Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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Délégation européenne en visite
4 mai 2005

Après la visite de la plate-forme Nord du transfert des eaux, la délégation des parlementaires européens était attendue à la Région, où le débat qui s’est engagé avec le président de la collectivité a mis en évidence la complexité des problèmes auxquels La Réunion est confrontée, mais aussi des différences de perception très prononcées entre les Européens et nous.
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La deuxième journée-marathon de la délégation des parlementaires européens les a conduits hier au Cerf puis sur la plate-forme Nord du transfert des eaux, puis dans l’Ouest où ils ont pu vérifier l’efficience de l’irrigation - d’abord au bassin de tête du réservoir de Montrepos puis chez un exploitant - avant d’entendre un exposé sur le fonctionnement de la plateforme des Tamarins et les perspectives agricoles de ce secteur, après réalisation de l’ensemble des antennes, d’ici à 2010. Les perspectives de développement de la zone leur ont été exposées ainsi que la structure des dépenses engagées pour y parvenir.
Puis la délégation était attendue à la Région, où le débat qui s’est engagé avec le président de la collectivité a mis en évidence la complexité des problèmes auxquels La Réunion est confrontée, mais aussi des différences de perception très prononcées entre les Européens et nous.
Avant le débat, Paul Vergès a fait à ses hôtes un rapide résumé de la structuration de la filière canne-sucre, soulignant son importance dans l’histoire économique de l’île et dans le peuplement. Ce rappel était destiné à faire comprendre la dimension sociale, mais aussi énergétique et environnementale des problèmes posés par la réforme de la filière. Cette réforme va aussi peser sur les relations entre planteurs et usiniers, a expliqué Paul Vergès, en décrivant les transferts historiques de la propriété des planteurs sur la canne et ses sous-produits et les incidences de cette histoire sur la structure du prix de la canne et donc sur les négociations.
Au-delà de cette histoire socio-économique interne, le combat des planteurs pour la survie de leur filière revêt "un caractère exemplaire" pour les solutions recherchées par d’autres petits Etats insulaires et vulnérables. c’est ce qu’a fait apparaître la plate-forme de la conférence de l’ONU tenue à l’île Maurice en janvier dernier.
Le débat ouvert par le président de la commission agricole au parlement, Joseph Daul, s’est engagé sur la base des ajustements à trouver à la réforme du régime sucrier européen. "Nous sommes là pour voir ce qui existe et pas pour le démanteler" a-t-il rassuré, en soulevant "le problème de l’OMC". "Il faudra qu’on soit assez courageux pour poser les vraies questions mais nous ne pourrons le faire que si les pays les plus pauvres nous encouragent et nous aident" a-t-il dit en revenant à la politique du régime sucrier européen.
Plusieurs députés européens ont montré leur difficulté à engager le débat sur l’avenir de la filière canne-sucre sans l’instrumentaliser dans le débat sur le referendum. Le président de la Région a été interpellé parfois vivement sur sa position concernant le projet de Constitution. Il a répondu à ces préoccupations en recentrant constamment les problèmes du point de vue des RUP, des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) et des PMA (pays moins avancés), soulignant chaque fois qu’elles se présentaient "les contradictions de la politique de l’Union européenne dans notre région". Face à des élus européens tentés en permanence par l’équation simpliste “crédits = vote”, Paul Vergès a souligné les apports des RUP à l’Europe, y compris dans leurs aspects financiers.
La réponse du président de Région a été teintée du pessimisme inspiré de toutes les difficultés décrites et articulées les unes aux autres. "Je vois un avenir sombre et La Réunion confrontée à d’importants problèmes" a-t-il répondu. "Mais soyez certains d’une chose : j’arriverai à une décision qui sera nette et tranchante. Ce ne sera pas une réponse “chauve-souris”" a poursuivi Paul Vergès, pour faire comprendre à ses interlocuteurs qu’il n’était pas possible d’aborder la complexité des problèmes posés par la réforme en les réduisant à des arguments électoralistes.
Le débat a été parfois pressant, surtout de la part des parlementaires des nouveaux pays membres - Pologne, Hongrie...- mais la constance et la fermeté des réponses du président de la collectivité étaient destinées à leur indiquer que les difficultés de nos pays demandaient une approche vraiment différente.
"Le sentiment d’attachement des Réunionnais à la France et à l’Europe ne date pas des fonds structurels" a-t-il finalement répondu à ceux qui mettaient son choix en cause. Une réponse qui a eu le don d’exaspérer Margie Sudre et nul doute que les débats ont dû se poursuivre, au moins aussi animés, pendant le repas qui a suivi.
P. David
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