Monde

Afghanistan : les valeurs morales des dirigeants américains

Les Afghans abandonnés aux Talibans 20 ans après l’invasion du pays par l’OTAN

Ary Yée Chong Tchi Kan / 19 juillet 2021

Le 31 août 2021, les États-Unis et les forces de l’OTAN vont quitter l’Afghanistan après 20 ans d’occupation. Le président américain l’a confirmé le 8 juillet 2001, et ce « malgré les avancées rapides des insurgés talibans, les signes de tension dans l’armée afghane et les sombres prévisions des responsables de l’armée et du renseignement américains », dit-il. Abandonner la population afghane dans ces conditions interroge les valeurs morales des dirigeants américains.

JPEG - 46.1 ko

Pourtant, Joe Biden a été le premier Américain à fouler le sol Afghan après les bombardements de 2001 qui ont chassé les Talibans du pouvoir. Sous mandat onusien, les occupants se retirent après 20 années de présence, soutenue par une force coalisée qui s’est montée jusqu’à 100 000 individus et disposait des moyens hors normes.

Ce samedi 17 juillet 2001, l’ambassadeur de France a fait partir les derniers Français et des employés afghans de l’ambassade. Dans une note datée du 13 juillet, il avait relaté un état du terrain : « les Talibans pillent, incendient, détruisent des bâtiments et les réseaux d’énergie et de communication. Ils détiennent et tuent sans discriminations… ». Il justifie ce départ précipité par : « l’évolution de la situation sécuritaire et compte tenu des perspectives à court terme ». Les autres sont déjà partis, les Anglais, les Allemands, etc.

Ce n’est pas un échec

Alors que la situation en Afghanistan n’était pas stabilisée, les États-Unis et le Royaume-Uni ont envahi l’Irak, en 2003. Le secrétaire d’État américain, Colin Powell, justifiait cette intervention à la tribune de l’ONU pour des raisons de « sécurité ». Le pays a été détruit sans ménagement. Les dirigeants irakiens ont été exécutés et la population a vécu un véritable carnage. Dix ans plus tard, en 2013, Colin Powell déclare que la CIA l’avait induit en erreur. Venu en France pour faire la promotion de son livre « j’ai eu de la chance », il présente cette décision comme « une tâche » sur sa carrière. Les États Unis sont intervenus sans mandat onusien mais ont réussi à enrôler une quarantaine de pays pour fournir près de 150 000 hommes.

Jusqu’à maintenant, personne n’a été traduit devant un tribunal pour crime de guerre. Les faits sont constitués. Les acteurs Powell, Bush, Blair peuvent continuer à vivre des jours heureux. La défaite américaine au Vietnam, le 30 avril 1975, n’a toujours pas servi de leçon. A l’époque, ils avaient engagé jusqu’à 3,5 millions de soldats américains de 1963 à 1973. Environ 58 000 laissèrent leur vie. Ils se sont même permis d’utiliser des armes interdites comme le napalm et « l’agent orange », un gaz de destruction massive.

Ils ont besoin de conflit

Aujourd’hui, ils vont narguer la Russie et la Chine, à leurs frontières ; ils asphyxient Cuba et le Venezuela, fomentent des troubles dans ces pays et tentent de renverser leurs dirigeants. Le 23 juin 2021, pour la 19e année consécutive, l’Assemblée générale de l’ONU, a condamné le blocus contre Cuba par 184 voix contre 2. Devant une telle unanimité, ils auraient pu mettre un terme à cette situation de 60 ans et fermer la base de Guantanamo qu’ils occupent illégalement sur le territoire cubain. Ils préfèrent déplacer le conflit en Afghanistan vers la conquête de Cuba, déjà asphyxiée économiquement depuis 60 ans et contrariée par la crise du covid-19. Au fond, les dirigeants américains n’ont aucune valeur morale. Ils se nourrissent de conflits armés car ils n’ont jamais été condamnés. Sauf que les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles.

Ary Yee Chong Tchi Kan