Monde

Jean-Paul II et la doctrine sociale de l’Église

Au bilan du pontificat

Témoignages.re / 5 avril 2005

Le Pape Jean-Paul II n’est plus. Passée la vague de l’émotion légitime qui a submergé la chrétienté, de nombreuses voix se sont élevées pour commencer de faire le bilan d’un pontificat long d’un quart de siècle.

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Le bilan du pontificat de Jean-Paul II ne saurait être fait en quelques lignes lapidaires. L’action du Pape a couvert des domaines extrêmement divers.
À mes yeux de non-croyant, le Pape m’est apparu comme le militant d’un idéal, comme - ainsi qu’il se définissait lui-même - le pasteur auquel revient la charge de bien guider son troupeau en le gardant des dangers et de permettre au peuple de ses fidèles de puiser au meilleur d’eux-mêmes pour bâtir un monde de fraternité, de justice et donc de paix.
Militant moi-même d’un idéal visant à permettre aux humains d’œuvrer pour un monde plus juste, plus fraternel et capable de donner à chacun les moyens de se réaliser individuellement pour le mieux-être de la collectivité humaine, je suis donc sensible à toutes les actions, d’où qu’elles viennent, quelles que soient les motivations qui les sous-tendent dès lors qu’elles convergent vers la construction d’une humanité débarrassée de toute barbarie.
C’est à l’aune de ce que m’ont appris mes années de militance que j’ai donc apprécié l’action de ce Pape.
Il ne m’a bien sûr pas échappé que, à plusieurs reprises, Jean-Paul II a porté des jugements d’une extrême sévérité sur les pays et les doctrines dites du “socialisme réel”. Mais c’est précisément cette absence totale de tendresse à l’endroit des expériences tentées en Pologne, en URSS, etc., qui donnent encore plus de valeur au propos qu’il tient dans son Encyclique “Centesimus Annus” publiée à Rome le 1er mai 1991, soit un siècle après l’Encyclique “Rerum Novarum” du Pape Léon XIII.
Dans cette encyclique, Jean-Paul II convie la chrétienté à une relecture et une actualisation de “Rerum Novarum” afin de tenir compte des évolutions du monde et d’inscrire sa réflexion dans une continuité. Ce faisant, il explique qu’il continue de bâtir ce qu’il nomme “la doctrine sociale de l’Église”.
J’ai lu cette encyclique lorsqu’elle a été publiée, j’y ai puisé la confirmation qu’après le séisme politique qui a suivi la chute du mur de Berlin, plus que jamais, il faudrait à l’humanité redoubler d’efforts pour empêcher que, le déséquilibre des forces aidant, les humains ne soient déchiquetés par la loi de fer du “tout marché”.
Voici quelques-unes des citations qui peuvent aider tous les militants, qu’ils soient ou non croyants, qu’ils se réclament ou non du marxisme, à faire converger leurs actions pour changer la vie.

Jean Saint-Marc

Note : La présence des guillemets indique que Jean-Paul II cite son prédécesseur Léon XIII (1810-1903). Léon XIII siégea, lui aussi durant un quart de siècle, de 1878 à 1903.
Extraits :

4. Vers la fin du [19e] siècle, l’Eglise dut faire face à un processus historique qui avait déjà commencé depuis quelque temps mais atteignait alors un point critique. [...] On avait assisté à l’apparition d’une nouvelle forme de propriété, le capital, et d’une nouvelle forme de travail. [...] Ainsi, le travail devenait une marchandise qui pouvait être librement acquise et vendue sur le marché et dont le prix n’était établi qu’en fonction de la loi de l’offre et de la demande. [...] La conséquence de cette transformation était "la division de la société en deux classes séparées par un profond abîme".

6. En se proposant de faire la lumière sur le conflit survenu entre le capital et le travail, Léon XIII affirmait les droits fondamentaux des travailleurs. [...] Le travail appartient ainsi à la vocation de toute personne ; l’homme s’exprime donc et se réalise dans son activité laborieuse. Le travail possède en même temps une dimension "sociale", par sa relation étroite tant avec la famille qu’avec le bien commun, "puisqu’on peut affirmer sans se tromper que le travail des ouvriers est à l’origine de la richesse des Etats". [...]

7. [...L]’encyclique de Léon XIII affirme également d’autres droits, en disant qu’ils sont inhérents à la personne humaine et inaliénables. Au rang de ces droits, le "droit naturel de l’homme" à former des associations privées occupe une place de premier plan par l’ampleur du développement que lui consacre le Pape et l’importance qu’il lui attribue ; il s’agit avant tout du droit à créer des associations professionnelles de chefs d’entreprise et d’ouvriers ou simplement d’ouvriers. On saisit ici le motif pour lequel l’Eglise défend et approuve la création de ce qu’on appelle couramment des syndicats, non certes par préjugé idéologique ni pour céder à une mentalité de classe, mais parce que s’associer est un droit naturel de l’être humain. [...] En interdisant de telles associations, [l’État] s’attaquerait lui-même".
Avec ce droit que le Pape reconnaît explicitement aux ouvriers, ou, pour reprendre ses termes, aux "prolétaires", sont affirmés de manière tout aussi claire les droits à la "limitation des heures de travail". [...] "Il n’est ni juste ni humain, écrivait [Léon XIII], d’exiger de l’homme un travail tel qu’il s’abrutisse l’esprit et s’affaiblisse le corps par suite d’une fatigue excessive" [...] .

8. [...] Le salaire doit suffire à faire vivre l’ouvrier et sa famille. Si le travailleur, "contraint par la nécessité ou poussé par la crainte d’un mal plus grand, accepte des conditions très dures, que d’ailleurs il ne peut refuser parce qu’elles lui sont imposées par le patron ou par celui qui fait l’offre du travail, il subit une violence contre laquelle la justice proteste".
Dieu veuille que ces phrases, écrites tandis que progressait ce qu’on a appelé le "capitalisme sauvage", ne soient pas à reprendre et à répéter aujourd’hui avec la même sévérité ! Malheureusement, aujourd’hui encore, on trouve des cas de contrats passés entre patrons et ouvriers qui ignorent la justice la plus élémentaire. [...] Cela arrive malgré les Déclarations et les Conventions internationales qui en traitent, et même les lois des divers Etats. Le Pape assignait à l’"autorité publique" le "strict devoir" de prendre grand soin du bien-être des travailleurs, parce qu’en ne le faisant pas, on offensait la justice, et il n’hésitait pas à parler de "justice distributive". [...]

15. [...L’État] a le devoir de déterminer le cadre juridique à l’intérieur duquel se déploient les rapports économiques et de sauvegarder ainsi les conditions premières d’une économie libre, qui présuppose une certaine égalité entre les parties, d’une manière telle que l’une d’elles ne soit pas par rapport à l’autre puissante au point de la réduire pratiquement en esclavage.
Enfin, il faut garantir le respect d’horaires "humains" pour le travail et le repos, ainsi que le droit d’exprimer sa personnalité sur les lieux de travail, sans être violenté en aucune manière dans sa conscience ou dans sa dignité. Là encore, il convient de rappeler le rôle des syndicats, non seulement comme instruments de négociation mais encore comme "lieux" d’expression de la personnalité : ils sont utiles au développement d’une authentique culture du travail et ils aident les travailleurs à participer d’une façon pleinement humaine à la vie de l’entreprise (44).
L’encyclique et l’enseignement social qui la prolonge ont influencé de multiples manières les dernières années du XIXème siècle et le début du XXème. Cette influence est à l’origine de nombreuses réformes introduites dans les secteurs de la prévoyance sociale, des retraites, des assurances contre les maladies, de la prévention des accidents, tout cela dans le cadre d’un respect plus grand des droits des travailleurs (46).

Fin des extraits

L’intégralité de l’Encyclique “Centesimus Annus” peut être consultée sur le site internet du Vatican.


Les funérailles de Jean-Paul II fixées à vendredi

Les obsèques du pape seront célébrées vendredi matin avant son inhumation dans la crypte de la basilique Saint-Pierre de Rome, où reposent ses prédécesseurs, a annoncé hier le Vatican.
Soixante-cinq cardinaux participaient à une première réunion avant le conclave qui désignera le prochain pape et dont la date n’a pas encore été fixée.
La dépouille de Jean-Paul II a été transférée hier soir dans la basilique Saint-Pierre de Rome. Les fidèles ont pu se recueillir à partir de 18 heures devant la dépouille de Jean-Paul II et la basilique restera ouverte toute la semaine.
Près de deux millions de pélerins sont attendus à Rome pour la cérémonie des funérailles, qui commencera à 10 heures du matin. Le pape, atteint de la maladie de Parkinson, est officiellement mort d’un choc septique et d’un collapsus cardiaque irréversible.
Jusqu’à 200.000 fidèles se sont regroupés dimanche place Saint-Pierre pour assister à une messe de requiem pendant laquelle l’archevêque Leonardo Sandri a lu un message posthume du souverain pontife. "C’est l’amour qui convertit les cœurs et donne la paix", écrivait le pape dans ce message préparé pour la fête de la Miséricorde divine, célébrée le dimanche après Pâques.


Le temps du recueillement à La Réunion

Dans notre île comme dans le monde, les catholiques rendent hommage à Jean-Paul II. Les fidèles se rassemblent dans la prière en attendant vendredi soir, où une grand’messe sera célébrée au Chaudron par l’évêque de Saint-Denis, Mgr Gilbert Aubry.
En attendant, ce mardi, plusieurs célébrations sont prévues dans la majorité des paroisses de l’île. Déjà ce lundi, jour de la fête de l’Annonciation, des messes ont été dites pour la Vierge dans plusieurs églises de l’île. Ainsi, dès le matin, les jeunes de l’école de Sainte-Geneviève à Saint-André ont rendu leur hommage. Cette école catholique s’est jointe aux autres mouvements organisés dans l’île pour ne pas oublier "ce grand homme".
À Saint-Denis, dans la soirée, les paroisses de la Délivrance et du Moufia, entre autres, ont honoré la Vierge et Jean-Paul II. À Saint-Louis, une messe commémorative a été dite à partir de 18 heures sur la place de l’église du centre-ville.