APE : alerte générale sur les emplois à La Réunion, résultat de l’aliénation
9 juin, parRisque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
Mickaël Ricquebourg raconte sa vie
11 avril 2009

Il y a quelques temps (trop longtemps déjà), quelqu’un qui m’est cher m’avait demandé de me prêter à ce genre d’exercice de “reportage” sur l’expérience de ma vie. Prétextant le travail et le manque de temps, mal chronique à la jeunesse actuelle, je manquais à mon devoir de mémoire. Si j’ai choisi cette fois de m’arrêter dans cette course effrénée de la vie, c’est parce que je crois cette démarche utile, pour les lecteurs éventuels, mais surtout pour moi même. Il faut savoir, pour avancer, regarder derrière soi. Comment en quelques lignes raconter ma vie de Zoréol ? Afin de conserver une trame logique dans cette démarche, j’ai choisi la version chronologique.
1976 1990
Une enfance agréable. J’ai eu comme des millions d’autres enfants, la chance de grandir dans une famille ordinaire ; n’est ce pas celà qui de nos jours est extraordianaire ? Des parents aimants, des oncles et tantes, des grands parents tous soudés et très présents. Plus tard deux frères et une soeur complèteront ce tableau idylique. Mais pour les copains à l’école, j’étais un peu spécial... A la fois très Lorrain et fier de l’être, par ma famille maternelle, mais avec un papa qui ver des lIes ! J’eus l’énorme chance de grandir et d’apprendre près d’un père droit, fidèle à ses convictions catholiques de la famille, et surtout très apprécié dans la commune et aux environs. Il faut dire que c’était un bosseur ! Débarqué du haut de ses 17 ans au début des années 1970, il attérit dans cette jolie petite ville de Moselle du nom d’lllange, et fera mon bonheur puisqu’il croisera la route de maman. Ce n’est pas la place ici de détailler les moments exceptionnels d’une enfance ordinaire, ni les plus difficiles, je dirais simplement que la présence de La Réunion était très forte dans la maison : calendrier en toile avec le “Pont de la Rivière de l’Est", casquette publicitaire avec “974" inscrit manuellement au gros feutre dessus, avaient une bonne place sur les murs du séjour. La Réunion, on la connaissait, on la rêvait, par les nouvelles de pépé Hervé et mémé Ange qui habitaient à Bagatelle, chemin Zig Zag ! Quel drôle de nom pour une rue ! Tatie Josée, tonton Yvrin, étaient autant de notre sang qui coulait à 14.000 kilomètres de chez nous ; et ça aussi on en était fier ! Notre plaisir était incommensurable quand certains soirs, papa entrait dans la chambre de mes frères et moi, pour nous raconter des histoires. Tour à tour les bétises qu’il avait fait en “empruntant" 1.000 francs CFA à sa grande soeur, “La chèvre de Monsieur Seguin” (ah les montagnes réunionnaises...), une fable avec un âne et Suzanne (Suzanne, Suzanne, Suzanna...)... Enfin quelques mots sur frère Scubilion et, frissons garantis avec les méfaits de “Citaran” et son grand couteau ! Les mélodies que papa nous jouait très souvent à l’harmonica s’interrompirent brutalement un soir d’octobre 1990 : il avait 35 ans seulement, mais c’est une autre histoire.
1991
Le rêve de papa était de nous emmener là bas, dans Mon île. L’été suivant, nous sommes donc partis, Amandine, Alexandre, Emmanuel, maman et moi pour Saint-Denis “Les Gillots", avec les économies de toute une vie. Raconter La Réunion ? Impossible. Mais outre les paysages que vous connaissez (ou devriez connaître !), comment expliquer les saveurs, la gentillesse des gens, la fraternité, la simplicité... Ce voyage, ce pélerinage, devra rester à jamais gravé dans mon coeur, et marquera un nouveau départ dans ma vie. Je rentrerai en métropole certes avec des souvenirs, mais aussi avec le soleil sur ma peau, des tee-shirts et des cd plein la valise, “Oussa Noussava" en haut de la pile. Mwin lé kréol et mwin lé fier" ! Depuis ce jour je ne rate pas une occasion de parler de mes origines et de mon attachement à l’Île Bourbon. Il faut préciser ici que si j’ai facilement le teint hâlé aux premiers jours de l’été, je n’ai pas la jolie couleur des métisses ou des malbars. On croit d’ailleurs, mais quelques instants seulement, que je ne peux pas être de père Créole ; mais quand j’ai fini de chanter “Toué lé jolie", il n’y a plus de doute possible...
1991 2001
L’adolescence et le début de l’âge adulte. Je n’ai jamais eu à souffrir d’aucune forme de racisme ; ma couleur de peau étant sans doute “acceptable" pour les moins tolérants. Je ne crois pas malheureusement que cette chance fut partagée par tous les enfants de domiens. Quoi qu’il en soit, j’ose même avouer que cette spécificité fut un atout pendant ma jeunesse. Tantôt de l’exotisme dans une relation amicale (ou plus), tantôt un sujet de conversation dans un entretien d’embauche, autant de situations où La Réunion fut pour moi un avantage considérable. La grosse différence depuis mon voyage, c’est que je m’efforçais de chercher la moindre occasion de parler de mes racines, agissant comme le plus grand des chauvins, et la musique en fut un vecteur principal.
2001 à aujourd’hui
L’âge adulte. La naissance de mon fils Anthony en 2002. J’utiliserai ce paragraphe pour donner des exemples ; des exemples de mon attachement à La Réunion et surtout, des exemples du retour de cet attachement. Mon métier, professionnel du tourisme, où mes connaissances, mon amour des réunionais, me sont utiles chaque jour (découvrez l’Île Intense !). J’ai aussi beaucoup été à l’Île Maurice, et je compte parmi mes meilleurs amis, mes cousins mauriciens. Gilles, Thierry, des gens formidables rencontrés grâce à mon identité créole. Mes amis, qu’ils s’appellent Farid, Aïssa ou Sebastien, qu’ils viennent d’Algérie ou d’Italie, c’est autant de partage d’émotions, de retours d’expériences, et le plaisir de se souvenir et de rêver ; rêver ensemble dans le pays qui a accueilli nos pères, la France. La vie n’est pas rose tous les jours mais l’herbe n’est pas forcément plus verte dans le pré voisin ; d’origine turque en Allemagne ou pakistanaise en Angleterre, est ce plus facile ? Je n’aurais pas la prétention d’avoir la réponse, je remercie simplement mon pays de me permettre de rencontrer toutes ces couleurs. Mon fils, à qui chaque fois que c’est possible je parle de son “papy Dédé", porte le nom de mon père, et à sept ans connait déjà bien des histoires créoles. Li koné mèm koz un pé kréol... Nous avons toujours beaucoup de proches qui sont réunionnais : quand James est aux fourneaux, c’est rougail, cari, aux saveurs safranées et pimentées. Un peu d’Île Bourbon à domicile.
Si je ne suis plus, comme il y a 25 ans, la grand messe RFO du dimanche soir, je me tiens toujours très informé de la situation dans l’Océan indien. Un jour, très proche, je retournerai à La Réunion ; je n’y suis allé qu’une seule fois. Il est vrai que je voyage dans le monde entier, mais pour mon île, je veux faire les choses bien. En 18 ans les choses, je le sais, ont bien changé entre Saint-Pierre et Sainte-Suzanne... J’y retournerai bientôt, et si pépé Hervé et mémé Ange n’y sont plus, c’est mon fils qui découvrira ses racines merveilleuses...
Risque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
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