24 millions d’euros pour les planteurs antillais à 5 semaines du référendum

Il manque encore 62 millions d’euros pour la filière banane

21 avril 2005

Suite à une décision du comité de gestion ’Banane’ prise mardi, les planteurs de Guadeloupe et de Martinique peuvent bénéficier d’une aide compensatoire supplémentaire de 24 millions d’euros. Saluée comme exceptionnelle par les ministres de l’Agriculture et de l’Outre-mer, cette mesure est-elle un geste de solidarité pour sauver une filière, ou est-ce une aide ponctuelle, prise dans le contexte de la campagne du référendum, et qui est loin de résoudre les origines structurelles de la crise de la filière banane aux Antilles ? En tout cas, les professionnels ne s’y trompent pas.

(page 4)

Mardi, après plusieurs mois de mobilisation des professionnels et d’élus solidaires, Bruxelles a fait un geste en direction des planteurs antillais, dont la survie est gravement menacée par la remise en cause de l’Organisation communautaire de marché (OCM) Banane sous la pression de différentes procédures engagées au niveau de l’Organisation mondiale du commerce. Une aide, qui selon les responsables politiques et socioprofessionnels des régions concernées, est bienvenue, mais qui ne permet pas de sortir de la crise dans laquelle est plongée une filière qui fait vivre des milliers de personnes dans deux DOM.
Selon un communiqué commun du ministère de l’Agriculture et du ministère de l’Outre-mer diffusé mardi, "le comité de gestion “Banane”, réuni le 19 avril 2005 à Bruxelles, a validé la proposition de la Commission européenne d’octroyer aux planteurs antillais, un complément d’aide compensatoire équivalent à la "clause Madère". Ainsi, ce sont 24 millions d’euros qui viendront s’ajouter aux 86 millions d’euros d’aide compensatoire au titre de 2004, soit un total pour la filière antillaise de 110 millions d’euros".

Équivalent à la "clause Madère"

Selon le gouvernement, "la décision prise, avec un mode de calcul particulièrement favorable et jusqu’alors jamais accordé à l’ensemble des producteurs de banane des Antilles, correspond à un doublement du complément d’aide". "Ce niveau de complément d’aide permet l’accès des producteurs antillais à une recette totale très proche de la recette forfaitaire de référence, avec 96% de celle-ci, contre seulement 86% l’année précédente", précisent les deux ministres qui "insistant sur la mobilisation de tous aux côtés du gouvernement, notamment de l’union des groupements des producteurs de Guadeloupe et de Martinique, pour l’obtention de ce résultat, se félicitent de ce geste fort de la Commission européenne". Ils estiment qu’"en acceptant de prendre en considération de la sorte, la situation extrêmement difficile dans laquelle se trouve la filière "banane antillaise", l’Union européenne réaffirme sa solidarité envers les régions ultra-périphériques".
"Les ministres ont, en outre, indiqué que le gouvernement, soucieux de répondre à l’attente des planteurs, avait décidé d’accorder un soutien financier supplémentaire à la filière, dans le respect des obligations communautaires", poursuit le communiqué. Selon RCI citant Brigitte Girardin, ce soutien financier supplémentaire s’élève à 8 millions d’euros.

Le plus dur à venir

Mais si cette aide est, selon le gouvernement, sans précédent, est-elle suffisante pour garantir la survie d’une filière qui représente plus de 20.000 emplois directs et indirects ? C’est la question que semble poser un communiqué commun du Front de défense et de promotion de la banane et de l’Union des groupements de producteurs de bananes rédigé à la suite de la décision prise à Bruxelles. Ces deux groupes rappellent que "ce complément d’aide compensatoire de 24 millions d’euros accordé par la Commission ramène la perte cumulée de revenus à 62 millions d’euros, somme considérable qui continue à peser, de façon insupportable, sur les comptes d’exploitation des producteurs".
La filière "banane antillaise" est en effet particulièrement menacée par la mondialisation croissante des échanges, où les pressions de l’Organisation mondiale du commerce ont amené l’Union européenne à revoir l’Organisation communautaire de marché qui gère ce fruit, qui est le plus consommé au monde, au sein du marché européen. Une révision qui profite davantage à la "banane dollar", produite à bas prix en Amérique Latine par des multinationales américaines au mépris des droits sociaux et environnementaux, et qui asphyxie petit à petit les planteurs martiniquais et guadeloupéens (1) .
Or, le pire est à venir car "en janvier 2006, les importations de bananes sur le marché européen s’effectueront dans le cadre d’un système de marché unique, sans contingentement des apports, et avec une tarification unique (droits de douane) pour toutes les productions non communautaires. On le voit, le "compromis" co-présenté par Robert Zoellick et Pascal Lamy est plus que déséquilibré et penche résolument d’un côté, celui de Washington. Au point que nombre de responsables des groupements de producteurs guadeloupéens et martiniquais accusent le commissaire européen d’avoir rendu armes et bagages pour capituler" (1) .

(1) (voir "Témoignages" du 2 janvier 2004, ou sur notre site, l’article publié à l’adresse suivante : http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=2485)


Réaction contrastée aux Antilles

Beaucoup reste à faire

Le Front de défense et de promotion de la banane et l’Union des groupements de producteurs de banane se félicitent de la décision prise mardi à Bruxelles d’accorder un complément d’aide compensatoire de 24 millions d’euros aux producteurs de Guadeloupe et de Martinique, au titre de l’année 2004.
Dans un communiqué, Victorin Lurel, député de la Guadeloupe et président du Front de défense, Éric de Lucy, président de l’Union des groupements de producteurs, et Alfred Almont, député de la Martinique, ont tenu à remercier le gouvernement français "pour ce résultat".
Le Front de défense et de promotion de la banane des Antilles et l’Union des groupements ont souhaité y associer également Mariann Fischer-Boel, Commissaire européen en charge de l’Agriculture, "pour sa compréhension des grandes difficultés que rencontre la filière de production antillaise" et pour le soutien qu’elle a apporté aux producteurs de Guadeloupe et de Martinique.
Le Front de Défense et de Promotion ainsi que l’Union des groupements précisent encore : "L’extrême gravité de la crise rend toutefois indispensable, qu’en plus de l’effort de 24 millions d’euros de la Commission, le gouvernement français et les régions de Guadeloupe et de Martinique poursuivent les efforts de soutien d’une ampleur suffisante pour permettre à la production de sortir de la crise".
Ils rappellent que le déficit cumulé de l’année 2000 au 31 décembre 2004 est de 86 millions d’euros et que ce complément d’aide compensatoire de 24 millions d’euros accordé aujourd’hui par la Commission, ramène la perte cumulée de revenus à 62 millions d’euros, somme considérable qui continue à peser, de façon insupportable, sur les comptes d’exploitation des producteurs.

(Source Communiqué de presse RCI, Radio Martinique)


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus