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Le choix de la négociation avec la Russie ou de l’escalade militaire ?
18 mars 2014, par

En Turquie, en Pologne et à l’Ouest de l’Ukraine, les foyers de tension se développent suite à l’indépendance de la Crimée. La crise ukrainienne a largement débordé les frontières de ce pays, les Etats-Unis vont-ils souffler sur les braises ?
48 heures après le référendum en Crimée, plusieurs événements ont accentué la pression.
Tout d’abord, la Turquie a élevé la voix à l’encontre de la Russie. Tout d’abord, son ministre des Affaires étrangères a enjoint Moscou de respecter l’intégrité territoriale de ses voisins. Ensuite, c’est son Premier ministre qui a menacé de fermer les détroits du Bosphore aux navires russes. Pour que pareille décision puisse s’appliquer, il faut que la Turquie soit en guerre, ou alors qu’elle juge que sa sécurité soit suffisamment menacée pour qu’elle s’autorise la fermeture des détroits entre la Mer Noire et la Méditerranée. Pour la Russie, cela voudrait dire l’accès impossible à la Méditerranée, tandis que rien n’empêche la flotte américaine d’aller porter le fer dans la mer Noire au large des côtes russes. La Turquie est un pays membre de l’OTAN, organisation militaire pilotée par les Etats-Unis.
Cette prise de position de la Turquie a lieu au moment où le drapeau russe est hissé à Sébastopol, principale base de la marine de guerre russe dans la mer Noire. Aussitôt se pose la question de ce qui pourrait advenir si jamais la Turquie mettait ce blocage à exécution, et si un navire russe allait tenter de forcer le blocus.
Ensuite, à l’Ouest de la Russie, ce sont les Etats-Unis qui ont placé directement leurs pions. L’US Air Force a transféré d’Italie 12 avions de chasse et toute la maintenance nécessaire à une mission de longue durée, soit 200 personnes. L’objectif de cette mission, à l’invitation du gouvernement polonais écrit sans rire l’US Air Force, est de participer à d’importantes manœuvres.
La Pologne partage une frontière commune avec la Russie, c’est la région de Kaliningrad. Elle est également voisine de l’Ukraine et de la Belarus, un aillé de Moscou.
En réponse à ce déploiement de force, la Russie a annoncé l’arrivée en Belarus de 6 avions de combat. Ils apporteront un appui à l’aviation de ce pays pour garder son espace aérien inviolé.
A Moscou, Vladimir Poutine a présenté officiellement au Parlement la demande de réintégration de la Crimée dans la Russie. La veille, il avait signé un décret reconnaissant l’indépendance de la Crimée. Le nouveau pouvoir ukrainien et les dirigeants occidentaux refusent de reconnaître la légalité du référendum et donc son résultat.
Enfin, à l’Ouest de l’Ukraine, c’est au tour de la Transnistrie, une République sécessionniste de la Moldavie, de demander elle aussi son intégration à la Russie. Peu après son indépendance, la Moldavie a perdu le contrôle de la Trannistrie et elle a échoué à reconquérir cette région par les armes. Tout comme la Crimée au sein de l’Ukraine, la Transnistrie est peuplée majoritairement de Russes.
Si ce projet allait à son terme, alors la partie Ouest de l’Ukraine serait frontalière avec la Russie, alors qu’elle est la région ukrainienne la plus favorable à un rapprochement avec l’Union européenne au détriment de la Russie.
Tous ces événements vont dans le sens d’une rapide aggravation de la situation si la voie diplomatique ne reprend pas le dessus. Les prises de position de la Turquie et l’arrivée d’avions US en Pologne montre que la crise ukrainienne a largement débordé les frontières de ce pays. C’est tout l’Est de l’Europe qui est aujourd’hui concerné, de la mer Baltique à la mer Noire.
Les Européens ne sont pas tous sur la même longueur d’onde. Si la France peut sembler en tête dans la campagne de soutien au nouveau pouvoir ukrainien, elle est face à ses contradictions.
Laurent Fabius a en effet annoncé la suspension possible de la livraison de deux bateaux de guerre construits en France à la Russie : le Vladivostok et le Sebastopol. Ces deux bâtiments constituent le plus gros contrat d’armement signé par un pays de l’OTAN avec la Russie. Ce sont 1,2 milliard d’euros, et surtout plus de 1.000 emplois qui sont en jeu. La signature de ce contrat avec la Russie avait permis de sauver la mise à un important chantier naval. En pleine crise économique se pose donc la question d’aggraver encore cette situation pour tendre encore plus les relations politiques entre la France et la Russie.
Ces aspects économiques pourraient en tout cas amener les Européens à privilégier la négociation. Au lieu d’être la source d’une division, l’Ukraine pourrait faire le lien entre l’Union européenne et la Russie. Si ces deux puissances arrivaient à s’entendre, elles constitueraient une force capable de parler d’égale à égale aux Etats-Unis. Washington n’a pas intérêt à voir émerger ce concurrent, mais les Etats-Unis sont-ils prêts à laisser aller l’escalade ?
M.M.
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