Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Le monde a changé, et La Réunion ?
30 mars, par

Le détroit d’Ormuz change de statut : Téhéran impose un péage en yuans, hors du système financier occidental, avec filtrage des navires. Au-delà du conflit militaire, c’est un basculement géoéconomique majeur : dédollarisation concrète, pétrole en hausse. Un pays résiste à l’hégémonisme occidental et révèle la fragilité des équilibres mondiaux.
Le détroit d’Ormuz vient de changer de nature. Pas comme une menace brandie dans l’urgence d’un communiqué militaire, pas comme un bluff de guerre destiné à peser sur une négociation. Non. Comme une réalité juridique et opérationnelle en cours de ratification à Téhéran. Huit kilomètres d’eau sous tension, et c’est l’architecture énergétique mondiale qui vacille.
Désormais, tout armateur voulant franchir ce goulet stratégique doit soumettre ses données à un courtier lié aux Gardiens de la révolution. Filtrage politique assumé : liens avec les États-Unis, avec Israël ou avec une puissance jugée hostile ? Refus net. Pour les autres, un péage de deux millions de dollars par pétrolier, réglé en yuans, en espèces ou via blockchain. Reçu délivré, corridor strictement défini, passage autorisé.
Ce n’est pas une parenthèse martiale. C’est un nouveau modus operandi. Et ce qu’il signifie dépasse de loin la seule confrontation militaire. Depuis des années, les sommets des BRICS discouraient sur la dédollarisation, les alternatives au système SWIFT, la fin du monopole monétaire occidental. En quelques jours, l’Iran impose un règlement en yuans au point d’étranglement le plus stratégique de la planète, hors du circuit financier dominé par Washington.
Pendant ce temps, la guerre se poursuit et brouille les grilles d’analyse occidentales. Frappes répétées, systèmes de défense saturés, bases américaines détruites : la soi-disant supériorité technologique occidentale n’apparaît plus intouchable. Les Émirats arabes unis, inquiets pour leurs corridors maritimes et le modèle logistique de Dubaï, laissent planer la menace d’un alignement plus franc sur Washington. L’Iran réplique par la dissuasion, désignant des cibles stratégiques, dont les usines de dessalement. La guerre devient systémique.
Les spéculateurs s’affolent en Occident. Rendements obligataires américains en tension, pétrole flirtant avec les 110 dollars, spectre d’une récession mondiale. L’économie réelle rappelle que la géopolitique n’est jamais abstraite.
Ce qui se joue à Ormuz n’est peut-être pas un épisode de plus dans la chronique des conflits du Moyen-Orient. C’est un test grandeur nature : celui de la capacité d’une pays du Sud à fissurer un ordre mondial qu’on croyait figé. Les conséquences mettront des années à se déployer. Les règles d’hier ne tiennent plus aussi solidement qu’on le prétendait.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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