Monde

Julian Assange livré par l’Equateur aux Occidentaux

Le fondateur de Wikileaks risque la torture et la mort aux Etats-Unis

Témoignages.re / 12 avril 2019

Julian Assange a été arrêté hier en vertu d’un mandat de juin 2012 délivré par la justice britannique, pour non présentation au tribunal, et d’une « demande d’extradition américaine », selon la police britannique. Son arrestation a été rendue possible par une décision du gouvernement de l’Equateur, qui a retiré au fondateur de Wikileaks sa citoyenneté équatorienne, ainsi que l’asile diplomatique. Ceci a permis aux policiers britanniques d’entrer en toute impunité dans une ambassade. Si Julian Assange s’est réfugié depuis 2012 dans une ambassade, c’est pour ne pas être livré aux tortionnaires US et à leur justice car Wikileaks a largement contribué à révéler aux monde les crimes des soldats de l’armée des Etats-Unis au Moyen-Orient.

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Julian Assange a été extrait de l’ambassade d’Equateur par des policiers britanniques.

Le fondateur de Wikileaks a été arrêté hier à Londres dans l’ambassade d’Equateur où il bénéficiait depuis 2012 de l’asile diplomatique. Julian Assange est à l’origine des révélations mettant en évidence les actes de torture pratiqués par des soldats de l’armée des Etats-Unis en Irak. Son arrestation a été rendue possible par une décision du gouvernement de l’Equateur qui a retiré au fondateur de Wikileaks son asile diplomatique et sa citoyenneté équatorienne. Ceci a permis aux policiers britanniques d’entrer dans l’ambassade avec l’autorisation de l’Equateur dans le but d’arrêter Julian Assange. Ce dernier s’était réfugié à l’intérieur de l’ambassade en 2012 pour éviter l’extradition vers les Etats-Unis par les autorités britanniques, où il risque au moins tortures et prison.

L’autre motif de son arrestation est une accusation d’agression sexuelle, une accusation ensuite retirée et qui a donné lieu à un abandon des poursuites mais qui vient de nouveau d’être remise sur la table par la victime supposée. De plus, l’extinction de l’action judiciaire sur cette accusation n’a pas signifié la fin du mandat d’arrêt lancé par la justice britannique.

Vengeance ou pression des Etats-Unis ?

« C’est une vengeance personnelle du président Lenin Moreno parce que WikiLeaks il y a quelques jours a publié un cas de corruption très grave », a affirmé Rafael Correa, président de l’Equateur de 2007 à 2017, année où il a décidé de s’exiler en Belgique. L’ex-chef d’Etat faisait ainsi allusion à un ensemble de documents, les INA papers, du nom d’une société offshore d’optimisation fiscale créée par le frère de Lenin Moreno. Rendues publiques en février dernier, les révélations contenues dans ces INA papers ont été relayées par Wikileaks et sont embarrassantes pour le président équatorien.
Rafael Correa a toutefois assuré ce même jour que son successeur, Lenin Moreno, avait agi « sous la pression » des Etats-Unis et de Donald Trump.
Il a également laissé entendre que Julian Assange aurait servi de monnaie d’échange afin que le nouveau président équatorien obtienne le soutien de Washington pour un prêt du Fonds monétaire international (FMI).

Barry Pollack, l’avocat américain du fondateur de WikiLeaks Julian Assange a dénoncé la volonté américaine d’extrader « un journaliste étranger » qui est poursuivi, selon lui, pour « avoir publié des informations véridiques ». L’avocat s’est également dit « amèrement déçu » qu’Equateur ait permis l’arrestation dans son ambassade de Julian Assange, rappelant que ce pays lui avait pourtant accordé la « citoyenneté et l’asile ».
De son côté, le gouvernement d’Equateur a affirmé qu’une personne proche de Julian Assange était impliquée, avec des pirates informatiques russes, dans un plan de déstabilisation du président Lenin Moreno.

Washington menace

Julian Assange est accusé par le gouvernement américain de complot, en raison de la publication d’un grand nombre de documents gouvernementaux sur son site web Wikileaks qui lui ont été transmis par l’ancien analyste du renseignement américain, Chelsea Manning. Les États-Unis affirment que la publication de ces documents a mis en danger la vie de ses citoyens travaillant à l’étranger.

D’après l’AFP, Julian Assange a été inculpé de « piratage informatique » aux Etats-Unis. Selon Reuters, qui cite un communiqué du Département américain de la Justice, il est également accusé de « conspiration » avec le soldat Bradley (désormais Chelsea) Manning, ex-informateur de Wikileaks et ex-analyste du renseignement américain en 2010. Programmeur de formation, Julian Assange est soupçonné par la justice américaine d’avoir aidé Chelsea Manning à obtenir un mot de passe pour accéder à des milliers de documents américains classés secret-défense. Julian Assange encourrait 5 ans de prison maximum selon ces chefs d’inculpation aux Etats-Unis.

Cité par le média américain The Hill, le sénateur démocrate Joe Manchin s’est félicité de l’arrestation de Julian Assange au sein même de l’ambassade d’Equateur à Londres. « Il est notre propriété. Nous pourrons obtenir de lui les faits et la vérité », a-t-il déclaré.
Le Royaume-Uni va maintenant déterminer s’il va extrader le ressortissant australien vers les États-Unis. Il aurait donné par écrit au gouvernement équatorien des assurances que M. Assange ne serait pas extradé vers un pays où il risquerait la torture ou la peine de mort. Une audience concernant la demande d’extradition américaine à l’encontre de Julian Assange aura lieu le 2 mai 2019.

Condamnations de l’ONU

Du côté des Nations Unies, les condamnations pleuvent depuis l’irruption de la police britannique dans l’ambassade d’Equateur afin d’arrêter Julian Assange. La Rapporteure spéciale des Nations Unies sur les exécutions extrajudiciaires, Agnès Callamard, a écrit sur son compte Tweeter que l’expulsion de M. Assange de l’ambassade et son arrestation constituaient « un pas de plus vers l’extradition ». Elle a ajouté qu’en procédant à l’arrestation arbitraire du journaliste et militant controversé, le Royaume-Uni mettait « potentiellement sa vie en danger ».

L’Expert indépendant des Nations Unies sur le droit à la vie privée, Joe Cannataci, a publié une déclaration à la suite de l’arrestation, affirmant que cela n’allait pas arrêter ses efforts « pour évaluer les affirmations de M. Assange selon lesquelles sa vie privée a été violée ». « Au lieu de rendre visite à M. Assange et lui parler à l’ambassade… j’ai l’intention de lui rendre visite et de lui parler là où il se trouve placé en détention ».

Dans une déclaration faite vendredi dernier, le Rapporteur spécial sur la torture, Nils Melzer, s’était dit alarmé par les informations selon lesquelles une arrestation était imminente et que, s’il était extradé, M. Assange pourrait être exposé à « un risque réel de graves violations de ses droits humains, notamment sa liberté d’expression, son droit à un procès équitable et l’interdiction des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ».