Investiture de la première femme à la tête d’un État en Afrique

Ellen Johnson-Sirleaf promet le renouveau du Liberia

18 janvier 2006

Le Liberia était lundi au premier plan de la scène politique africaine. La présidente élue, Ellen Johnson-Sirleaf, a été investie au cours d’une cérémonie à laquelle ont pris part sept chefs d’État africains, ainsi que la Première dame des États-Unis et la ministre des Affaires étrangères des États-Unis.
Son adversaire malheureux à la présidentielle de novembre, l’ancien footballeur George Weah, et plusieurs autres candidates battues au premier tour du scrutin, ont aussi assisté à la cérémonie haut en couleur au Capitol Building de Monrovia.
Affichant un sourire radieux et visiblement pleine d’assurance, cette dirigeante chevronnée âgée de 67 ans a baisé la sainte Bible après avoir formulé le vœu « de faire respecter, de protéger et de défendre la Constitution et les lois du Liberia ; je le jure devant Dieu » du traditionnel serment d’investiture qui lui a été remis par le juge principal de la Cour suprême, Henry Reed Cooper.

La force des Libériens

Ellen Johnson-Sirleaf, qui est la première femme à être élue chef d’État en Afrique et qui hérite d’un pays à peine sorti d’une cruelle guerre civile de 14 ans, a entamé son discours par une prière et une minute de silence pour les quelque 250.000 victimes de ce conflit qui a pris fin en août 2003 à Accra, avec la signature par les belligérants, d’un accord de paix global.
Elle a reconnu qu’un transfert pacifique et organisé du pouvoir constitue une nouveauté dans ce pays, notant au passage que les Libériens ont démontré leur force, leur résistance et leur capacité de renaître de leurs cendres.
Pour la nouvelle présidente libérienne, les citoyens ayant voté pour le changement, elle se fait le devoir d’être à la hauteur de leurs attentes, de leurs besoins et préoccupations. « Mes chers compatriotes, nous avançons. Des jours meilleurs s’annoncent. Nous avons maintenant le gouvernement dont nous avions besoin, nous apporterons la joie à nos enfants », a-t-elle dit.

Contre la corruption

L’ancienne haut fonctionnaire de la Banque mondiale et du PNUD a réaffirmé que « la corruption sera un de nos ennemis publics les plus importants », et a promis de les combattre de toutes ses forces.
Mme Johnson-Sirleaf a mis en garde ses futurs collaborateurs, leur demandant de « réfléchir très sérieusement » avant de s’engager dans une quelconque initiative de corruption.
Joignant la parole à l’acte, elle a indiqué qu’elle fera une déclaration de ses biens devant les citoyens et que donc les membres de son gouvernement et de l’Assemblée nationale devront aussi en faire de même.
Énumérant un certain nombre d’objectifs que son gouvernement s’est fixés pour les 150 premiers jours de son mandat, Ellen Johnson-Sirleaf a évoqué les efforts à faire pour rétablir l’électricité dans plusieurs secteurs de Monrovia ainsi que les emplois à créer pour les nombreux chômeurs.

Reconstruire le pays

Elle a aussi cité la mise en place d’un plan de reconstruction, la poursuite du processus de réconciliation nationale, mais aussi la dette du pays qui se chiffre à 3,5 milliards de dollars, de même que le combat contre le taux d’infection sans cesse croissant du VIH/sida dans le pays.
« C’est pour nous le moment de nous unir pour panser les plaies et reconstruire notre pays. Mon gouvernement tend une main fraternelle et solidaire aux dirigeants et membres des partis politiques », a-t- elle lancé.
À propos de la sécurité, Mme Johnson-Sirleaf a averti les fauteurs de troubles qu’elle « réprimera avec fermeté et détermination tout acte illégal » et rassuré ses voisins « qu’aucune parcelle du territoire libérien » ne sera utilisé pour lancer des actions subversives contre eux.


Le regard vers l’Afrique

En politique étrangère, la nouvelle dirigeante du Liberia a fait comprendre que le continent africain en sera le centre compte tenu des énormes sacrifices que l’Afrique de l’Ouest et les autres pays ont consentis pour mettre fin au conflit sanglant dont ont souffert les Libériens.
Elle a reconnu le rôle de la communauté internationale dans le retour de la paix au Libéria et déclaré que son pays reprendra à nouveau son rôle de membre responsable au sein des organisations régionales, sous-régionales et internationales.
Compte tenu de la portée de la mission qui attend son gouvernement, Ellen Johnson-Sirleaf a d’emblée déclaré que le retour à une vie économique et politique normale constitue une redoutable tâche qui n’a pas de solution miracle.
Le président en exercice de l’Union africaine et chef de l’Etat nigérian, Olusegun Obasanjo, les présidents Thabo Mbeki (Afrique du Sud), Abdoulaye Wade (Sénégal), Ahmed Tejan Kabbah (Sierra Léone), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Amadou Toumani Touré (Mali), John Kufuor (Ghana), Mamadou Tandja du Niger et président en exercice de la CEDEAO prenaient part à la cérémonie.
Des milliers de Libériens étaient sortis lundi pour célébrer l’aube d’une ère nouvelle, beaucoup d’entre eux exprimant leur optimisme pour un futur de paix et de relance économique après une sanglante guerre civile.


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