Monde

Emmanuel Macron : « je ne crois pas aux anciennes méthodes »

Visite du président de la République en Guyane

Manuel Marchal / 28 octobre 2017

Pour son premier séjour dans un département d’outre-mer, la visite d’Emmanuel Macron a été marquée par des affrontements entre policiers et manifestants en Guyane tandis que les élus ont finalement levé le boycott de la visite du président de la République. Les manifestants réclament le respect des accords signés avec l’État voici 6 mois, après plusieurs semaines de grèves et de manifestations. À cela, le chef de l’État parle d’engagements qui seront tenus, de propositions étudiées et d’un « changement de notre mentalité collective ».

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C’est la première visite outre-mer d’Emmanuel Macron en tant que président de la République. Il a choisi la Guyane, qui a connu il y a 6 mois un important mouvement social. Grâce à l’union de la population soutenue par les élus, les Guyanais ont obtenu grâce à la grève générale et aux manifestations bien plus qu’en passant par le travail des parlementaires. Ils avaient ainsi eu le droit à une aide d’urgence de plus d’un milliard d’euros, avec des avancées beaucoup plus importantes que ce que prévoyait la loi sur l’égalité réelle. Ceci avait été acté dans les Accords de Guyane.

Illustration de la crise

Mais six mois plus tard, nombreux sont les Guyanais à penser que les promesses ne sont pas tenues. L’arrivée du président de la République aux côtés du président de la Commission européenne à l’occasion de la conférence des régions ultrapériphériques était donc attendue. C’est l’occasion de demander des comptes.

Avant même que le président de la République ne pose le pied en Guyane, les élus avaient annoncé le boycott de sa visite en signe de protestation. Ils se sont finalement ravisés, mais cette attitude en dit long sur la crise de confiance existant entre les représentants des Guyanais et Paris à la suite des politiques mises en œuvre par les différents gouvernements.

Jeudi soir, des manifestants ont défilé jusqu’à la préfecture à l’appel du collectif Pou Lagwiyann Dekole. Ils se sont heurtés à des barrières tenues par des policiers. La situation a dégénéré en affrontements. Des gaz lacrymogènes ont été employés.

Selon Guyane Première, une rencontre entre le collectif Pou Lagwiyann Dekole pourrait avoir lieu vendredi en Guyane. Mais dès jeudi, Emmanuel Macron donnait le ton. « Il a notamment expliqué qu’il n’arrivait pas « avec des milliards en Guyane » et qu’il « n’était pas venu faire des promesses de père Noël’ », rapporte Guyane Première.

Accords de Guyane

Sur les Accords de Guyane, il a déclaré hier en conférence de presse. « La totalité du plan d’urgence sera appliqué », a-t-il promis. Au moins les deux-tiers des deux premiers volets sont lancés, poursuit-il. Cela concerne 1,5 milliard d’euros de subvention de l’État, précise-t-il.

Sur le 3e volet des Accords de Guyane, 2,1 milliards d’euros, le chef de l’État s’engage à étudier les propositions dans le cadre des Assises des Outre-mer. « Le rôle de l’État n’est pas de tenir des engagements irréalistes, et de ne pas céder aux pressions quelles qu’elles soient en particulier lorsqu’elles n’ont pas la légitimité démocratique qui est portée par celle des élus », a-t-il affirmé, « si les milliards suffisaient à régler les problèmes, ces milliards il faut bien que quelqu’un les paye et que l’activité permette de s’engager ». Le chef de l’État prône pour une « action en profondeur » qui passe par de l’innovation, « une réorganisation de l’État, des collectivités, un changement même de notre mentalité collective ». « Je ne crois pas aux anciennes méthodes, je ne prendrai pas des engagements que je roulerai comme des boules et qui ne seront jamais tenus. Je veux que cela soit des responsabilités partagées, que l’on soit ensemble en train de décider », a-t-il dit.

M.M.