Monde

Ahed Tamimi : « nous ne sommes pas des victimes, mais des combattants pour la liberté »

Retour sur la Fête de l’Humanité

Correspondant Témoignages / 20 septembre 2018

Présente à la Fête de l’Humanité, Ahed Tamimi a tenu à faire passer un message aux Français qui l’ont soutenu durant et après sa détention dans une prison israélienne.

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Ahed Tamimi lors d’un débat à la Fête de l’Humanité.

La jeune femme a été condamnée en décembre 2017 par le tribunal militaire d’Ofer à huit mois de prison pour avoir giflé deux soldats israéliens, appuyés sur un muret dans la cour de sa maison familiale à Nabi Saleh, un village près de Ramallah, où se déroulent de nombreuses manifestations pacifiques. Cette scène, filmée à l’époque par le téléphone portable de sa mère, Nariman, l’a conduite en prison.
Les Femmes communistes réunionnaises avaient alors apporté leur soutien, en demandant la libération de la jeune femme : « La Réunion a toujours été une terre de solidarité avec les peuples en lutte pour leur dignité et leur liberté. Dans ces combats, les femmes communistes ont toujours eu leur place et parfois même au premier rang. C’est à ce titre que nous souhaitons ajouter notre voix à celles qui se sont déjà élevées ».

Des chiffres saisissants

« Merci » de votre présence « pour écouter notre message et notre souffrance » a commencé Ahed Tamimi, en référence aux données fournies par Amjad Abu Asab, président du Comité des familles des prisonniers palestinien.
Ce dernier a expliqué qu’il y a 6050 prisonniers politiques palestiniens dans les prisons israéliennes, dont 62 femmes, 7 membres du Conseil législatif palestinien, 443 prisonniers de Jérusalem-Est, 320 de Gaza et 70 Palestiniens d’Israël. 26 journalistes sont également détenus dans des prisons israéliennes.
530 prisonniers purgent des sentences de prison à vie, et 485 des sentences de plus de 20 ans de prison. 1 500 prisonniers malades souffrent de maladies chroniques et 15 en soins permanents à la clinique de la prison de Ramallah. « Ils sont incarcérés dans les prisons israéliennes et sont victimes de négligence médicale », a expliqué ce dernier.
Depuis l’an 2000, au moins 8 000 enfants palestiniens ont été détenus, interrogés et inculpés par la justice militaire israélienne, soit 500 à 700 par an. 356 enfants enfermés dans les prisons militaires israéliennes ont moins de 18 ans, selon les données de mars 2018, récupérées sur la Plate-forme des ONG françaises pour la Palestine.
Les dernières statistiques sur la détention administrative de mineurs recensaient, en avril 2016, 13 mineurs détenus administratifs. La quasi-majorité est inculpée pour avoir lancé des pierres.
De plus, « 3 enfants sur 4 subissent des violences physiques lors de leur arrestation, transfert ou interrogatoire. 97 % n’ont pas accès à un avocat pendant leur interrogatoire. 99 % des enfants sont condamnés suite à un plaider-coupable contraint. Une fois leur sentence prononcée, 60 % des enfants détenus sont transférés des territoires occupés vers les prisons israéliennes, en violation avec la Quatrième Convention de Genève ».

Ahed Tamimi : « j’espère que ces mots vous irons droit au cœur »

Parlant des chiffres précédents, la jeune femme « espère que ces mots prononcés ici ne vont pas rester entre ces murs, mais bien au-delà et que vous allez les transmettre et parler de tout ce qui se passe en Palestine, parce que c’est comme cela que les choses vont changer. J’espère que vous allez transmettre à tous ceux ignorent la situation, et qu’il y en a encore beaucoup.
Vous n’êtes pas seulement solidaires avec la cause palestinienne et les causes des prisonniers palestiniens. Vous êtes également partenaires dans cette cause. Nous comptons sur votre soutien et appui.
J’entends beaucoup de gens qui me demandent comment cela se fait que vous n’aillez pas peur, surtout quand on voit les images de la Palestine et des violences contre les enfants. Je leur dis bien sûr que nous avons peur. Mais nous avons le devoir de contrôler cette peur pour continuer, parce que c’est seulement en la maîtrisant que l’on peut avancer.
Parce que nous, les enfants de la Palestine nous ne voulons pas que les prochaines générations vivent la même situation que nous avons nous-même vécus. Nous ne voulons plus de ces images de violence que l’on voit à la télévision. Des enfants tués devant leurs parents, devant leurs familles, emprisonnés, et torturés.
Je compte sur vous pour que l’on soit tous ensemble, unis, comme une seule main pour libérer la Palestine ensemble, afin que nous fêtions cela un jour.
Je crois beaucoup à la force du peuple, c’est le peuple qui est seul à pouvoir mener le changement. Je crois beaucoup à nous, en nous et que nous pouvons changer les choses. Nous les peuples du monde, nous pouvons mettre fin à l’occupation israélienne et au capitalisme actuel.
J’espère que vous allez faire pression, j’espère que les peuples du monde vont faire pression sur leurs gouvernements pour qu’ils agissent sur le gouvernement israélien, pour mettre fin à l’occupation.
J’ai vu cette force aujourd’hui, j’espère qu’elle continuera, car c’est uniquement comme cela que l’on pourra réaliser de grandes choses ensemble et fêter la victoire. On peut parler durant des jours et des jours de la souffrance du peuple palestinien, mais nous ne sommes pas des victimes, nous sommes de combattants pour la liberté ».
Le message d’espoir d’Ahed Tamimi a été entendu lors de la Fête de l’Humanité mais aussi au-delà notamment à La Réunion, avec la délégation du Parti Communiste Réunionnais et de Témoignages.

Correspondant