Selon le Programme alimentaire mondial

En plus du Niger, la famine menace toute l’Afrique de l’Ouest

28 juillet 2005

Quelque 2,5 millions de Nigériens survivent avec moins d’un repas par jour en raison d’une crise alimentaire due à la sécheresse et aux ravages causés l’an dernier par les sauterelles, a indiqué aujourd’hui la coordination humanitaire de l’ONU qui qualifie la situation au Niger de ’crise oubliée et négligée numéro un’ dans le monde. Ce message de l’ONU le 20 juillet dernier est plus que jamais d’actualité. Car c’est tout l’Ouest de l’Afrique qui risque de connaître ce que vit le Niger.

(page 16)

Soumis aux conflits, à la sécheresse et aux pires invasions de criquets depuis des années, les pays d’Afrique de l’Ouest sont aux prises avec une "saison de la faim" tandis que le programme alimentaire de l’ONU peine désespérément à trouver les fonds nécessaires pour nourrir la population.
"Les conditions critiques constatées au Niger, où la malnutrition chez les enfants s’accroît à un rythme alarmant, se retrouvent à des degrés divers dans les pays de la région", indique un communiqué du Programme alimentaire mondial (PAM) publié mardi.
Selon le PAM, le Niger, le Mali et la Mauritanie souffrent des effets des catastrophes naturelles, ayant subi une sécheresse et la pire invasion de sauterelles en 15 ans.
Le Tchad, la Côte d’Ivoire et le Togo sont aux prises avec les conflits armés, notamment dérivés du Darfour, au Soudan. Enfin l’Afrique de l’Ouest côtière, le Liberia, la Guinée, la Sierra Leone et la Guinée-Bissau font partie des crises oubliées, où les guerres ont pris fin mais où règnent encore les destructions et le délabrement des infrastructures.
Au Niger, a indiqué hier le porte-parole du secrétaire général, Stéphane Dujarric, lors de son point de presse quotidien, le programme alimentaire de l’ONU a été en mesure de distribuer de la nourriture à 273.000 personnes, en dépit de graves déficits de financement.
Il compte aussi acheminer près de 80 tonnes de biscuits énergétiques à Niamey, capitale du pays et procéder à la distribution de 23.000 tonnes de nourriture dans 19 districts du Niger, d’ici au mois de septembre.
Par ailleurs, les opérations du PAM au Mali, qui ont commencé en février dernier, vise maintenant à fournir une assistance à près de 450.000 personnes considérées comme les plus vulnérables.
Mais en raison du déficit de dons, l’agence n’a été en mesure de fournir une aide qu’à 86.000 personnes, a indiqué le porte-parole.


Des médias se mobilisent en France

Parmi les quotidiens qui ont fait hier leurs gros titres sur la famine au Niger, on peut citer “Libération”, dont nous reproduisons ici la “une”. "Le Niger meurt de faim", écrit Patrick Sabatier de “Libération”, "illustration cruelle du gouffre béant entre la rhétorique de l’aide à l’Afrique, et sa réalité, qui combine pingrerie, indifférence morale et cécité stratégique".
"Ce pays a d’ailleurs été de ceux qui ont bénéficié de l’annulation de sa dette par le G8", poursuit l’éditorialiste, "ce qui n’enlève rien à l’indécence de l’attitude des pays riches, ni ne l’excuse. Ceux-ci n’hésitent pas à s’intéresser au Niger pour l’exploiter".
Patrick Sabatier rappelle que "cette “catastrophe silencieuse” qui frappe des millions de Nigériens était non seulement prévisible, mais prévue et annoncée depuis près d’un an, par les ONG et l’ONU. Il n’était ni très compliqué, ni très coûteux, de l’empêcher", et de dénoncer un crime de non-assistance à peuple en danger qui n’existe pas légalement.
Gageons que même si elle se met en place alors que la catastrophe est déjà là, la mobilisation massive des médias parisiens permettra de sauver des vies au Niger, en suscitant un élan de solidarité dans l’opinion et en poussant le gouvernement à renforcer l’aide publique pour ce pays.


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus