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Histoire
Considéré comme un signe de reconnaissance et de ralliement en Inde
2 octobre 2003

À l’occasion de l’anniversaire de la naissance de Mahatma Gandhi, Marc Kichenapanaïdou, président du G.R.A.H.TER (Groupe de Recherche sur l’Archéologie et l’Histoire de la TErre Réunionnaise), nous a fait parvenir un article que nous reproduisons ci-après.
Gandhi (Mohandas Karamchand), surnommé le Mahatma, est né le 2 octobre 1889 à Porbandar. Il est considéré comme l’apôtre national et religieux de l’Inde. Avocat, il défend, pendant vingt et un ans, en Afrique du Sud (entre 1893 et 1914), les Indiens contre les discriminations raciales et élabore sa doctrine de l’action non violente. De retour en Inde, il s’engage dans la lutte contre les Britanniques, qui l’emprisonnent à plusieurs reprises, Leader du mouvement national à partir de 1920, il laisse la direction à Jawahartai Nehru en 1928. Il se consacre alors à l’éducation du peuple et aux problèmes des intouchables, et intervient comme caution morale pour soutenir les actions de masse (désobéissance civile de 1930 : Quit India (« Quittez l’Inde », 1942) ou pour calmer des violences entre hindous et musulmans (1946-1947). Il est assassiné en 1948 par un extrémiste hindou.
Où que nous nous rendions, en Inde, à l’exception de quelques territoires spécifiquement musulmans, nous rencontrons Gandhi en effigie. En tête, en buste, en pied, peint ou sculpté, souvent mêlé au panthéon traditionnel, il est partout. Chaussé de sandales, maigre, vêtu d’une pauvre cotonnade blanche, avec ses grosses lunettes et son bâton, il s’avance, immobile. Il est la ponctuation de l’Inde, son aide-mémoire, un signe de reconnaissance et de ralliement qui veut dire, pour tous, indépendance et souveraineté. N’oublie pas que tu es l’Inde, répète de place en place sa statue.
Cette image est un signe, que tous reconnaissent. Elle est aussi un message que tous déchiffrent : tradition, indianité, pauvreté et surtout ahimsa, non-violence. Gandhi est l’homme qui a obtenu l’indépendance de la plus grande démocratie du monde, sans jamais tenir une arme dans sa main. Phénomène presque incroyable, il lui suffisait d’entrer dans une grève de la faim pour que chancelât l’Empire britannique. D’où l’extraordinaire popularité de Gandhi, qui conquit le monde. Et de cette action de désobéissance affichée, qu’il poursuivit de 1922 à 1944, naquit ce qu’il faut bien appeler un culte. La légende s’est infiltrée dans sa vie. On raconte par exemple que ses amis faisaient coucher leurs femmes auprès de lui, pour éprouver sa chasteté. L’imagerie de Gandhi est aussi multipliée que celle de Krishna, et sans doute, un peu partout en Inde, lui adresse-t-on des prières.
À y regarder rapidement, nous pourrions croire, à la modestie de sa tenue, qu’il s’agit d’un brahmane, alors qu’il appartenait à une famille de riches marchands. D’ailleurs, il ne porte pas le cordon distinctif et, s’il lui arrivait de citer des textes sacrés, en particulier dès passages de la Bhagavad-Gita, il n’a pas accordé, dans sa démarche, une place prépondérante à la religion, ni laissé le souvenir d’un homme particulièrement pieux. Sa formation était occidentale (études de droit à Londres). Il porta longtemps le complet-veston avant d’adopter le pagne blanc.
L’image se trouble déjà, se fait plus complexe. Serait-il un Indien déguisé ? Certains essayistes, aujourd’hui, hésitent pas à se dresser contre le culte et à discuter hautement l’action de Gandhi. Si personne ne met en doute sa compassion à l’égard des infortunés (il fonda une association d’entraide destinée aux intouchables, qu’il appelait « les enfants de Dieu », Harjian), si son amour de l’Inde est une évidence, si son rôle dans la conquête de l’indépendance fut primordial. fallait-il pour cela, disent ceux qui le critiquent post mortem, tourner le dos à la technique contemporaine, à l’industrie, brandir le Charkha, le rouet ancestral, comme outil idéal, comme symbole de vie, au risque de paralyser à jamais la nation nouvelle qu’il appelait à l’existence ?
D’une certaine façon, il est à lui seul une synthèse de l’Histoire de l’Inde. Lorsque les Anglais établirent leur présence et commencèrent à manifester clairement, dans les premières décennies du 19ème siècle, leur intention de rester là, nombreux furent les Indiens, et de toutes les classes, qui s’en
réjouirent. Enfin, l’ordre ancien s’écroulait ! Un système absurde, d’une complication inhumaine, bloquée par mille serrures invisibles, cédait au passe-partout du progrès. Les Vedas n’étaient plus qu’un tas de poussière et la Bhagavada-Gite une rhapsodie décourageante. Bon débarras et vive l’Angleterre !
Cet état d’esprit, cette bienvenue à la modernité, ne résista pas longtemps aux appétits colonialistes. La révolte des Cipayes, en 1857, en sonna le glas. Peu à peu, dans les époques suivantes, on appela la tradition à la rescousse contre l’envahisseur métallique. La culture ancienne devint un refuge, une protection. Gandhi, en résumé, nous offre quelque chose de ce double mouvement. Et en ce sens, il est profondément indien.
Il connut dans sa dernière année, tout juste après l’indépendance assurée en 1947, la plus poignante des déceptions : la partition de l’Inde, il s’y opposa avec ce qu’il lui restait d’énergie, comme il s’était opposé pendant longtemps à l’Angleterre. Mais l’influence musulmane, que personnifiait son ami Ali Jinnah, l’emporta. La décision fut annoncée en 1947 par Lord Mountbatten, au nom de la Couronne britannique, et difficilement votée par le Congrès indien. Un nouvel État surgissait, le Pakistan, lui-même divisait en deux (le Pakistan oriental devait devenir plus tard le Bangladesh). Ce fut au prix d’un tumultueux échange de populations, de batailles horribles, de drames de toutes sortes, dont la littérature et le cinéma des trois nations portent encore aujourd’hui la cicatrice. Les images que nous avons gardées de ce chassé-croisé d’exodes -hindous contre musulmans- ont une dimension hallucinante. On a parlé de plusieurs millions de morts. Et la misère s’en suivit.
Gandhi est mort assassiné par un brahmane, nommé Mathuram Godse, le 30 janvier 1948. Il reçut trois balles de revolver et sa vie s’acheva là. Ali Jinnah, premier président du Pakistan, devait mourir la même année.
En rendant sa « grande âme », sa mahatma, Gandhi prononça les mots « Hé Ram », qui sont le début d’un hymne à Rama, septième avatar de Vishnu. La mythologie, au dernier moment, reprenait possession de la politique.
Deux communes de La Réunion ont fait une demande au G.R.A.H.TER pour ériger la statue de Gandhi à l’entrée de leur ville. Si ce projet se réalise, ce serait un vibrant hommage -après Sainte-Marie- à l’apôtre de la non-violence.
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