Guerre contre l’Iran

États-Unis : une démission qui démontre le mensonge de Trump

20 mars, par Manuel Marchal

« L’Iran ne représentait aucune menace imminente pour notre nation. Nous avons déclenché cette guerre sous la pression d’Israël. » Ces mots ne viennent pas d’un opposant à l’extrême droite au pouvoir à la Maison-Blanche. Ils sont signés par Joseph Kemp, jusqu’ici directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme aux États-Unis. Ce haut responsable du système est désormais, un démissionnaire.

Directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme aux États-Unis, Joseph Kemp coordonnait les renseignements antiterroristes de l’ensemble des agences américaines et conseillait les autorités, jusqu’au sommet de l’État. Autrement dit : un rouage central de la machine sécuritaire. Le 17 mars, dans un communiqué publié sur X, il a choisi de rompre le silence et d’interpeller directement Donald Trump : « Je ne peux pas, en toute conscience, soutenir la guerre en cours en Iran. »

Guerre contre l’Iran « sous la pression d’Israël et de son puissant lobby américain »

Le séisme politique est à la hauteur de la fonction. Car Joseph Kemp ne se contente pas d’exprimer un désaccord stratégique. Il conteste le fondement même de l’intervention : l’Iran, affirme-t-il, ne constituait « aucune menace imminente ». En clair : pas de légitime défense. Pas d’urgence sécuritaire. Mais une décision politique, encouragée « sous la pression d’Israël et de son puissant lobby américain ».
Dans un pays où la solidarité stratégique avec Israël est souvent érigée en dogme bipartisan, l’accusation est explosive. Kemp évoque une campagne de désinformation menée par « de hauts responsables israéliens et des membres influents des médias américains » pour créer un climat favorable à la guerre. Le scénario rappelle de sombres précédents : fabrication du consentement, dramatisation de la menace, effacement du débat démocratique.

Avertissement à Trump

Ancien militaire des forces spéciales, déployé onze fois au combat, Kemp ne parle pas en théoricien. Il parle en soldat. En homme marqué par la guerre. Il rappelle aussi son histoire intime : époux d’une « Gold Star », il a perdu sa femme, Shannon Kent, tuée en 2019 en Syrie dans un attentat revendiqué par l’organisation État islamique. Une guerre qu’il estime, déjà, avoir été alimentée par des choix géopolitiques irresponsables.
« Vous pouvez inverser le cours des choses ou nous laisser sombrer davantage dans le déclin et le chaos », écrit-il à l’adresse du président. Derrière la formule solennelle, un constat : l’Amérique s’enferme dans une spirale d’interventions sans fin, au mépris du droit international et de la volonté des peuples.
Cette démission n’est pas un simple fait divers administratif. Elle démonte le récit officiel d’une guerre nécessaire et défensive. Elle révèle les tensions internes d’un appareil d’État confronté à ses propres contradictions. Elle rappelle surtout une évidence trop souvent étouffée : ce sont les peuples qui paient le prix des guerres décidées au sommet.

Combien d’autres résistants à l’extrême droite au pouvoir ?

À ce stade, aucun successeur n’a été annoncé. Mais au-delà des nominations à venir, la question demeure : combien d’autres responsables, militaires, analystes, diplomates, partagent en silence ce diagnostic ? Et combien oseront, à leur tour, rompre avec la logique d’escalade ?

Quand un chef de l’antiterrorisme affirme que la guerre n’était ni nécessaire ni imminente, ce n’est pas seulement une crise politique. C’est un signal d’alarme démocratique.

M.M.

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