Après une campagne animée et menée dans la précipitation

Joli succès de l’Alliance en Polynésie

19 juin 2004

En proposant à Nicole Bouteau de participer aux élections européennes sur la liste de l’Alliance, Paul Vergès ne s’attendait certainement pas à se retrouver en deuxième position derrière Margie Sudre en Polynésie. C’est pourtant ce qui s’est produit au terme d’une belle campagne, malgré la précipitation dans laquelle il a fallu mener cette bataille. Dans ce combat réussi, elle a reçu le soutien du Réunionnais Lilian Malet.

Nicole Bouteau est une jeune polynésienne, qui est à la tête d’un parti politique créé il y a moins d’un an : No Oe E Te Nunaa. Elle a été récemment élue membre de l’Assemblée de ce POM (Pays d’Outre-mer), en réalisant un score de 5.588 voix et elle s’est retrouvée dans une position stratégique suite aux résultats de ces élections territoriales.
En effet, le président sortant, Gaston Flosse, avec 28 élus ne détenait plus la majorité, pas plus que l’UPLD (Union pour la Démocratie) d’Oscar Temaru avec 27 sièges. En position d’arbitre avec un autre parti, le Fetia Api, Nicole Bouteau ne pouvait se permettre de rester neutre car cela équivalait à remettre en piste, au bénéfice de l’âge, le sénateur UMP Gaston Flosse. Dès le soir du 23 mai, elle déclarait l’opposition de son parti à une alliance avec ce dernier.
Contactée par l’Alliance avant ce scrutin en vue des européennes, Nicole Bouteau était entièrement occupée à la campagne des territoriales. Elle ne s’était donc pas prononcée sur son éventuelle candidature.

Une campagne active

Ce n’est que le 24 mai, après avoir consulté les documents qui lui avaient été transmis par l’Alliance et après plusieurs entretiens téléphoniques, qu’elle a fini par accepter, séduite par le principe de cette liste de l’Outre-mer se situant résolument en dehors de la stratégie des partis politiques métropolitains.
Le refus de la ministre de l’Outre-mer de reconnaître rapidement la voix des urnes et le “Taui” (“changement” en tahitien) ainsi que les manœuvres et pressions exercées sur Philip Shyle, maire de Arue et leader du Fetia Api, ne pouvaient que conforter Nicole Bouteau dans sa décision de mener une campagne active sur le terrain, malgré le fait que la mise en place tardive de la liste de l’Alliance ne pouvait que la pénaliser.
En arrivant en Polynésie pour soutenir Nicole Bouteau dans son combat, Lilian Malet a constaté que Margie Sudre était déjà sur le territoire après être passée en Nouvelle-Calédonie. Avant même que la campagne ne démarre officiellement, la candidate de l’UMP enchaînait réunion publique à Papeete et rencontres avec des socio-professionnels sous la houlette de Gaston Flosse, encore président du territoire, et du second de sa liste, Georges Puchon.

Un rythme effréné

L’annonce de la candidature de Nicole Bouteau en quatrième position avec Paul Vergès va lancer véritablement la campagne officielle de l’Alliance. Malgré de très nombreuse réunions tous les jours avec les responsables de la nouvelle majorité plurielle en gestation, Nicole Bouteau va s’engager résolument dans cette bataille électorale.
Le calendrier médiatique est très chargé avec l’annonce de la majorité plurielle qui se met en place, l’élection programmée du président de l’Assemblée territoriale, les recours de l’équipe perdante... et les européennes.
La candidate de l’Alliance, à la remorque d’aucun parti national, aura vite fait d’établir des propositions concrètes pour la Polynésie. Et cela, dans l’esprit de la liste conduite par Paul Vergès et au nom du respect de la volonté de chaque territoire.
Conférence de presse, plateaux télévisés, réunions de terrain à Papara, à Raiatea, à Moorea et rencontres avec les socio-professionnels se sont succédés, aboutissant à la création spontanée de comités de soutien dans les îles. Le “météore Bouteau” était lancé.
Un discours clair, des convictions et cet appel au respect de l’identité ultramarine ont trouvé un large écho dans l’opinion publique. Le PS, inquiet d’un éventuel soutien de l’UPLD à l’égérie de la majorité plurielle, a dépêché une délégation de poids pour rappeler au Tavini l’accord signé quelques semaines auparavant. Et c’est après un appel à voter PS du futur président de la Polynésie, à deux jours du scrutin, que les Polynésiens sont allés voter le samedi 12 juin.
Avec une petite équipe, Nicole Bouteau a effectué un tour de l’île de Tahiti des bureaux de vote. Accueil chaleureux partout. Les pronostics sur Tahiti donnent la liste de l’UMP et celle de l’Alliance en tête, malgré quelques accrocs aux règles électorales.

Des bulletins de l’Alliance “cachés”

En effet, dès le début de la visite à Punauia, commune où vote la candidate, elle constate que les bulletins de l’alliance sont “cachés” dans un casier en arrière des autres bulletins. Afin de ranger les bulletins, des casiers en bois ont été confectionnés par les services municipaux et compte tenu du nombre de listes, quinze, et de la configuration de certains bureaux de vote, l’Alliance a ainsi été pénalisée.
Dans tous les bureaux de vote, trois listes électorales sont présentes : l’une sert à l’émargement des électeurs et les deux autres...?
En fin d’après midi, Nicole Bouteau arrive à Pirae, commune dont le Maire n’est autre que le gendre de Gaston Flosse lui-même. Dans l’un des bureaux, présidé par Béatrice Vernaudon, député de Polynésie, elle inscrira au procès-verbal que les bulletins de l’Alliance sont inexistants...

Panne de courant...

À 19 heures, heure de fermeture des bureaux, elle se trouve encore aux abords des bureaux de Papeete. Et là, au moment où le dépouillement allait commencer, la mairie est plongée dans le noir, alors que tout autour le courant électrique n’a pas été coupé.
Pendant trente cinq minutes, personne ne sait ce qui s’est passé dans les bureaux de vote fermés à clef. Pas de bougie, pas de lampe électrique alors même que le même incident s’était produit le 23 mai lors des élections territoriales !
L’heure des comptes a sonné et au fil des appels téléphoniques, c’est la surprise et la joie dans le camp de l’Alliance. Créditée d’un peu plus de 5.000 voix il y a tout juste trois semaines, Nicole Bouteau et No Oe E Te Nunaa obtiennent cette fois ci trois fois plus de voix avec la liste de l’Alliance : avec 15.249 voix au total, alors même que la participation a diminué de moitié avec 39,85%, elle se paye le luxe d’arriver en deuxième position derrière la liste UMP et devant la liste PS, avec 5.138 voix d’avance sur celle-ci !

Correspondant


Le "cataclysme Bouteau"

Il n’y en avait que pour Nicole Bouteau et pour l’Alliance dans la presse du lundi 14 juin, qui parlait même du "cataclysme Bouteau".
Le plus dur reste à faire : assurer le relais des propositions de la Polynésie auprès de l’Europe, ce dont les Polynésiens ne doutent pas avec l’élection de Paul Vergès.
"Nous sommes extrêmement satisfaits", a déclaré Nicole Bouteau (No Oe e te Nunaa) à “Tahiti Presse”. "Nous ne nous attendions pas à de tels résultats".
"Avec 5.000 voix obtenues rien que dans les archipels autres que les îles du Vent, nous avons été étonnés de la participation grandissante de l’ensemble des Polynésiens aux élections européennes", a-t-elle poursuivi. "Nous étions la seule liste qui émanait directement de l’Outre-mer et qui ne soit donc pas imposée par Paris. C’est pourquoi je pense que les Polynésiens s’y sont reconnus", a expliqué Nicole Bouteau à Tahiti Presse, en soulignant par ailleurs que ces résultats ont bénéficié de la dynamique des élections du 23 mai dernier.
"Nous avons dorénavant cinq années pour faire en sorte que la Polynésie puisse prendre toute sa place au sein de l’Europe", a-t-elle ajouté.
"En tant que quatrième de liste, je n’avais aucune chance de siéger au parlement, contrairement à Georges Puchon (NDLR : Tahoeraa Huiraatira), qui lui, était éligible", a commenté Nicole Bouteau.

L’AllianceFenua - Polynésie

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