Ouverture du Dialogue de décolonisation sous l’égide des Nations unies

Décolonisation de la Polynésie : une décision de justice très attendue qui résonne jusqu’à La Réunion

25 novembre 2025, par Manuel Marchal

Le 2 décembre 2025, le Tribunal administratif de Papeete rendra sa décision dans un dossier sensible : celui du dialogue de décolonisation que l’État français est appelé à ouvrir avec la Polynésie française, conformément aux résolutions de l’ONU de 2013 et 2024. Ce débat, bien que situé à plus de 15 000 kilomètres de La Réunion, touche directement les anciennes colonies intégrées à la République française et interroge sur la place des territoires dans l’État français, un sujet particulièrement suivi dans notre île.

Tout commence en décembre 2024, lorsque l’Assemblée de la Polynésie française (APF) adopte une délibération autorisant son président à engager un recours contre l’État afin de faire respecter le droit à l’autodétermination du peuple mā’ohi, tel que reconnu par l’ONU. Le même jour, l’APF vote une résolution appelant explicitement Paris à ouvrir un dialogue de décolonisation sous l’égide des Nations unies.

Mais dès janvier 2025, le haut-commissaire dépose un recours pour faire annuler cette délibération. En juin, soutenu par un avis du Conseil d’État, le tribunal administratif de Papeete annule effectivement le texte. L’affaire aurait pu s’arrêter là, mais les autorités polynésiennes poursuivent la bataille.

En mai 2025, Antony Geros, président de l’APF, et le Tavini Huira’atira adressent un courrier officiel au président Emmanuel Macron pour exiger que la France respecte la réinscription de Mā’ohi Nui sur la liste des territoires non autonomes. Faute de réponse dans les trois mois, ce silence valant refus, une nouvelle procédure est lancée devant le tribunal administratif afin de contraindre l’État à engager ce dialogue politique demandé par l’ONU.

La décision attendue le 2 décembre 2025 marquera donc une étape essentielle dans cette longue démarche. Pour les élus polynésiens, devoir en passer par la justice démontre déjà la persistance d’une relation coloniale dont il faut sortir par un processus pacifique et encadré.

À La Réunion, où les questions d’autonomie, de gouvernance locale et de place des anciennes colonies intégrées à la République française reviennent régulièrement dans le débat public, cette affaire est observée avec attention. Elle pose une question fondamentale : comment concilier l’aspiration des peuples à être pleinement acteurs de leur avenir et la structure institutionnelle de l’État français ? La réponse, qu’esquivera peut-être la décision du 2 décembre, pourrait inspirer d’autres pays comme La Réunion.

M.M.

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