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Che Guevara, apôtre des opprimés III
26 décembre 2017, par

Le cinquantième anniversaire de l’assassinat du Che en Bolivie le 9 octobre 1967 offre l’occasion de revenir sur le parcours du révolutionnaire cubano-argentin qui a dédié sa vie à la défense des « Damnés de la terre ».
Pourquoi Che Guevara tenait-il toujours un journal ?
Le Che était un intellectuel et, comme tout homme d’idées, il aimait consigner ses réflexions par écrit afin de les développer et de les transmettre. Le Che avait le souci de la transmission du savoir. Sa grande priorité était de faire du peuple cubain un peuple instruit et cultivé, car il était convaincu que l’ignorance asservissait les hommes et renforçait les privilèges établis et les hiérarchies sociales. Sans savoir, il n’y a pas de liberté possible et l’Argentin partageait la maxime de José Martí selon laquelle il fallait être cultivé pour pouvoir s’émanciper des chaînes de l’exploitation et de l’oppression. Dès le départ de l’épopée révolutionnaire, il a tenu un journal dans les montagnes de la Sierra Maestra qui a aujourd’hui une grande valeur historique. Il illustre les grandes falcultés intellectuelles du Che, notamment sa capacité de synthèse. Mais il avait pris l’habitude de noter ses impressions dès son premier voyage à motocyclette à travers l’Amérique latine dans les années 1950.
Quel est l’héritage intellectuel du Che ?
Le Che a légué à la postérité de nombreux discours dont les plus célèbres restent ceux d’Alger, de la Tricontinentale et son fameux discours à la jeunesse. Il a écrit plusieurs essais, notamment son journal de campagne à Cuba, un livre sur la guerre de guérilla et son célèbre journal de Bolivie, entre autres. Il a également rédigé toute une série de réflexions reflétant sa pensée économique sous le titre « Notes critiques sur l’économie politique ».
L’une de ses œuvres maîtresses est « Le socialisme et l’homme à Cuba » publié en 1965. Il y analyse le comportement des hommes et des femmes dans le développement du processus révolutionnaire, leurs caractéristiques et leurs aspirations. Il élabore la théorie selon laquelle le développement économique du pays doit avancer de pair avec le développement de la conscience révolutionnaire chez les citoyens afin de créer un homme nouveau dont le moteur serait un socle de valeurs morales, éthiques et spirituelles et non pas des gratifications d’ordre matériel. L’homme nouveau placerait l’intérêt général au-dessus de ses considérations personnelles et serait mû par la générosité, la solidarité, l’altruisme, le goût de l’effort, le sens collectif et le désintéressement. En un mot, toutes les qualités dont disposait déjà le Che, qui dans ce domaine était en avance sur son temps. Pour lui, seul cet homme nouveau sera en mesure d’édifier le socialisme à Cuba et ailleurs. Seul un travail politique, idéologique et culturel profond pouvait forger cet homme nouveau.
Le Che est-il à l’origine du travail volontaire ?
Le Che était un homme de pensée et d’action qui prêchait toujours par l’exemple. C’était la meilleure façon de conquérir l’autorité morale nécessaire pour faire part de ses exigences au peuple. Pour le Che, le travail est un devoir social et l’expression maximale de ce devoir social est le travail volontaire, qui est la meilleure école pour créer une conscience révolutionnaire. Le travail volontaire avait été mis en place par le Che et l’objectif était d’inciter les Cubains, une fois leur journée de travail réglementaire achevée, de se porter volontaires pour réaliser des tâches en faveur du pays, sans attendre de récompense matérielle en retour, mais la simple satisfaction morale du devoir accompli.
Le Che ne rejetait pas pour autant la rétribution matérielle, mais il considérait que l’homme nouveau devait s’alimenter de cette satisfaction morale. Pour le Che, l’internationalisme était la forme la plus avancée du travail volontaire. C’était à la fois un devoir et une nécessité révolutionnaires. L’homme nouveau, pétri de toutes ces qualités morales, deviendrait ainsi un révolutionnaire intégral.
Salim Lamrani
Université de La Réunion
The Huffington Post
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