Monde

G7 : les États-Unis maîtres du temps, des lieux et des enjeux en Afghanistan

Pendant que l’Organisation de Coopération de Shanghaï avance sur une alternative responsable au désordre provoqué par Washington

Ary Yée Chong Tchi Kan / 26 août 2021

Le 20 août 2021, j’écrivais : « en Afghanistan, les États-Unis gardent la main ». A la réunion du G7, le 24 aôut, Biden a rappelé au 6 autres qu’il y a avait un calendrier, et c’était celui des États-Unis. Les « Alliés » ont tenté de sauver la face dans un communiqué commun. Mais, à défaut de dénoncer le choix unilatéral des Américains, ils jouent les seconds rôles et font du SAV (Service après vente). Pourtant, il existe une autre alternative.

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L’accord de Doha, le 29 février 2020, était le prétexte du retrait des soldats américains mais lors de la présentation symbolique, il s’agissait de transférer en douce le pouvoir aux Talibans. La photo souvenir montre l’émissaire de Donald Trump et le Chef des Talibans, chacun tenant en main un exemplaire du fameux document. Il n’y avait pas d’autre acteur. L’Histoire était écrite, le reste était une question de tactique et de temps.

Les Talibans ont bien compris le message américain et ils reprennent les armes. Cette fois, contre les forces gouvernementales seules, dès le 1er mars, au lendemain de la signature ! Les alliés laissent faire et se satisfont de la fable des capacités résilientes de l’armée loyaliste. Sur ce chapitre, on retiendra le cynisme de Biden quand il déclare que les filles et les fils américains ne vont pas mourir pour les Afghans qui ne veulent pas se battre ! Les mots de trop.

5000 prisonniers Talibans libérés grâce aux États-Unis

En effet, comme gage de cette nouvelle entente exclusive, les Américains se sont engagés – par écrit – à libérer 5000 prisonniers Talibans. Or, cette décision relève des prérogatives du gouvernement national et aussi des alliés engagés depuis 20 ans. Devant les réticences du pouvoir, Mike Pompeo, secrétaire d’Etat de Trump, a diminué d’un milliard de dollars l’aide américaine. Le gouvernement finit par libérer un premier groupe de 80, le 14 août 2020. Le reste a été étalé.

Un an après le retour en guerre, en avril 2021, les Talibans proposent un cessez-le-feu de 3 mois, en échange de « la libération de 7 000 prisonniers et la suppression des noms de leurs dirigeants figurant sur la liste noire de l’ONU ». Exclus de l’accord de Doha, les alliés auraient pu se mettre du côté du gouvernement afghan qui savait que les prisonniers libérés repartent au front. Ils n’ont pas bronché !

Et, le 24 août, ils n’ont pas réussi à faire reculer la date butoir du retrait américain. Maintenant, ils se tournent vers les Talibans pour négocier. Trop tard, les Américains sont maîtres du temps, des lieux et des enjeux. Le 28 juillet, Antony Blinken est envoyé en Inde. Il déclare : « Les Talibans disent vouloir une reconnaissance internationale, la fin des sanctions et la possibilité pour leurs dirigeants de voyager librement à l’étranger. Mais ce n’est pas en prenant le pays par la force et en violant les droits de sa population qu’ils y arriveront. En faisant cela, l’Afghanistan risque de devenir un État paria. » Qu’est devenu ce discours ?

Alternative responsable au désordre provoqué par les États-Unis

Le 20 août 2021, Blinken se tenait aux côtés de Biden. Les Talibans étaient déjà dans le palais présidentiel. Le 24 août, Biden déclare « tous nos alliés ont approuvé cela ». Circulez, il n’y a plus rien à voir. Depuis, le 29 février 2020, Mike Pompeo, l’ancien directeur de la CIA, l’homme fort de Trump, avait scellé le sort des Alliés et du gouvernement afghan. Maintenant, il s’est fait embaucher à Fox News. Il se prépare aux prochaines élections américaines. Vous pouvez lire le communiqué du G7 sur le site de l’Élysée pour constater la naïveté des signataires.

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Ils auraient pu rompre avec la feuille de route américaine et montrer à Biden qu’ils ne sont pas des alliés de pacotilles. Ils auraient pu partager le communiqué de l’Organisation de Coopération de Shanghaï co-signé par tous les voisins de l’Afghanistan. Mais, les pays du G7 veulent avant tout dégommer la Chine, dans le sillage des États-Unis !

Pourtant la démarche du président chinois est digne d’intérêt. Après une conversation téléphonique avec Poutine, mercredi 25 août, il a appelé à « des efforts concertés pour encourager toutes les factions en Afghanistan à bâtir une structure politique ouverte et inclusive via la consultation, à mettre en œuvre des politiques domestique et extérieure modérées et prudentes, à se dissocier totalement de tous les groupes terroristes et à entretenir des relations amicales avec le reste du monde, en particulier les pays voisins. » C’est une alternative responsable au désordre provoqué par les États-Unis.

Ary Yee Chong Tchi Kan