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8 juin, parCommuniqué du Parti communiste réunionnais
Démocratie et liberté
14 août 2006

Pourquoi les “bulletins de santé” du leader de la révolution cubaine alimentent-ils de façon aussi systématique des tollés de conjectures portant sur... l’avenir de la démocratie cubaine ? La réponse, ou l’une des réponses possibles, ne réside-t-elle pas dans la manie qu’ont nos médias d’ignorer généralement la démocratie cubaine au présent, dans ce qu’elle devient depuis près d’un demi-siècle et - souhaitons-le pour Cuba - pendant encore longtemps ?
Sans doute le destin de Cuba est-il indissociable de celui de Fidel Castro, mais pas dans le sens suggéré depuis une dizaine de jours par la plupart des commentateurs, qui se contentent d’opposer les deux termes comme irréconciliables. C’est tellement commode !
Pour les Etats-Unis et pour tous ceux qui se sont rangés derrière leur politique étrangère et leur façon d’appréhender les relations internationales, le peuple cubain vit privé de liberté depuis la “Révolution marxiste”. Selon ce schéma, l’affaiblissement voire la disparition, de celui qui l’incarne depuis un demi-siècle devrait donner le signal d’un déferlement démocratique (de type génération spontanée) pour lequel Georges Bush - qui décidément ne comprendra jamais rien à rien - a déjà sorti son carnet de chèques : Washington promet "une aide économique importante" aux Cubains qui choisiraient la démocratie !
C’est un double déni de réalité : niant le caractère démocratique du processus social en devenir à Cuba, et déniant à ce processus le droit d’exister sans l’argent des Américains, qui font le blocus de l’île depuis 1962.
Mon séjour à Cuba remontre à trop longtemps (1980) pour être utile dans l’appréhension des difficultés présentes de cette île assiégée.
Mais quiconque est allé à Cuba, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie, a pu vérifier avec quelle liberté de ton et quelle franchise les Cubains de la rue abordent avec le tout venant même les plus épineux de leurs problèmes de développement social. Interrogez celui de vos amis ou connaissance qui revient de Cuba : c’est encore vrai aujourd’hui comme il y a 25 ou 40 ans. Ce n’est pas tant ce que nous pouvons en penser qui importe, que la prise de conscience d’une différence entre notre perception du politique et celle des Cubains. Si ceux-ci peuvent s’ouvrir sans complexe au premier étranger venu - Cuba est un pays ouvert, ce qui est bien exceptionnel pour une "dictature" -, que ne font-ils pas entre eux, dans n’importe laquelle des multiples réunions par lesquelles ils règlent, avec un minimum de burocratie, leurs problèmes les plus concrets ?
Ce que nous aident à mesurer les écrits de la sociologue française Danielle Bleitrach (*), c’est le fossé immense existant entre la pensée des Cubains sur leur processus et la façon ultra-simpliste par laquelle la pensée libéralo-consumériste dominante résume sa perception des choses, en prétendant écraser tout écart, toute différence.
Certes, la pénurie, si elle est moins marquée aujourd’hui qu’il y a dix ou treize ans, est encore très perturbante pour les Cubains, qui connaissent une croissance à deux chiffres. Les Cubains en rient d’eux-mêmes, comme cet auteur de roman policier traduit en français, à qui son éditeur demande, avant d’aller lui rendre visite, ce qui lui ferait plaisir. - "Une table, pour écrire", lui a-t-il dit.
Mais ce dénuement matériel, comparé à la vivacité des débats et à l’importance des transformations en cours, a tout sauf le visage de la misère. Il apparaît plutôt comme un contrepoint ascétique à nos sociétés d’opulence, où tout mouvement de "réforme" est par avance anesthésié.
Dans une note écrite récemment (mai 2006) de retour de Cuba (**), Danielle Bleitrach interpelle a contrario la réflexion que chacun d’entre nous peut avoir sur la société française, dans le contexte Euro-libéral : "Les vingt ans de contre-révolution que nous avons subis, ont abouti à un véritable désert organisationnel. Il existe certes des partis, des syndicats, les associations prolifèrent, mais tous témoignent de leur incapacité à favoriser l’intervention politique de la masse de la population. Comment des faits majeurs comme le NON à la Constitution européenne, le grand rassemblement contre le CPE, peuvent-ils déboucher sur le maintien des mêmes, sur la caricature de l’échéance présidentielle de 2007 ? La grande question n’est donc pas seulement d’être informé, mais de savoir ce que l’on prétend faire de l’information".
Concernant Cuba, c’est peu de dire que l’information que nous recevons est tronquée et truffée de stéréotypes dénotant un incompréhensible complexe de supériorité de la part de certains censeurs médiatiques.
Loin des foucades bushiennes décrivant ce pays et son peuple comme assujettis à un " dictateur sénile ", la sociologue dont il est question ici évoque à propos de Cuba "une civilisation de la palabre au quotidien" et "un art cubain de gérer les conflits".
Nous avons tous encore quelque chose à apprendre de Cuba.
P. David
(*) Auteur de “Cuba est une île” (Le temps des Cerises, 2004) et, avec Victor Dedaj et Maxime Vivas, de “Les Etats-Unis de mal empire : ces leçons de résistance qui nous viennent du Sud” (Aden, 2005).
(**) “Que se passe-t-il à Cuba ?” de Danielle Bleitrach ; article à lire sur le site CSP
Communiqué du Parti communiste réunionnais
Mézami mi koné pa si étan pti marmaye zot l’avé la shanss an avoir dann zot lanvironeman in vyé méssyé otroman in vyé madam téi gate azot dizon (…)
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