Monde

Des paroles aux actes

"Alon filozofé" ... !*

Roger Orlu / 5 octobre 2007

L’être humain a un problème récurrent : il n’arrive pas toujours à mettre ses actes en rapport avec ses paroles. Quand il dit des bêtises ou des méchancetés, ce n’est pas grave ; on a même envie de dire : tant mieux ! Mais quand ce sont de bonnes paroles, quel dommage ! Et l’on se dit que cela ne doit pas toujours être facile de faire ce que l’on affirme.
Chaque jour, il est pénible d’entendre des décideurs, des religieux, des journalistes ou des citoyens ordinaires dire des choses intéressantes, mais faire le contraire de ce qu’ils proclament ou ne pas l’appliquer eux-mêmes. À l’inverse, c’est un vrai plaisir de les voir passer des paroles aux actes. À condition, bien sûr, que cela soit un discours porteur de vérité et de justice.

« Totalement différent »

Ce problème est préoccupant au moment où se déroule en France (et aujourd’hui tout particulièrement à La Réunion) le “Grenelle de l’Environnement”. Mille et une propositions justes, décisives, voire vitales pour l’avenir de l’humanité et pour notre vie quotidienne vont être émises. D’autres le sont déjà, comme celle-ci, rendue publique jeudi dernier à Paris par le groupe de travail N° 1 (“Lutter contre les changements climatiques et maîtriser la demande d’énergie”) : « L’objectif premier et de permettre aux générations futures de disposer des ressources dont elles auront besoin pour leur développement. Le groupe de travail estime que dans ce contexte, la France doit se placer dès maintenant sur la trajectoire d’une division par quatre de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050, ce qui suppose d’imaginer un modèle de développement totalement différent de celui que nous connaissions jusqu’à présent  ».

Oh que cela est bien dit ! Mais que vont faire la plupart des détenteurs de pouvoirs pour appliquer cela ? “Un modèle de développement totalement différent”... Imagine-t-on l’ampleur des changements que cela suppose dans la façon de produire, de consommer, de se déplacer, d’informer, d’éduquer, de rendre justice, de prendre des décisions politiques etc...? Il faut tout changer, i di a ou...! Mais quand il s’agit de passer des paroles aux actes, ceux qui font la loi continuent comme avant, font le contraire de ce qu’ils disent et nous conduisent à l’impasse.

Le plus important

Mardi prochain, 9 octobre, on va célébrer le 40ème anniversaire de l’assassinat en Bolivie, à 39 ans, sur ordre des dirigeants états-uniens, de l’un des militants révolutionnaires les plus célèbres du 20ème siècle : Ernesto “Che” Guevara. Certains pourront toujours dire que cet homme a choisi à tort de quitter ses responsabilités ministérielles à Cuba pour s’engager dans une guérilla contre une dictature en Amérique du Sud ; d’autres pourront dire qu’il a commis des erreurs tactiques ou des imprudences, que lui-même et beaucoup de ses amis ont payées de leur vie.
Le plus important n’est pas là. Il est dans le fait que le “Che” a mis ses actes en conformité avec ses paroles, il a fait ce qu’il disait juste. Dans sa dernière lettre à ses enfants, il écrit : « Soyez toujours capables de ressentir au plus profond de votre cœur n’importe quelle injustice commise contre n’importe qui, où que ce soit dans le monde. C’est la plus belle qualité d’un révolutionnaire ».

Roger Orlu

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  • Bonjour à vous,

    Permettez...S’il vous plait.

    Que je m’exprime, malgré mes lacunes en cette si belle discipline qu’est la philosophie : Ne disposant pas de tous les éléments qui me permettraient certainement d’éviter de commettre un impair, à l’égard de postulats communément admis, comme raisonnablement acceptables, je vais néanmoins tenter avec témérité, d’exprimer ici mon point de vue sur ce sujet, en réquérant toute votre indulgence au préalable, et je vous en remercie.

    La parole est l’acte par excellence, je crois. Et je crois également qu’on est plus bien plus ce qu’on pense, que ce qu’on fait. Le premier est réellement issu de soi, de ses propres réflexions, quand les seconds ne sont que trop souvent seulement l’image qu’on veut bien en projeter, des réponses traduites par des gestes, en réaction avec nos environnements, et où notre libre-arbitre, reconnaissons le, obéit prioritairement à des contraintes extérieures pré-déterminées, et auxquelles, nous avons bien voulu nous assujettir.

    De plus, ce qu’il est convenu généralement d’appeler des actions, un peu trop hativement je crois, et qui re-disons-le, à mes yeux, appartiennent plutôt à l’ordre des réactions, sont souvent dans les faits contre-productives, s’opposant les unes aux autres, au point qu’il serait peut être même possible de les qualifier de non-actions. La liste des exemples confortant cela au travers de notre Histoire, s’égrénent comme autant d’illusions, et sans être excessivement brutal, force nous est de constater, qu’aujourd’hui, quelque soit le lieu sur cette planéte, et quel que soit le moment de notre passé, aucune de nos actions n’a influé positivement et durablement sur notre devenir, et que bien au contraire, elles participent (presque) toutes à l’aveuglement collectif, qui nous a conduit à créer ces sociétés inhumaines, que nous portons avec autant de peines.

    Contrairement aux paroles qui dépassent le temps et l’espace, nos actions sont dérisoires parce qu’elles n’agissent que sur des périmètres restreints, en de cours instants, et si elles sont nécessaires, ce n’est pas parce qu’elles sont utiles, mais parce qu’elles ne sont pas inutiles, uniquement : Ne nous méprenons pas en leur accordant une importance, avec des incidences, qu’elles ne possédent pas, car ce serait vaine présomption, je crois.

    Le verbe recéle des vertus que jamais aucune réalisation, aussi belle et aussi grande soit elle, ne pourra égaler : Nous donnerions la terre entière au plus malheureux des Hommes, qu’il n’en serait pas plus réconforté, si nous omettons d’allumer la lumière de son esprit. Et c’est là, tâche bien plus ardue, que de s’en aller vaquer tous les jours à la poursuite de chimères, en quête d’apaisement de ses besoins d’auto-satisfaction.

    Aussi, en reprenant votre propos, il serait peut être possible de dire que le "problème récurrent" de l’Homme, c’est moins l’inadéquation de ses paroles avec ses actes, que l’absence de conscience qui caractérise les premiers, et ses illusions au sujet des seconds : Faites ce que vous voulez, agissez en bonne conscience, multipliez les occupations, mais de grâce, convenons qu’il s’agit là souvent d’expressions de pure vanité. Car ma foi, si l’être humain était réellement un être de raison, cela se saurait, je crois, et nous n’en serions certainement pas encore à nous glorifier de nos petites compétences, quand au bout de qq millénaires, nous ne voyons autour de nous que misères, matérielles, intellectuelles, morales et humaines.

    Quand l’être humain comprendra qu’il n’est rien sans les autres, ce jour là, il sera envisageable de vivre en bonne société, mais comme il persiste à se croire détenteur du bon chemin, il continuera à se confronter aux siens, et à pourrir la vie de tous. Gardons nous donc de nous précipiter avec ardeur dans toutes sortes d’activités, car il s’agit d’autant d’occasions de se heurter à la vindicte d’autrui, au seul tort d’avoir l’outrecuisance de penser différemment, surtout si cela concerne des milieux peuplés de convaincus, qui pourraient être violemment perturbés, d’être ainsi remis en cause.

    Il me semble que seul un chaos généralisé pourra peut être autoriser ce réveil des consciences, à moins qu’il ne précipite notre espèce dans les profondeurs de la préhistoire, je ne sais pas, mais je ne crois pas que l’être humain soit capable aujourd’hui, de concrétiser ce qu’il a été incapable de faire, depuis des siécles, en dépit de toute sa bonne volonté : Tant que la parole de l’autre restera l’ennemi de ses actions, il perpétuera ses erreurs.

    Bien pire : tant que l’Homme rejettera son voisin, en raison de ses pensées, il régressera. Notons d’ailleurs, que plus celles ci le dérangent, et plus il en éprouve de l’aigreur. Songeons donc, prioritairement, d’abord à trouver les remédes pour soigner nos problèmes d’estomac, cad à tenter de définir un discours (ma principale action), qui rassemblera l’ensemble des Hommes, et nous arriverons peut être à raisonner correctement, cad dans l’intérêt de tous, et pas seulement dans des cadres qui nous arrangent. Et surtout, fuyons les susceptibles à grand pas, car leurs blessures d’égo anesthésient leurs intelligences, et les rendent souvent dangereux, socialement parlant, dans un objectif commun d’un mieux-vivre ensemble.

    Il me semble précisément que nous vivons dans des sociétés qui confortablement, sans aucune notion d’humanité, et encore moins de perpectives, expriment une aversion particuliére pour les propos d’autrui, en ce sens que ceux-ci sont d’abord considérés comme des obstacles à ce que des êtres humains ont décidé, unilatéralement, de réaliser. Avec des actions appréhendées comme étant prioritaires sur les autres, ce qui n’est pas la moindre des prétentions, et nous indique d’ailleurs clairement le degré d’égarement auquel nous avons affaire, gageons que l’obscurité n’a pas encore accompli son oeuvre totalement, et que nous assisterons encore, nous ou nos enfants, au spectacle de ce que l’Homme sait encore faire le mieux, quand il se décide à s’agiter : Se tromper.

    Et c’est d’ailleurs le moins que je puisse espèrer, pour ce qui me concerne, en terminant ces qq lignes.

    Avec le plaisir de vous lire,
    Bien à vous.

    PS : Un mot sur le Che, je lui préfére la résistance passive, la rebellion tranquille de Gandhi, moins sanglantes, avec ses actions déroutantes, a contrario des courants de pensées habituels ... ou encore l’indépendance de Lao Tseu, qui toute sa vie durant, de son propre aveu, n’a pu trouver d’espace où agir, aux seins des différentes cours qu’il a fréquenté, et dont l’oeuvre pourtant de nos jours encore, constituent la source de réflexions de millions d’êtres humains.

    Voir en ligne : La parole est l’acte par excellence

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