Monde

Élections et problèmes en suspens

Notre Région

Témoignages.re / 8 novembre 2003

La campagne électorale pour les élections communales des 9 et 25 novembre s’est ouverte, dans le calme, disent les uns, dans la morosité et l’indifférence, disent les autres. Les observateurs de protestations artistiques donnaient une autre ambiance aux campagnes électorales. Tout un chacun est conscient que les choses ont changé. Mais dans quel sens ? Personne n’a encore apporté de réponse à cette question.
Contradictions. Le chef de l’État, qui tient visiblement à conforter les acquis de sa légitimité reconnue par l’Union africaine, a entrepris de nombreuses visites officielles ou privées à l’étranger : aux États-Unis, au Japon, en Afrique du Sud... Dès son retour au pays, outre les contrôles inopinés dans certains ministères, il a visité des communes dans diverses régions, qui n’ont pas été choisies au hasard, puisqu’à la veille de élections communales, les médias n’ont pas manqué d’évoquer le dynamisme des partis d’opposition, dans des chefs lieux de province, comme Antsiranana, Tuléar, Toamasina. Mais l’attention de l’opinion s’est surtout focalisée sur certains discours du président, Ravalomanana, qui ont soulevé de nombreuses questions, telles :
• les critiques publiques lancées contre une entreprise privée, sommées de s’acquitter de dettes contractées auprès dune société d’État, alors que cet emprunt avait fait l’objet d’un contrat légal ;
• l’appel aux populations à "brûler vifs" les dahalo (voleurs de bœuf) qui seraient pris sur le fait ;
• l’exhortation aux politiques à "se taire", la priorité selon le chef de l’État étant « l’économie » et « non pas la politique ».
Or, dans le même temps, le "Comité national de la lutte contre la corruption", mis en place à l’initiative du président Ravalomanana, a réuni les représentants de 23 partis politiques, qui ont adopté une déclaration commune, dans laquelle :
« -ils s’engagent à soutenir les pratiques transparentes en matière de financement des campagnes électorales,

- ils appellent de leurs vœux l’adoption d’une loi sur l’organisation des partis en général, et leur financement en particulier,

- ils appellent le Gouvernement et l’Administration publique à assurer la liberté, la transparence, l’équité de toute élection, et à mettre sur un même pied d’égalité tous les partis politiques »
.
Quelques jours plus tôt, la Présidence de la République avait tenu à publier une mise au point, précisant que le président, soucieux de la légalité et des droits de l’homme, n’avait jamais eu à l’esprit de mettre en pratique une justice sommaire à l’encontre des "dahalo" !
On comprend que cette situation plutôt confuse, ces contradictions flagrantes, ne suscitent guère d’enthousiasme, au sein des partis et groupements politiques, dont un petit nombre seulement a décidé de participer aux élections souvent à titre symbolique.
Parmi ceux-ci figure l’AVI (de l’ex-Premier ministre et néanmoins conseiller spécial de Ravalomanana) qui annonce qu’il sera présent dans quelques 900 communes.
L’AREMA, décapité et secoué par des divergences internes, présente des candidats sous l’étiquette "indépendant" ; l’AKFM s’est allié dans quelques communes (dont la capitale) avec le parti "Farimbona ho an’i Madagasikara". Les membres dissidents du "Firaisankinan-pirenena" (FKP) (mouvance présidentielle) se présentent dans leurs fiefs respectifs.
À ce propos, ces élections ont approfondi les divergences au sein de la mouvance présidentielle, dénommée "Firaisankinan-pirenena" (solidarité nationale). Les divergences portent sur la répartition des communes ou les composantes du FKP se présenteraient.
D’un côté le parti AVI et le RPSD, de l’autre le parti du président "Tiako Madagasikara" (TIM). Ce dernier s’est réservé la "part du lion" au grand dam de ses deux autres partenaires.

Malaise politico-social

Ces joutes politiques se déroulent sur un fond de malaise social et politique évident. Ce fut d’abord la grève du personnel de la Société Galana (repreneur de la SOLIMA privatisée) qui exige, que lui soient versés les avantages consentis par l’ex-Solima au titre de compensation lors de la privatisation. Cette grève provoquait la panique dans la capitale et autres chefs lieux de province.
• Les enseignants de l’École publique, contestant les affections précipitées pratiquées sans concertation, et sans tenir compte de inconvénients qui en découlent (familles séparées, scolarisation de leurs enfants pénalisés, conditions d’installation et de travail précaire etc...)
• Les transporteurs, de leur côté, s’inquiètent des nouvelles mesures édictées par le pouvoir qui les obligent à jeter à la casse, les autobus âgés de plus de dix ans, et qui a décidé tout un train de mesures contraignants à l’endroit du personnel employé par les transporteurs. Ils annoncent qu’à défaut d’une concertation avec les pouvoirs publics, ils se mettront en grève.
En outre, ces dernières semaines, l’opinion s’est interrogée sur les conditions qui ont entouré le décès du Lieutenant - Colonel Botomora à la prison d’Antanimora. Cet officier, arrêté lors de la crise de 2002, était détenu depuis quinze mois sans avoir été jugé depuis. Transféré de la prison de Tsiafahy, à la Maison centrale d’Antananarivo, il y est décédé dans la nuit du 23 octobre dernier. Les rumeurs qui circulent dénoncent le manque de soins apportés aux détenus politiques malades, ainsi que le refus des gardiens, de répondre aux appels à l’aide du Colonel Botomora avant sa mort. La famille du défunt a porté plainte et on attend la suite de ces démarches.
Cette affaire relancée la question de l’amnistie aux condamnés politiques de la crise de 2002, qui a fait l’objet d’une proposition de loi des sénateurs "AREMA", adoptée par cette assemblée, sans opposition.
On suppose que les députés, dont le vote est décisif, ne prendront position que sur un ordre venu d’en haut, le TIM y étant majoritaire. Pour le moment, l’Assemblée nationale, normalement en session budgétaire, ne peut décider valablement, n’arrivant pas à réunir le quorum requis, le tiers de ses membres seulement étant présents dans l’hémicycle.
On s’étonne ainsi que, dans ce contexte, le Premier ministre qui a conduit la Délégation malgache à la deuxième rencontre des "amis de Madagascar" réunie à Paris, durant la deuxième quinzaine du mois d’octobre, ait pu affirmer que l’économie de Madagascar s’était rétablie, et que le taux de croissance pour 2003 était de 9,6% alors que ce taux était évalué en 2002 à moins 22% ! Il a également annoncé que l’inflation n’atteindrait que 1% cette année en cours.
Les observateurs s’interrogent sur la fiabilité de ces chiffres.
Ce qui explique peut-être l’actuelle visite du représentant de la Banque mondiale à Madagascar.
Les élections communales, quels qu’en soient les résultats, (et il ne fait de doute pour personne que le TIM emportera la majorité) apporteront-elles des solutions à tous les problèmes encore en suspens ?