afghanistan : les États-Unis gardent la main

L’argent de la Banque centrale d’Afghanistan est aux Etats-Unis

Ary Yée Chong Tchi Kan / 20 août 2021

Pour faire taire les critiques, Biden assure que l’objectif n’était pas de créer une nation en Afghanistan. A un moment, il fallait partir. Un pouvoir aux mains des Talibans était une option. Ils étaient devenus fréquentables. Ce ne sont plus des « terroristes ». Biden leur a rappelé que les avoirs de la Banque centrale afghane se trouvaient aux États-Unis. En clair, si vous respectez nos intérêts, nous assurons l’intendance.

JPEG - 72.3 ko

Tout est parti de l’Accord, signé à Doha, capitale du Qatar, le 19 février 2020, sous l’administration de Trump avec les représentants des Talibans. Mike Pompeo, photo à l’appui, est venu parapher le deal, en septembre 2020. Il faut être aveugle pour ne pas comprendre les dessous de cette signature en tête à tête. De fait, les États-Unis ont transféré le pouvoir aux Talibans. Le reste était une question de temps et de modalité. La démission surprise du Président afghan, officiellement « pour éviter un bain de sang entre Afghans », a dévoilé l’entente et fait voler en éclat le calendrier. Les États-Unis étaient obligés de s’expliquer. On apprend que le contenu de l’Accord de Doha n’était pas d’installer un régime plus démocratique et respectueux des valeurs de l’Occident, d’Égalité et des Droits de l’Homme.

Une nouvelle stratégie unilatérale

Coïncidence de date, c’est le 15 août 1971 que le Président américain, Richard Nixon a mis fin au principe de convertibilité or-dollar, signé à Bretton Woods, en 1944, pour gérer les conditions d’après guerre. C’était une décision unilatérale qui avait surpris le monde entier. Aux alliés européens qui s’inquiétaient de ce changement brutal, on leur expliqua qu’il n’y avait rien à négocier. « Le dollar est notre monnaie, mais c’est votre problème ». En clair, c’est nous qui décidons, selon nos intérêts. Ils ont considéré qu’en 1971, la situation était différente qu’en 1944. Ce qu’un Président a fait, un autre peut défaire.

Trump a constaté que tout le monde s’enrichit sur le dos des États-Unis qui sont empêtrés dans une dette colossale de 30 000 milliards de dollars et des déficits commerciaux records. Son objectif sera de restaurer l’image et le leadership des États-Unis. Il déclare la guerre à tous les profiteurs et annonce : « America first » ! En 2018, un an après son arrivée au pouvoir, il saborde le G7 et retire sa signature sur le communiqué final. A l’assemblée de l’Otan, le discours est le même, nous payons pour votre sécurité, ça suffit. C’est une mise en bouche pour obliger les Européens à le suivre dans la guerre commerciale et technologique contre la Russie et la Chine, catalogués « l’axe du mal ». Les Talibans, c’est un moindre mal.

Biden avance que le régime afghan profitait des aides mais ne servait plus les intérêts des États-Unis. Tous ses conseillers politiques, diplomatiques et militaires lui avaient soumis les risques encourus en cas de retrait. Non seulement, il ne les a pas écoutés, mais il dit assumer les conséquences personnellement. Macron a pris 24 heures pour comprendre ce qui vient d’arriver aux alliés, maintenus à l’écart des discussions.

Leçons aux Européens

En réalité, les États-Unis n’ont pas apprécié que l’ancien président afghan ait conduit son pays dans le giron de l’OCS. L’Organisation de Coopération de Shanghai comprenait la Russie, les 4 pays de l’Asie Centrale et la Chine. L’Inde et le Pakistan ont adhéré en 2017. Les États observateurs sont l’Afghanistan, l’Iran et la Turquie. Trump et Biden ne feront rien pour renforcer cet organisme de coopération qui a montré son efficacité sur le plan de la sécurité conjointe. Ils misent sur l’arrivée des Talibans et leur gouvernance rigoriste pour influencer le monde musulman installé dans les pays de l’OCS. En juillet 2021, lors de la visite du Numéro 2 des Talibans en Chine, le Ministre des Affaires Étrangères chinois a rappelé ses principes de non ingérence : la Chine n’est jamais intervenue en Afghanistan.

Mais, face à l’immédiat et les imprévus, seuls les États-Unis pourront débloquer les sommes nécessaires dont le pays aura besoin pour son fonctionnement. Ils fixeront les conditions alors que cet argent appartient au peuple afghan. Comme pour le dollar, les alliés européens apprennent à leur dépens que « l’Afghanistan c’est notre affaire mais c’est votre problème ».

Ary Yee Chong Tchi Kan



Un message, un commentaire ?

Signaler un abus



Messages






  • Une analyse pertinente d’un évènement en apparence incompréhensible: : "la victoire totale des Talibans"...face à l’hyperpuissance américaine.! ? ???
    Certains réalités historiques doivent néanmoins être rappelées :
    1) Les Talibans et leur allié Al-Qaida sont des créatures américaines, utilisées dans les années 80 afin de combattre les Soviétiques et le gouvernement afghan du PPDA (Parti Populaire Démocratique Afghan) du général Najîbullah.
    2) En 1988, les Soviétiques se replièrent dans l’ordre et le gouvernement Najibullah continua à diriger un Afghanistan en grande partie pacifié. Il est à cet égard excessif de parler d’une "défaite militaire de l’URSS".
    3) En 1989, initiative navrante, l’inconsistant Gorbatchev cessa de soutenir le gouvernement de Kaboul, alors même que les islamistes et notamment les Talibans étaient abondés en armements et en moyens financiers.
    4) En 1991, l’URSS disparaissait, mais néanmoins le gouvernement de Kaboul continuait à résister courageusement aux islamistes.
    5) En 1992, donc après la disparition de l’URSS, les islamistes et Al-Qaida et purent occuper Kaboul, tandis que la résistance nationale, menée notamment par l’héroique commandant Massoud, continuait à combattre. En 1996, le général Najibullah fut arrêté par les Talibans, avec la complicité de la CIA, et assassiné dans des conditions horribles.
    6) Au fil des années, comme dans le conte de Faust et de Méphistophélès, les relations entre les Etats-Unis et Al-Qaida se détériorèrent et l’on en arriva au 11 septembre 2001.
    7) Il convient de rappeler que la famille de Ben Laden avait des intérêts dans le lobby pétrolier et surtout des liens directs et personnels avec les Bush et Dick Cheney, le futur vice-président des States, d’où une possible origine de cette brouille "entre amis". Du reste, Ben Laden a pu facilement se réfugier au Pakistan, pays allié des Etats-Unis, avant d’être liquidé en 2011 dans des circonstances obscures, sur ordre d’Obama.
    8) En 2001, l’armée américaine n’a pu occuper l’Afghanistan qu’avec l’aide de la résistance nationale afghane et notamment de l’armée dite du "Nord", composée desTadjiks du défunt commandant Massoud, lesquels chassèrent les Talibans de Kaboul, et cela avant même l’arrivée des GIs. A l’époque, les patriotes afghans croyaient naivement aux engagements américains.
    - L’islamisme politique, en tout cas dans le monde sunnite, est historiquement une création des Etats-Unis et de leurs alliés arabes et musulmans (Arabie, Qatar, Pakistan...). .
    Cet islamisme politique, qui échappe parfois à ses créateurs, a été fréquemment utilisé contre les nationalismes et les régimes insuffisamment "dociles". On peut à cet égard citer les exemples malheureux du Soudan, puis plus tard de l’irak et de la Syrie, deux pays où Daesh, le Khalifa du sang, a été notoirement soutenu et armé par les alliés arabes des Etats-Unis.
    Egalement, au cours des années 90, la guerre civile algérienne (plus de 200.000 morts) avait été impulsée par le Qatar et l’Arabie.
    Mais, en Syrie et en Algérie, les armées nationales ont victorieusement résisté aux assauts de l’ennemi, contrairement à l’armée fantoche d’Afghanistan.
    On ne peut qu’être d’accord avec l’auteur de l’article :. En Afghanistan, les Etats-Unis gardent la main, après ce qu’il faut considérer comme des retrouvailles avec leurs créatures, en l’occurrence les sinistres Talibans. Il leur reste à présent à restaurer leur férule sur la Pakistan et à contrer la présence chinoise dans ce pays.

    Article
    Un message, un commentaire ?






  • Si les américains et leurs alliés se retirent de l’Afghanistan , ce n’est certainement pas parce qu’ils considèrent aujourd’hui que les talibans sont devenus fréquentables et qu’ils peuvent exercer le pouvoir en respectant les droits fondamentaux du peuple afghan et de tout êtres humains ,mais parce qu’ils veulent se protéger d’une alliance regroupant , la Chine , la Russie l’Iran , la Turquie et le Pakistan et qui intègrerait obligatoirement l’Afghanistan mais aussi l’Irak et la Syrie , dans le cas d’un conflit armé les opposant aux chinois et aux russes et leurs nouveaux alliés .

    Les forces qui sont retirées de l’Afghanistan n’iront pas bien loin , mais seront déployées dans un autre pays Arabe pas trop loin . Cet autre pays Arabe ne peut être que la Jordanie pays frontalier d’Israël qui est le meilleur alliés des occidentaux dans la zone du moyen Orient .

    En fait les USA et leurs alliés sont en train de se préparer pour la prochaine guerre mondiale nécessaire pour créer un gouvernement mondial capable de mieux répartir les richesses de la planètes entre tous les humains et de lutter efficacement contre le changement climatique et ses conséquences dramatiques , bref , capable de définir quel est l’intérêt général de notre planète ; face aux intérêts particuliers , des diverses régions du globe et de leurs peuples .

    L’évolution de l’humanité arrive à un stade où elle ne pourra pas continuer de progresser , mais va probablement régresser si elle ne met pas en place une gouvernance mondiale basée sur les principes démocratiques ,liberté égalité fraternité qui donnent à tous les humains les mêmes droits , mais aussi basée sur le principe d’une responsabilité collective qui impose une solidarité collective et non seulement un partage équitable des richesses de la planète et du fruit du travail des hommes entre tous les humains , mais aussi un devoir et une obligation d’assistance face aux difficultés particulières et aux catastrophes naturelles ( inondations , tremblement de terre , incendie , lutte contre des prédateurs , sécheresse , pandémie ....)

    Des millions d’être humains devront affronter dans les années qui viennent , des températures excessives en hiver et en été , des incendies , des périodes de sécheresses qui vont générer des famines destructrices , et ils seront obligés de d’abandonner leur lieux de vie suite aux inondations provoquées par le montée du niveau des océans et par les tempêtes et cyclones de plus en plus puissants .Si nous voulons continuer de progresser il nous faut créer un nouveau monde , un monde différent de celui dans lequel nous vivons actuellement et fonctionnant sur des règles différentes .
    Mais ce changement nécessitera peut être un conflit généralisé qui opposera probablement cette fois ci l’Orient à l’Occident . Voilà pourquoi les Américains et leurs alliés se retirent de certaines régions comme l’Afghanistan. Il ne s’agit pas d’une fuite mais d’un réajustement indispensable dans le cadre d’une stratégie globale en cas de guerre généralisées . C’est ce que font aussi les chinois qui s’implantent militairement dans la plus part des zones stratégiques , que ce soit en Afrique ou en Asie.
    "Si vis pacem para belum " est toujours d’actualité et mobilise tout le monde, pas seulement les USA et les européens mais aussi les autres .Les chinois ont installé une base militaire de plus de 100000 hommes à Obock à proximité du détroit bab el mandeb qui relie la mer rouge à l’océan indien , certainement pour faciliter leur interventions militaires dans la région en cas de conflit , et ce sont les mêmes raisons qui justifient les bases militaires alliées aux îles Chagos et à Diégo Garcia . Et si les budgets militaires sont en augmentation dans toutes les grandes puissances , c’est parce que la guerre est proche . Tout le monde s’y préparent et recherchent les meilleures alliances géopolitiques et s’installent sur les meilleurs positionnements stratégiques possibles .

    Article
    Un message, un commentaire ?