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Répression de la manifestation du FLNKS lors de la visite de Gérald Darmanin

Paris comprend-il que « le temps des colonies est révolu » ?

jeudi 22 février 2024, par Manuel Marchal


Le FLNKS a organisé lundi à Nouméa une manifestation à l’occasion de la visite de Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur et des Outre-mer. Elle visait à souligner les propos qualifiés de mensongers du ministre devant le Sénat, affirmant l’existence d’un accord pour élargir le corps électoral votant aux élections provinciales et aux référendums à un nombre bien plus important de résidents originaires de la France.
« C’est entre Calédoniens qu’on se parle, qu’on essaie de construire quelque chose. Et c’est pas en les noyant dans une masse d’immigration qu’on va arriver à construire quelque chose », souligne l’Union calédonienne, membre du FLNKS.


Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur et des Outre-mer, est arrivé en Kanaky Nouvelle-Calédonie lundi. Cette visite s’effectue sous le signe de la défiance. Le 14 février dernier, l’Union calédonienne, membre du FLNKS, a démenti les propos tenus par le ministre devant la Commission des lois du Sénat dans le cadre du projet de loi constitutionnelle pour l’ouverture du corps électoral aux natifs et aux résidents français de plus de 10 ans.
« Lors des discussions bilatérales entre le FLNKS et l’Etat, à aucun moment, nous n’avons donné un quelconque aval qui justifierait le dépôt d’une la loi constitutionnelle pour dégeler le corps électoral aux natifs et aux résidents de plus de 10 ans et la mise en place d’un corps électoral glissant qui légitimerait l’appartenance de la NC à la France ».

« Ce pays appartient au peuple calédonien »

En Kanaky Nouvelle-Calédonie, la paix a pu être trouvée par la création d’un corps électoral spécifique préfigurant la nationalité calédonienne quand le pays sera devenu indépendant.
Ce corps électoral vise à limiter l’impact de la politique initiée sous le gouvernement de Pierre Mesmer au début des années 1970 : rendre les Kanak minoritaires dans leur pays par l’immigration venue de France. Ceci concerne les scrutins engageant l’avenir du pays, les provinciales et les référendums sur le statut. Pour les provinciales, justifier de 10 ans de résidence en 1998 ou résider depuis 10 ans et avoir des parents inscrits sur la liste en 1998. Pour les référendums sur le statut, une des conditions est de justifier de 20 ans de résidence continue par exemple.
Paris veut changer la Constitution pour élargir le corps électoral à ceux qui résident depuis 10 ans. Ceci vise à diminuer la part du peuple premier dans les électeurs.
« Le sujet du corps électoral n’est pas un sujet tabou, c’est à ce titre que nous en avons discuté jusqu’à proposer, l’intégration des natifs dans le corps électoral citoyen. Il s’agit de plus de 12 000 personnes qui sont inscrites sur la LESC et qui figurent sur le tableau annexe de la LESP.
Nous voulons rappeler que ce pays appartient au peuple calédonien parce que le peuple kanak est le seul peuple premier de l’histoire de la décolonisation à avoir invité les autres communautés vivants sur le territoire « à être une partie de nous », une composante à part entière de notre peuple, à construire avec nous une Nation unie », poursuit l’Union calédonienne.
« Aussi que nous n’avons jamais consenti à entretenir les conditions qui nous conduirait à une colonie de peuplement et qui ferait sortir définitivement le pays de la trajectoire de décolonisation », affirme l’Union calédonienne, « le gouvernement français interfère dans le dossier calédonien en mettant sur la table ce sujet clivant du dégel du corps électoral, alors que, concomitamment, les Calédoniens discutent pour trouver une solution pour l’avenir du pays ».

Le ministre accueilli par une manifestation du FLNKS

Le FLNKS organisait lundi une manifestation à l’occasion de l’arrivée du ministre. Elle a été réprimée, provoquant des affrontements entre les militants et les forces de répression. Plusieurs blessés sont à déplorer. Des arrestations ont eu lieu.
L’objectif de la mobilisation était de « montrer à l’Assemblée nationale et au Sénat que le discours de monsieur Darmanin là-bas pour dire que nous sommes tous d’accord, c’est un mensonge ». Le président de l’Union calédonienne a précisé que « si on a vécu en paix pendant quarante ans, c’est bien parce que le corps électoral était stabilisé. C’est entre Calédoniens qu’on se parle, qu’on essaie de construire quelque chose. Et c’est pas en les noyant dans une masse d’immigration qu’on va arriver à construire quelque chose ».

« Le temps des colonies est révolu »

Le FLNKS a reçu le soutien du Tavini Huiraatira’a de Polynésie : « le Tavini Huiraatira’a et son Président Oscar Manutahi Temaru, s’associent pleinement et soutiennent les diverses démarches de nos frères de combat et de lutte pour la liberté et l’autodétermination.
Qu’il s’agisse de la Guyane, de la Guadeloupe, de la Martinique, de Mä’ohi Nui, ou de la Kanaky, nous ne sommes qu’un seul Peuple, celui qui aspire à son indépendance et à sa pleine souveraineté sans condition.
A l’occasion de la visite d’un « ministre de colonies » en terre Kanak, nous réaffirmons notre total soutien vers les manifestations et la mobilisation du Peuple Kanak du 21 février à Nouméa.
Le temps des colonies est révolu.
Place aux jeunes et à un futur partagé entre toutes les ethnies qui ont décidé de « Faire Peuple » et d’aller de l’avant, de construire et de bâtir ensemble leur avenir. »

M.M.


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