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4 juin, parNos peines
Analyse de la visite d’Emmanuel Macron en Afrique par un compagnon de route de Paul Vergès au Parlement européen
10 mars 2023

La visite en Afrique d’Emmanuel Macron, président de la République, a suscité de nombreux commentaires négatifs dans le continent. Francis Wurtz est un ancien député du PCF au Parlement européen et ancien responsable du département international de ce parti. Élu député au Parlement européen sur la même liste que Paul Vergès en 1979, il fut à Bruxelles et à Strasbourg un compagnon de route de l’ancien dirigeant du PCR. Sur son blog, il a publié une intéressante analyse du séjour « au pas de charge » du président français en Afrique. En voici le contenu.
« Arrogant comme un Français en Afrique » : sous ce titre évocateur, un petit livre de l’éminent spécialiste français de l’Afrique, Antoine Glaser, retraçait il y a quelques années les attitudes suffisantes ou condescendantes, sinon grossièrement colonialistes, de « la France dirigeante » (de la sphère politique comme des milieux économiques), persuadée d’avoir « profondément marqué l’Afrique de son empreinte civilisatrice » et décidée à en récolter les dividendes. Aveuglées par leurs certitudes anachroniques, ces « élites » ont entraîné la France de déconvenues en déconvenues et alimenté le fameux « sentiment anti-français » dans l’ex-pré carré de la France en Afrique. À l’inverse, d’autres puissances, non lestées d’un passé colonial — en particulier la Chine et la Russie —, y renforcèrent sensiblement leur influence.
C’est, instruit de ce fiasco stratégique sur un continent qui représentera le quart de l’humanité en 2050, qu’Emmanuel Macron tenta dès son arrivée au pouvoir de se faire passer pour l’homme neuf par excellence puisqu’issu d’ « une génération qui n’a jamais connu l’Afrique comme un continent colonisé ». La suite lui apprendra que le passé ne s’efface pas d’un trait de plume de la mémoire collective africaine, et ce d’autant moins que le fantôme de la « Françafrique » fait des apparitions récurrentes : sur le plan militaire avec le bilan désastreux de l’opération Barkhane au Sahel ; sur le plan monétaire avec le maintien très contesté du Franc CFA, fût-il réformé ; sur le plan politique avec le soutien de Paris à des Chefs d’Etat africains autocratiques, sans oublier l’effet-boomerang des discriminations subies par des Africains en France ou des politiques restrictives du gouvernement en matière d’octroi de visas aux Africains… En 2020, un sondage réalisé auprès des jeunes de plusieurs pays indiquait que 71 % des Gabonais, 68 % des Sénégalais, 60 % des Maliens et 58 % des Togolais interrogés avaient une mauvaise opinion de la France [1]. D’une façon générale, dans l’Afrique mondialisée d’aujourd’hui, la France n’est, de toute façon, plus « chez elle ».
Lors de sa récente visite au pas de charge en Afrique (quatre pays en moins de cinq jours), le Président français avait donc à cœur de réaffirmer qu’ « il n’y a plus de politique africaine de la France » ; que « l’Afrique n’est plus un pré carré » ; que Paris serait désormais « un interlocuteur neutre » ; que les effectifs français dans les bases militaires allaient être réduits, etc. conformément à sa recommandation solennelle, faite — à lui-même ? — la veille de son départ : à savoir que la France devait faire preuve d’une « profonde humilité face à ce qui se joue sur le continent africain » ! Sans doute avait-il à l’esprit les manifestations hostiles à la France, qui se multiplient de Bamako à Ouagadougou, de Bangui à Yaoundé, de N’Djamena à Dakar…, un peu trop vite attribuées aux seules pressions russes. En avant, donc, pour « un nouveau partenariat avec l’Afrique » : voilà pour le changement de posture. On attend à présent le changement de politique.
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