Référendum

Hors du “oui” point de micros

12 mai 2005

’Une lame de fond’, commente Jean-François Tealdi, le secrétaire général adjoint du SNJ-CGT. Depuis quelques jours, une pétition circule au sein de l’audiovisuel public et les signatures affluent pour exprimer un ras-le-bol. ’Le ’non’ censuré dans les médias, ça suffit !’, clame le texte signé par 5.500 journalistes ou techniciens de l’audiovisuel. Un recours pour campagne abusive a été déposé auprès du Conseil d’État. Christophe Payet figure parmi les requérants...

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Lancé par une poignée de salariés, syndiqués ou non, de France Télévisions et de Radio France, le texte dénonçant la censure du “non” recueillait une centaine de noms au départ, 2.000 vendredi, et la liste s’est considérablement allongée durant le week-end, pour atteindre 5.500 noms.
Parmi les premiers signataires figurent Jacques Cotta, Jean-Marc Surcin, Vincent Mailard, Marcel Trillat, Jean-François Tealdi, Lionel Thomson, Gabrielle Lorne, grands reporters à France 2, France 3, France-Inter ou RFO, des journalistes comme Alain Vernon (France 2) ou Antoine Denechère (Radio France), des techniciens, des administratifs.

Déroulement à sens unique

"Citoyens et personnels des chaînes de service public, nous participons, chacun à notre niveau, à l’information télévisée ou radiophonique", indique le texte. À ce titre, nous ne pouvons plus ignorer le déroulement et le traitement à sens unique de la campagne pour le référendum du 29 mai 2005 sur nos antennes. Au sein de nos entreprises de service public autant que sur les chaînes privées, manque d’objectivité et matraquage pour le "oui", sous prétexte de pédagogie, soulèvent de plus en plus d’indignation et contribuent à discréditer les métiers d’information que nous servons.
Nous exigeons, donc, une information équilibrée. Le "non" doit, dès aujourd’hui, trouver toute sa place dans les médias. L’émission “Arrêt sur images” de France 5, du 10 avril 2005, indiquait que, toutes chaînes confondues, le nombre d’intervenants à la télévision sur le Traité constitutionnel européen entre le 1er janvier et le 31 mars 2005 était pour les favorables au "non" de 29% et pour les favorables au "oui" de 71 %".
Un déséquilibre constaté par le CSA qui s’est fendu d’une lettre aux chaînes le 3 mai. Dans son dernier relevé calculant le temps d’antenne consacré par les chaînes généralistes à la campagne, entre le 4 et le 29 avril, dans les journaux télévisés et les magazines de TF1, France 2, France 3, M6, France 5 et Canal Plus, le Conseil supérieur de l’audiovisuel a comptabilisé dix-huit heures et dix minutes consacrées au "oui", contre dix heures et quarante minutes pour le "non", soit un rapport de 63% à 37%.

"C’est du jamais vu"

Les signataires de la pétition mettent l’accent sur "la dérive à laquelle nous avons assisté, impuissants, avec l’émission télévisée du président de la République sur TF1 qui, durant deux heures, a pu défendre le "oui" sans même que son temps de parole ne soit pris en compte". Mais ils ne se limitent pas qu’au temps de parole. "L’absence de pluralisme, la mise en avant d’animateurs producteurs en lieu et place des journalistes, la dérive de l’info spectacle contribuent à la désinformation, mettent en danger l’avenir de nos métiers, et aggravent le discrédit sur le journalisme. Nous dénonçons tout autant la connivence honteuse entre le chroniqueur Alain Duhamel et Lionel Jospin, le premier servant de faire-valoir au second dans le seul but d’appeler au vote "oui"".
Mais les personnels de télévision, qui ne sont "pas moins aussi citoyens", ont examiné le texte du Traité constitutionnel et pointent, entre autres, que les "droits des pigistes, droits d’auteur, fiscalité, aides à la presse... risquent bien de ne pas résister au sacro-saint principe de la “concurrence libre et non faussée” (art I-3-2), ou encore à la mise à mal de la notion même de service public et de son financement"... Ils rappellent "leur attachement à la démocratie et au traitement honnête, complet et pluraliste de l’information".
Le mal est profond pour que ces personnels aient jugé nécessaire d’en appeler haut et fort à une information pluraliste. "C’est du jamais vu, commente Jean-François Tealdi. Cela témoigne d’un ras-le-bol important aussi bien chez les journalistes que chez les techniciens et les administratifs. C’est un déclic. Les rédacteurs en chef, les éditorialistes, les présentateurs ont des comptes à rendre aux rédactions et aux salariés de l’audiovisuel. On ne peut laisser l’information du service public à la botte du pouvoir quel qu’il soit, de droite ou de gauche". Et de prévenir, tant le ras-le-bol est important : ça va faire un truc comme pour le mouvement des chercheurs.


Jacques Ricau, secrétaire général de la fédération radiotélé de la CFDT.

"On est revenu au temps de l’ORTF"

"Cette pétition, c’est l’expression d’un ras-le-bol à l’égard du traitement médiatique de la Constitution européenne. C’est simple : on est revenu au temps de l’ORTF. Les tenants du "oui" ont sorti l’artillerie lourde, particulièrement dans l’audiovisuel, et y compris le service public comme sur France 2, France 3 ou France-Inter... Des chaînes, des radios qui, pourtant, ont des autorisations données par le CSA et qui sont régies par la Convention collective de l’audiovisuel public ! C’est tous les jours que l’on constate un manquement grave à ce qui est la base de la déontologie de nos métiers. Non seulement sur ce débat constitutionnel mais au travers de cas particuliers comme l’éviction du pigiste Frédéric Farine de RFO, pour avoir été trop critique à l’égard des autorités en place, on assiste à une véritable reprise en main par le pouvoir de l’ensemble des médias. Il n’y a qu’à voir, pour s’en convaincre, le nombre de chiraquiens au sein du CSA... Signer cette pétition quand on appartient à la CFDT, c’est un honneur. D’autant que je trouve honteux que Chérèque ait osé se prononcer, au nom de la CFDT, en faveur du "oui" car, à mon sens, un syndicat n’a pas à prendre position. Même si l’Europe et son avenir nous concernent et nous interpellent tous. En revanche, il est de notre devoir de pointer chaque jour les dérives médiatiques".


Un recours au Conseil d’État

Christophe Payet parmi les signataires

Des parlementaires, partisans du "non" au référendum du 29 mai sur la Constitution européenne, ont déposé un recours devant le Conseil d’État pour dénoncer "la campagne d’État" en faveur du "oui".
Ce recours, indique une dépêche de Reuters, sera examiné aujourd’hui à 14h30, a indiqué le Conseil d’État.
L’agence signale que les signataires de ce recours, lancé à l’initiative du Parti communiste, dénoncent la "campagne d’État" menée en faveur du "oui" et demandent au Conseil d’État de "suspendre l’exécution des décisions budgétaires entreprises" en faveur de la campagne gouvernementale pour la Constitution européenne.
"La campagne référendaire ne saurait être une zone de non-droit électoral", affirment-ils. "La stricte réglementation du financement de la campagne par des personnes morales de droit public ou privé, a fortiori, personne morale étrangère, doit être respectée dans la campagne sur le référendum".
Ils demandent notamment au Conseil d’État de "faire injonction au gouvernement" de suspendre l’engagement des dépenses relatives à la campagne d’affichage et de donner instruction aux responsables d’établissements publics "de ne pas diffuser en direction des lycéens" la brochure rédigée par la Commission européenne.
Les signataires sont parlementaires, députés, sénateurs ou députés européens appartenant au Parti communiste, au Parti socialiste, aux Verts, au Parti radical de gauche.
Parmi eux, Marie-George Buffet, député et secrétaire nationale du PCF, Martine Billard, député des Verts, Henri Emmanuelli, député socialiste et l’un des chefs de file des partisans du "non", le sénateur PS Jean-Luc Mélenchon, et le député radical de gauche Émile Zuccarelli et Christophe Payet.


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