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Femmes en danger de mort
26 juin 2008

Marisela Ortiz Rivera, co-fondatrice de l’organisation “Ramenez nos filles à la maison” (“Nuestras Hijas de Regreso a Casa”), raconte sa quête de justice et de vérité pour les jeunes femmes qui, depuis 15 ans, disparaissent à Ciudad Juárez au Mexique.
« En février 2001, mon histoire personnelle s’est profondément transformée lorsque j’ai appris qu’une de mes anciennes étudiantes, Lilia Alejandra García Andrade, avait disparu à Ciudad Juárez. Son corps sans vie a été retrouvé sept jours plus tard, portant des signes de violence et d’abus sexuels.
Plutôt que d’enquêter sur les disparitions de ces jeunes femmes, les autorités ont initié une campagne de harcèlements, d’accusations, de mauvais traitements et de menaces sérieuses à l’encontre de ma famille et de moi-même. Ces actions émanent des personnes pourtant censées enquêter sur ces assassinats réguliers de femmes et de filles pauvres.
J’ai subi des menaces verbales de la part de personnes armées dont certaines sont très connues. En 2001, le procureur général de l’État de Chihuahua de l’époque, M. Arturo González Rascón, profita d’une manifestation que j’avais organisée avec les familles des disparues pour me dire qu’il valait mieux laisser les morts reposer en paix sans quoi mes filles, qui sont encore en vie, pourraient subir le même sort.
Depuis que la situation a été portée sur la scène internationale et a fait l’objet d’un film (1) , l’État et les autorités ne veulent pas en parler. Ce féminicide qui dure depuis 15 ans est désormais dissimulé par une politique du secret, du mutisme et de l’intimidation.
Parallèlement, les autorités ont ressorti les vieilles stratégies qui visent à nous faire taire : des émissions de télévision sont réalisées afin de nous présenter comme des délinquantes et des gens qui ont “sali” l’image de la ville, d’inciter à la haine à notre encontre, et de convaincre la communauté de s’unir contre des gens "néfastes comme nous".
Les choses ne seront jamais plus comme avant. Ainsi, j’amène toujours mes enfants avec moi, peu importe où je vais, parce que je ne sais jamais quand les menaces se concrétiseront. Nous regardons toujours derrière nous, nous nous réveillons en sursaut, et nous nous parlons au téléphone jusqu’à 40 fois par jour afin de vérifier que tout va bien.
Nous n’abandonnerons pas. Toutes ces menaces et agressions ne font que nous rendre plus fortes dans notre lutte commune qui vise à rendre Juárez sûre afin que les femmes puissent marcher sans peur. Nous luttons avec la confiance que nous verrons nos filles revenir à la maison, et qu’un jour notre cri “Pas une de plus !” sera enfin une réalité. Alors, nous pourrons dire que dans ce pays, dans l’État de Chihuahua et à Juárez, justice aura été faite. »
(1) "Les oubliées de Juarez" : Un film de Gregory Nava avec Jennifer Lopez, Antonio Banderas (Disponible en DVD depuis novembre 2007). Le DVD comporte, en bonus, une intervention d’Antonio Banderas, ainsi qu’un documentaire, d’une cinquantaine de minutes, sur ce qui se passe à Ciudad Juarez. Ce documentaire avait été diffusé dans le cadre de l’émission de Canal +, « Lundi Investigation ». Un sujet bien fait, qui fait froid dans le dos car il va beaucoup plus loin que le film.
Actes de harcèlement à l’encontre des femmes défenseurs (extrait de la fiche Mexique du Rapport annuel 2007)
Les femmes mexicaines qui luttent en faveur des droits des femmes et pour leur droit à la justice ont elles aussi fait l’objet de multiples actes d’intimidation afin de les dissuader de poursuivre leurs activités.
Ainsi, les membres de l’association “Puissent nos filles rentrer à la maison” (Nuestras Hijas de Regreso a Casa), qui milite pour que justice soit rendue aux femmes enlevées et assassinées à Ciudad Juárez (État de Chihuahua), ont fait l’objet d’insultes, de menaces et d’actes de harcèlement en raison de leurs activités.
Par exemple, le 10 juin 2007, Mmes Maria Luisa García Andrade et Marisela Ortíz Rivera, membres de cette association, ont reçu des menaces et des insultes par courriers électroniques. Le 22 juin, Mme Ortíz a de nouveau reçu des menaces de mort. De même, le 7 mai 2007, Mme Lydia Cacho Ribeiro, présidente du Centre de crise pour les victimes - Centre intégral d’attention aux femmes (Centro de Crisis para Víctimas - Centro Integral de Atención a las Mujeres - CIAM) à Cancún (État de Quintana Roo), a été victime d’une tentative d’assassinat. Le 2 mai 2007, Mme Cacho avait témoigné lors d’un procès contre un entrepreneur, poursuivi pour prostitution infantile et traite d’enfants. Lors de cette audience, cet entrepreneur l’avait publiquement menacée sans encourir la moindre sanction.
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