Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
4 mai 2005

(page 4)
Débat après débat, avec l’appui complaisant et parfois talentueux d’une presse engluée dans la pensée unique, nos décideurs d’en haut, nos alternatifs du pouvoir provisoirement réconciliés et unis pour la défense de leurs intérêts étrangement communs, dénoncent avec condescendance l’irresponsabilité, l’analphabétisme politique et juridique des partisans du “non”.
Ces citoyens et citoyennes vraisemblablement immatures sont donc incapables de répondre à une question pourtant simple, doctement mâchée, avec l’appui éclairé de juristes hors pair, par des politiciens aguerris, blanchis sous le harnais ?
Pire, ces "cancres" politiques n’auraient que des questionnements et des revendications désespérément hors sujet référendaire : super profits des grandes entreprises, délocalisations, plans sociaux de confort, fermeture de bureaux de poste, d’écoles, salaires bloqués ou amputés ; directive Bolkestein un temps approuvée, encensée par les mêmes qui aujourd’hui, pour des raisons tactiques, la découvrent et la condamnent ; Traité de Nice, à l’origine paré de toutes les vertus par Chirac comme par Jospin et maintenant honni et critiqué pour des impératifs évidents de stratégie électorale.
Horreur suprême, les "cancres" politiques font école, ils essaiment et prolifèrent en France mais aussi en Europe, dubitatifs quant aux bienfaits générés par l’Europe libérale de Blair, Chirac ou Schroëder. Avides de plus de transparence, de plus de social et de plus de démocratie, ces citoyens et citoyennes d’en bas poussent l’outrecuidance en France mais aussi en Allemagne ou aux Pays-Bas de privilégier leurs petites rancœurs, leurs petites colères, leurs petits ressentiments, leurs petites revendications particulières.
Ouvrons les yeux, ces exaspérations, ces défoulements, ces rages, mais aussi ces aspirations, ces exigences, ces lucidités, ces soifs de changement sont exprimés, criés, revendiqués par des citoyens et citoyennes de tous âges et de toutes origines : classes moyennes, cadres, paysans, artisans, commerçants.
Ces citoyens et citoyennes ne sont pas anti-européens, bien au contraire. Ils sont tout simplement las, exaspérés par les petits pas, les compromis successifs, les promesses sans cesse renouvelées et reportées, y compris par les sociaux-démocrates qui se sont succédé au pouvoir en Europe et qui l’ont peu à peu perdu faute d’écouter leurs bases.
Ces citoyens et citoyennes ont la désespérante certitude que les hiérarques au pouvoir ont purgé le grand rêve européen de tout contenu et qu’ils se sont ralliés, sans véritable combat, aux impératifs de l’orthodoxie néo-libérale.
Pour redonner confiance à ces citoyens et citoyennes de plus en plus nombreux, il est urgent de renouer avec le rêve, les raisons de se battre et d’espérer de tous les grands initiateurs du grand dessein européen - de Victor Hugo à Jean Monnet, en passant par Léon Blum. L’Europe actuelle et celle que nous propose le projet de Traité constitutionnel n’est plus qu’une caricature, un ectoplasme qui n’est ni unitaire, ni fédéral, ni politique, ni social. C’est d’ailleurs pourquoi Blair, Berlusconi, Seillière et Bush, experts en libéralisme et stratégie politique, sont favorables au projet de Constitution.
Assez du chantage au chaos, à la crise, à l’isolement et au déclin de la France et de l’Europe ! Tenons enfin compte de ce qui bouillonne au tréfonds de nos pays, donnons-nous les moyens de mettre fin au décalage de plus en plus hallucinant entre les décideurs politiques et médiatiques et les citoyens et citoyennes d’en bas.
L’urgence, le défi politique majeur, c’est de renouer avec les peuples, de combattre le cancer de nos démocraties : l’abstention et son corollaire la méfiance envers les décideurs politiques de droite comme de gauche. Cette "Constitution du moins pire" (dixit Daniel Cohn Bendit) n’est pas à la hauteur de ce défi et de cette urgence, elle ne se donne pas les moyens politiques, juridiques et financiers pour être "un rempart contre les grands mammouths financiers, militaires et politiques qui dominent le monde".
René Junker
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