Le Parlement vote l’augmentation du temps de travail des routiers

Casse sociale et environnementale sur les routes

15 juillet 2005

Deux heures de travail en plus par semaine pour les routiers. Cette transposition par le gouvernement d’une directive européenne montre que malgré le rejet de la “Constitution Giscard” et le changement de gouvernement, la casse pour aller vers une Europe de la compétition au détriment des droits sociaux continue.

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Le quotidien parisien “Le Figaro” de mercredi rapporte le vote par les sénateurs, "dans un Hémicycle quasi vide", d’un projet de loi qui concerne 300.000 travailleurs en France. "Parmi les mesures votées figure l’augmentation de deux heures du temps de conduite des routiers, une mesure destinée à se mettre en conformité avec les normes européennes en matière d’aménagement du temps de travail", écrit “le Figaro”. Cette décision va diminuer la différence du temps de travail entre routiers français et d’autres pays européens : de 20% d’heures en moins à 4%.
Cette mesure du gouvernement est un alignement vers le bas sur les normes européennes dans le domaine de l’aménagement du temps de travail.
Autre recul pour les routiers : la période du travail de nuit, qui donne lieu à une majoration du salaire. Jusqu’à présent, était considéré comme travail de nuit, et donc mieux payé, le labeur effectué entre 21 heures et 6 heures. Le texte de loi réduit cette période de deux heures. Maintenant, le travail de nuit d’un routier commencera à 22 heures pour s’arrêter à 5 heures.
Pour les routiers français, cette mesure est un recul. Ce sont des heures de travail payées en heures supplémentaires qui disparaissent, ce sont aussi des journées de travail qui s’allongent.

Reculs sociaux et environnementaux

Cette mesure marque un recul pour la protection de l’environnement. En augmentant le temps de travail des routiers, et par conséquent la “compétitivité” des entreprises de transport routier en France, on favorise l’attractivité de ce mode de déplacement au détriment d’autres moins polluants et moins accidentogènes. Le graphique ci-après montre la comparaison de l’impact environnemental du transport de 40 tonnes de marchandises par la route et par le rail entre Paris et Lyon, soit sur environ 400 kilomètres. La route pollue davantage et a un coût humain plus élevé, mais son coût d’utilisation diminue, favorisé encore davantage par la mise en concurrence des travailleurs grâce à des directives qui donnent la possibilité d’un nivellement par le bas.
L’autre impact est le coût humain de cette mesure. Augmenter le temps de travail des routiers, c’est augmenter le temps qu’ils passent sur la route, et donc par conséquent c’est augmenter les risques d’accident avec la diminution des temps de repos.

Concurrence entre travailleurs

Enfin, cette loi montre qu’en France, malgré le rejet du projet de Traité constitutionnel européen par référendum, le nouveau gouvernement poursuit sur la même voie que son prédécesseur : diminuer les droits sociaux. Les sénateurs de sa majorité ont voté un texte adopté avant le 29 mai par les députés et qui concrétise la dérive ultralibérale du transport routier.
Le gouvernement fait transposer dans le Droit français une directive européenne qui marque un recul des droits sociaux pour les routiers en France. C’est la preuve que malgré le rejet de la “Constitution Giscard”, une volonté persiste parmi des responsables politiques : faire de l’Europe le paradis de la “compétitivité”, même si le prix à payer est la mise en concurrence des travailleurs pour aboutir à une “convergence vers le bas”, tandis que les profits décollent.
Le secteur du transport routier symbolise d’ailleurs cette dérive ultralibérale de l’Union européenne. De longue date, des entreprises d’Europe de l’Ouest ont anticipé l’élargissement vers l’Est et ont créé dans ces pays des filiales qui opèrent à l’Ouest, en employant des travailleurs payés trois fois moins que leurs collègues de l’Ouest.
Cela montre que la vigilance et la mobilisation sont toujours d’actualité pour que chacun comprenne que le 29 mai dernier, les électeurs se sont prononcés pour une autre politique, et que ce choix doit être entendu et respecté.

Manuel Marchal


Nivellement par le bas

Pour les travailleurs, avec cette loi sur les routiers, "le gouvernement vient d’imposer à ces travailleurs deux heures de travail supplémentaires par jour sans aucune contrepartie", dénonce Thierry Douine, vice-président de la Fédération générale des transports CFTC. Quant à Jean-Yves, routier interrogé par “le Figaro”, il affirme que "les patrons du transport nous nivellent par le bas pour s’aligner sur la concurrence des pays d’Europe de l’Est. Comme il n’y a que 24 heures dans une journée et que je suis déjà de 6 heures à 20 heures dans mon camion, ce sont tous mes jours de RTT qui vont y passer".
Bien entendu, certains patrons applaudissent des deux mains. Pour le délégué général de la Fédération nationale des transports routiers (FNTR), Jean-Paul de Neuville cité par “le Figaro”, c’est "l’aboutissement d’une longue marche" qui donne la possibilité "aux entreprises de jouir de davantage de souplesse". Mais pour lui, ce n’est pas encore suffisant, il faut “libéraliser” davantage : la loi "permet de diminuer les écarts de compétitivité avec nos concurrents européens, mais ne les supprime pas".


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Témoignages - 82e année


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