Monde

Combat d’arrière-garde à Washington contre le retour de la Chine au premier rang mondial

Un texte jugé historique pour faire face au déclin des États-Unis

Manuel Marchal / 9 juin 2021

La politique des États-Unis vis-à-vis de la Chine n’a pas changé avec le changement de président : c’est toujours la guerre économique. Tel est en effet le but d’un plan d’investissements dans la recherche d’un montant de 190 milliards de dollars : « Si nous ne faisons rien, nos jours de superpuissance dominante pourraient s’achever », a mis en garde le chef de la majorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer.

JPEG - 131.4 ko
Campus Huawei en Chine. Le retour de la Chine en tant que première puissance économique mondiale inquiète les dirigeants des Etats-Unis qui refusent de ne plus être aux commandes d’une superpuissance dominante.

Voici ce que dit « le Monde » sur la base d’une dépêche de l’AFP au sujet de l’adoption d’un plan des États-Unis de 190 milliards de dollars pour contrer la Chine :

« Dans un rare moment d’union entre démocrates et républicains, le Sénat américain a adopté, mardi 8 juin, un projet de loi prévoyant des investissements ambitieux dans la science et les technologies, présenté comme un texte « historique » pour contrer la menace économique de la Chine et son modèle « autoritaire ».
Ce plan destine notamment 190 milliards de dollars (156 milliards d’euros) à la recherche et au développement, et vise aussi à encourager les entreprises à produire aux États-Unis des semi-conducteurs, aujourd’hui essentiellement fabriqués en Asie.
« Si nous ne faisons rien, nos jours de superpuissance dominante pourraient s’achever », a mis en garde le chef de la majorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, juste avant le vote. « Et c’est pour cela qu’on se souviendra de ce texte comme l’un des plus grands succès obtenus entre démocrates et républicains au Sénat américain dans l’histoire récente. »

Adopté par 68 voix contre 32 par le Sénat, le texte doit encore être examiné à une date indéterminée par la Chambre des représentants.

Ceci rappelle donc que le changement de président aux États-Unis ne s’accompagne pas d’un changement significatif de politique. En effet, l’objectif des deux partis qui dirigent en alternance les États-Unis est de maintenir le statut de ce pays comme « superpuissance dominante ». Cette domination est remise en cause par des facteurs sur lesquels aucun gouvernement ne peut peser.
Rappelons que la Chine a occupé pendant plusieurs siècles le rang de première puissance économique mondiale. Durant cette période, la Chine n’a pas envahi des continents entiers pour les transformer en colonies, faisant de leurs habitants des personnes exploitées dans des conditions comparables à l’esclavage. Cette période prit fin lors de l’invasion de la Chine par les puissances occidentales et le Japon au 19e siècle. La Chine a alors été colonisée, et n’était plus une superpuissance économique.

Les États-Unis seuls à fixer la valeur de leur dette

Cette place de leader fut alors brièvement occupée par le Royaume-Uni jusqu’à la Seconde guerre mondiale. En échange de son entrée en guerre et d’un nombre de tués au combat extrêmement faible par rapport à l’Union soviétique, les États-Unis ont pris le contrôle de l’économie mondiale : le FMI et la Banque mondiale sont situés sur son territoire, et le dollar est imposé comme monnaie d’échanges internationaux. Cette situation permet alors aux États-Unis de vivre à crédit du monde : la dette publique est de plus de 20.000 milliards de dollars. Comme elle est libellée dans la devise des États-Unis, ce pays a donc la possibilité de faire varier le montant de sa dette en changeant tout simplement la valeur de sa monnaie.
Mais la fin de la Seconde guerre mondiale a vu également le monde commencer à fermer la parenthèse de la colonisation. Elle s’est achevée en Chine en 1999 par la fin de l’occupation portugaise de Macao.
Deux ans plus tard, la Chine adhérait à l’Organisation mondiale du Commerce.

La fin d’une époque

La direction communiste du pays y a permis de vaincre la pauvreté, alors qu’entre 1949 et aujourd’hui, la population de la Chine est passée de 600 millions d’habitants à 1,4 milliard. Si à la sortie de la Seconde guerre mondiale la population des États-Unis représentait le tiers de celle de la Chine, elle en représente moins du quart aujourd’hui. Mais tout ceci n’est que rééquilibrage. Le monde retrouve le rapport de force démographique qui existait avant la colonisation.
Les équilibres traditionnels sont donc de nouveau à l’ordre du jour avec le retour de la Chine en tant que première puissance économique mondiale, ce qui ferme la parenthèse de la colonisation et remet donc en cause l’hégémonie occidentale. Cela signifie clairement qu’un seul pays ne peut plus dicter sa loi aux autres, et cela met donc fin à un monde dominé par une seule superpuissance.
Ce phénomène inéluctable ne peut être ignoré aux États-Unis. Mais plutôt que d’anticiper ce changement, ses dirigeants préfèrent se lancer dans un coûteux combat d’arrière-garde pour mettre des bâtons dans les roues d’un pays, qui plus est dirigé par un Parti communiste, et qui milite pour un monde basé sur le multilatéralisme et la coopération.
Manifestement, Joe Biden s’inscrit dans les pas de Donald Trump. Cette politique renforce l’isolement de son pays dont le coronavirus a montré l’ampleur du déclin.

M.M.