Monde

Des remparts contre le génocide et les divisions ethniques au Burundi

Réconciliation

Témoignages.re / 3 janvier 2018

Un leader politique réputé proche de la mouvance présidentielle, Jean de Dieu Mutabazi, a été nommé à la tête du bureau de l’« Observatoire national pour la prévention et l’éradication du génocide, des crimes de guerre, des autres crimes contre l’humanité » et un monarchiste connu, Guillaume Ruzoviyo, au poste de président du « Conseil national pour l’unité nationale et la réconciliation », a-t-on appris des décrets rendus publics mardi.

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En octobre dernier, la Cour pénale internationale (CPI) avait décidé de se saisir des « crimes contre l’humanité » supposés avoir été commis à l’ombre de la crise politique autour des élections controversées et émaillées de violences de 2015 au Burundi. Le pouvoir burundais a vite rejeté ces enquêtes de la CPI et multiplié depuis, des initiatives locales visant à cimenter l’unité et à prévenir le génocide.

Le décret présidentiel nomme, par ailleurs, deux autres personnalités au bureau de l’Observatoire national du génocide, un juriste de formation, Joseph Sinabwiteye, vice-président, et une femme député du parti majoritaire, Mme Emérence Bucumi, comme secrétaire général. Le Conseil national pour l’unité nationale et la réconciliation, de son côté, a comme vice-présidente, Mme Alice Nzomukunda, une ancienne vice-présidente de la République, récemment rentrée d’exil depuis les dernière élections controversées et émaillées de violences de 2015. Mme Nzomukunda était, par ailleurs, récemment encore, la trésorière du Conseil national pour la défense de l’Accord inter-burundais d’août 2000, à Arusha, en Tanzanie, sur la paix, la réconciliation et l’Etat de droit (CNARED, principale plateforme de l’opposition intérieure et en exil). Le secrétaire du Conseil de l’unité, Mgr Justin Nzosaba, de son côté, est connu du grand public pour avoir dirigé la Commission du dialogue politique national visant à sortir le pays de la crise électorale. L’autre membre connu du Conseil de l’unité est Adolphe Rukenkanya, un ancien ministre burundais de la Jeunesse, des Sports et de la Culture. Les deux membres restants, Adolphe Bazonyica et Mme Médiatrice Bizabishaka, sont des nouveaux venus sur la scène politique nationale, pour nombre de Burundais. Les Burundais sont théoriquement déjà liés par une « Charte de l’unité nationale » qui a été adoptée, par voie référendaire, en 1981, dans la foulée d’une autre guerre civile éclaire ayant fait au moins 5.000 morts, rappelle-t-on.

L’Observatoire national pour la prévention et l’éradication du génocide, le Conseil national pour l’unité a été réaffirmé ainsi que la Commission nationale pour la vérité et la réconciliation (Cvr) ont été affirmés dans l’Accord inter-burundais d’Arusha ayant mis fin à la dernière grande guerre civile à caractère ethnique, sur un lourd bilan de plus de 300.000 morts, selon les Nations unies.

La première grande guerre civile des années 1970 avaient fait autour de 200.000 morts, essentiellement des civils. Une controverse dans l’opinion entoure aujourd’hui encore les deux tragédies, l’ethnie majoritaire des Hutu voyant un « génocide des hutu » dans la guerre civile de 1972, la minorité tutsi disant en avoir été victime, à son tour, en 1993.

L’Accord d’Arusha avait trouvé un juste milieu, en recommandant la construction d’un « Monument national » à la mémoire de toutes les victimes de génocide, de crimes de guerre ou autres crimes contre l’humanité, gravé du « Plus jamais ça ». Le Monument unique n’a toujours pas vu le jour, de même que l’instauration d’une « Journée nationale » de commémoration pour les victimes de génocide, tels que préconisés par l’Accord d’Arusha.

D’autres points en suspens dans l’Accord d’Arusha ont trait à la mise en place, par le Conseil de sécurité des Nations unies, d’une Commission d’enquête judiciaire internationale sur les actes présumés de génocide et d’un Tribunal pénal international pour le Burundi. Seule la Commission nationale pour la vérité et la réconciliation a été mise en place à ce jour pour « établir la vérité sur les actes de violence graves commis au cours des conflits cycliques qui ont endeuillé le Burundi de l’indépendance, le 1er juillet 1962, à la date de la signature de l’Accord de paix d‘Arusha, qualifie les crimes et établit les responsabilités ainsi que l’identité des coupables et des victimes ». La Commission n‘est toutefois pas compétente pour qualifier les actes de génocide, les crimes contre l‘humanité et les crimes de guerre. Le rôle de la Commission est surtout d’« arrêter ou proposer aux institutions compétentes des mesures susceptibles de promouvoir la réconciliation et le pardon », de « décider la restitution aux ayants droit des biens dont ils avaient été dépossédés » et des « indemnisations conséquentes », ou de « proposer toute mesure politique, sociale » visant à « favoriser la réconciliation qu’elle juge appropriée ».

L’Accord d’Arusha et la Constitution qui en émane sont néanmoins les deux textes majeurs de référence dans le partage des responsabilités à tous les niveaux du pouvoir entre les différentes composantes sociopolitiques et ethniques du pays. Le projet d’une nouvelle Constitution amendée maintient les quotas ethniques dans le partage du pouvoir à concurrence de 60 % de responsabilités pour les Hutu majoritaires, 40 % pour la minorité Tutsi et au moins 30 % de femmes, dans l’ensemble.