Monde

Che Guevara : un révolutionnaire intégral

Che Guevara, apôtre des opprimés III

Salim Lamrani / 22 décembre 2017

Le cinquantième anniversaire de l’assassinat du Che en Bolivie le 9 octobre 1967 offre l’occasion de revenir sur le parcours du révolutionnaire cubano-argentin qui a dédié sa vie à la défense des « Damnés de la terre ».

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Comment le Che est-il devenu Président de la Banque nationale de Cuba ?

Le Che n’était pas un économiste de formation mais un médecin. Même s’il possédait des connaissances dans ce domaine, acquises au fil de lectures diverses, le monde bancaire lui était étranger. Mais il fallait une personnalité probe à la tête d’une institution qui avait vu se succéder les fripons, et le Che était la personne idéale. Il a accepté la responsabilité par devoir révolutionnaire. Les nouveaux billets étaient signés de son surnom « Che ». Il a toujours eu un mépris souverain pour les richesses matérielles.

Quand a-t-il été nommé Ministre de l’industrie ?

Le Che est nommé Ministre de l’Industrie en février 1961 avec pour objectif de développer et de renforcer ce secteur, vital pour l’économie cubaine. Fort de son expérience au sein de l’Institut national de réforme agraire, et notamment au Département d’Industrialisation, il est considéré comme le plus apte pour ce poste. Il l’occupera pendant plusieurs années.

Confronté à la réalité du pouvoir, le Che devient plus pragmatique, sans pour autant renoncer aux principes qui constituent le socle de son action politique. Selon lui, l’Etat doit prendre le contrôle des moyens de production et des secteurs stratégiques du pays, et diversifier son économie afin de tendre vers la souveraineté énergétique, alimentaire, technique et scientifique.

Le Che a dû réaliser sa tâche dans un contexte de lutte des classes extrêmement marqué contre un vieil ordre suranné et moribond qui refusait d’admettre la nouvelle réalité révolutionnaire. Cuba a dû également faire face à la pénurie de spécialistes et de techniciens qui ont pour la plupart choisi d’émigrer vers les Etats-Unis, attirés par les conditions de travail offertes par les autorités étasuniennes. Dans sa guerre idéologique contre La Havane, Washington avait lancé une campagne destinée à vider le pays de son capital humain. Le cas le plus emblématique et dramatique reste celui des médecins : parmi les 6 000 médecins que comptait Cuba en 1959, plus de 3 000 ont abandonné le pays dès les premiers mois, occasionnant une grave crise sanitaire à Cuba.

En tant que ministre, le Che a imposé discipline et rigueur en prêchant par l’exemple. L’efficacité était sa grande priorité. Comme membre du gouvernement, le Che disposait de certains avantages matériels. Une anecdote permet d’illustrer quel type d’homme était l’Argentin. Lors d’une réunion publique dont l’objet était le carnet d’approvisionnement, un citoyen présent est intervenu pour apporter la contradiction au Che en lui disant la chose suivante : « Commandant, vous tenez ces propos car votre famille n’est pas sujette au carnet d’approvisionnement ».

Il faut rappeler que le carnet d’approvisionnement a été établi en 1960 suite aux sanctions économiques imposées par les Etats-Unis. L’objectif du gouvernement révolutionnaire était de fournir à l’ensemble de la population les produits alimentaires basiques pour une vie décente, et éviter le développement de la famine. Le Che n’a rien répondu.

Le lendemain, il a fait venir le citoyen en question et lui a dit : « Jusqu’à hier, vous aviez raison ». L’Argentin, alors ministre, avait exigé que sa famille vive dans les mêmes conditions que les Cubains et soit sujette au carnet d’approvisionnement. Cela illustre la grande rectitude morale du Che.

Salim Lamrani
Université de La Réunion

Voir en ligne : https://www.huffingtonpost.com/entr...