Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
Le 3 mai 1945
4 juin 2004

« La plus grande catastrophe maritime du 20ème siècle n’est pas le naufrage du Titanic » (1.500 disparus), corrige l’universitaire hambourgeois Struan Robertson. C’est la tragédie inutile qui, le 3 mai 1945, causa la mort de 7.500 prisonniers des camps nazis. Ces prisonniers avaient été embarqués de force par les fascistes allemands dans la baie de Lübeck sur trois navires de la marine marchande allemande : le Cap Arcona, le Thielbek et l’Athènes. Ces navires furent bombardés par la Royal Air Force britannique, dont les prisonniers attendaient leur salut...
L’histoire qui suit est une page sombre de la Seconde Guerre mondiale, frappée dans la mémoire collective du même “oubli” qui a entouré le retour des rescapés des camps de concentration.
En mai 1945, le monde retenait encore son souffle. Avant de se suicider, le 30 avril, en compagnie d’Eva Braun, Adolf Hitler avait tenté d’assurer la transmission des pouvoirs du 3ème Reich, désignant Karl Dönitz à la présidence, Gœbbels à la Chancellerie et le maréchal Schörner au ministère de la Défense. Mais tout le monde savait que les jours du système nazi étaient comptés.
Le Reichsführer SS Heinrich Himmler avait donné l’ordre secret à tous les commandants des camps de concentration de n’accepter aucune reddition, d’évacuer les camps en faisant en sorte qu’aucun prisonnier ne tombe vivant aux mains de l’ennemi. Cet ordre donna le signal de ce qu’on a appelé les “marches de la mort”, les nazis ayant imposé dans l’improvisation des déplacements longs et pénibles à des prisonniers épuisés par la malnutrition et les mauvais traitements.
Dans la région de Hambourg existait le plus important camp de concentration d’Allemagne, celui de Neuengamme, composé de 96 camps-satellites dont une vingtaine était des camps de femmes. Dans cette région, un des moyens retenus par le Gauleiter nazi Karl Kaufmann (chef administratif de la région de Hambourg) pour l’évacuation des prisonniers a été la voie maritime. Il était aussi commissaire à la Défense pour le Nord de l’Allemagne et Commissaire du Reich pour la Marine marchande, ce qui lui permit de réquisitionner les bateaux encore disponibles pour l’évacuation des prisonniers.
Les prisonniers évacués des camps du Nord de l’Allemagne (Neuengamme, Hannover-Stöcken, Stutthof, Mittelbau-Dora, Bergen-Belsen, Celle...) arrivèrent à 11.000 sur les quais de Lübeck entre le 19 et le 26 avril 1945. L’autre moitié n’avait pas survécu au voyage.
Les nazis forcèrent les capitaines des navires à embarquer les prisonniers - et parfois leurs geoliers : 4.500 prisonniers et 600 S.S sur le Cap Arcona, 2.800 prisonniers sur le Thielbeck et 1.998 prisonniers sur l’Athènes. L’embarquement eut lieu entre la fin avril et le 3 mai, avec ses discriminations entre prisonniers (les Russes étaient généralement privés de leur ration) et ses massacres pendant les transbordements, en dépit de la présence de la Croix Rouge suédoise.
Struan Robertson décrit ainsi la situation à bord : "Il y avait de la paille sur le pont et pas de lit dans les cales. Sur le pont se trouvait un important stock de provisions sous une bâche goudronnée mais la distribution était désorganisée. Les malades et les Russes recevaient très peu. Les latrines étaient inadaptées. Des seaux étaient descendus dans les cales et remontés une fois pleins. La puanteur était terrible. La gastro-entérite faisait rage."
Le 3 mai au matin, une escadre de la flotte aérienne britannique survola la baie de Lübeck à 10.000 pieds. L’attaque du Cap Arcona survint en début d’après-midi. Le bateau prit feu et il n’y eut que 350 survivants. Une heure plus tard, ce fut l’attaque du Thielbeck, dont seuls 50 prisonniers ont survécu. Les avions anglais tirèrent sur les canots de sauvetage et sur ceux qui tentaient de s’enfuir à la nage.
La totalité des 1.998 prisonniers de l’Athènes ont été sauvés par le refus du capitaine de charger de nouveaux prisonniers, car le bateau se trouvait encore dans le port lorsque l’attaque eut lieu, tandis que les deux autres s’étaient éloignés dans la baie.
La visibilité médiocre, le matin du 3 mai, ne permit pas aux Anglais de repérer les signes que les prisonniers du Cap Arcona firent aux avions. Ils ne virent pas non plus le drapeau blanc flottant sur le Thielbeck...
Struan Robertson
Traduction et synthèse : Pascale David.
L’histoire complète est sur le site : http://www.rrz.uni-hamburg.de/rz3a035/arcona.html
Une contre-vérité tenace
Selon Struan Robertson, les changements dans le commandement britannique - qui a remplacé des bombardiers par des chasseurs, après les 60.000 morts inutiles des bombardements de Dresden (avril 1945) - expliquent le bombardement des bateaux de prisonniers, parce que les reconnaissances des bombardiers savaient tout de ce qui se passait au sol en Allemagne.
L’universitaire hambourgeois réfute aussi la thèse, toujours en vigueur dans les publications anglaises, selon laquelle le commandement nazi aurait concentré cinq cents navires dans les baies de Lübeck et de Kiel, en vue d’un repli vers la Norvège, pour continuer le combat. Les bombardements de la baie de Lübeck sont ainsi justifiés par la destruction d’une flotte potentiellement dangereuse, ce que Struan Robertson qualifie de contre-vérité.
C’est d’autant plus faux que les Alliés - et tout spécialement Churchill - avaient en tête de garder “en réserve” ce qui restait de la Wehrmacht, pour s’opposer avec elle à une nouvelle avancée des troupes soviétiques, comme l’atteste un télégramme de Churchill au maréchal Montgomery.
Des morts oubliés
Selon l’universitaire allemand, "aucun gouvernement britannique n’a jamais fait mention des 7.500 morts de la baie de Lübeck : ni couronne ni discours en leur mémoire". Des fosses communes furent creusées sur la plage entre Neustadt et Pelzerhaken.
Quelques survivants ont fait construire un monument mortuaire en pierre gravée, avec cette phrase en lettres noires : "En souvenir éternel des prisonniers du camp de concentration de Neuengamme. Ils périrent dans le naufrage du Cap Arcona le 3 mai 1945" .
Quelques cérémonies commémoratives ont été organisées par des vétérans et il existe aujourd’hui un Mémorial des victimes du Cap Arcona dans le cimetière de Grömitz.
De tous les responsables allemands impliqués dans les meurtres des prisonniers des camps de concentration, seul Max Pauly, commandant en chef du camp de Neuengamme, a été jugé pour crimes de guerre et pendu dans la prison de Hamelin. Les autres n’ont jamais été inquiétés par aucun tribunal, ni anglais, ni allemand. Pas plus que les responsables du meurtre des 400 prisonnières du camp de Stutthof.
Note de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
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Messages
3 octobre 2009, 13:59, par TABART Daniel
Un habitant de FLESSELLES (80260) dénommé André HOUBRON déporté à NEUENGAMME
matricule N° 36956 , il
fut évacué en rade de LUBECK et embarqué sur le CAP ARCONA.Il vécut cet enfer qu’il n’
aimait pas trop raconter,tant l’horeur de ce qu’il vit l’empèchait de parler.Il fut projeté à la mer , il resta accroché longtemps à un bidon et fut récupéré.Il rentra dans son village
à sa libèration avec les 6 déportés de ce dernier,rescapés sur les 22 déportés de Flesselles.
25 décembre 2009, 15:18, par henri treffer
Mon beau-père, Edouard BEUKENNE, né à Anzin (Nord) qui habitait Bruay s/escaut a été
déporté à NEUENGAMME et n’est jamais rentré en France. Son nom n’apparaît nulle part sur les listes des morts dans les registres de NEUENGAMME. En France, il est déclaré mort à Neuengamme.
Un survivant l’a-t’il connu ? Peut-il donner des renseignements ?
12 mars 2012, 10:51, par Marie
Bonjour
Le nom de votre beau-père figure sur le mémorial de l’amicale de Neuengamme
à Beukenne Édouard décédé courant avril 1945 à Neuengamme.
Vous pouvez prendre contact avec l’amicale
Cordialement
Marie fille de déporté du camp nazi de Neuengamme
16 janvier 2011, 12:09, par heavenbreiz
bonjour
mon grand pere a été retrouvé au camp de neuengamme ou il avait été laisser pour mort.
Il a survecu ,soigné par l arrivée de l armée anglaise.
Il est mort en 1947 de la tuberculose a son dernier stade.
8 février 2015, 18:08, par RIMLINGER Jean-Louis
bonjour,
je suis à la recherche de mon grand père déporté à NEUENGAMME en 1944 et il trouva la mort sur le CAP AR CONA dans la baie de LUBECK. Pouvez-vous me dire si quelqu’un possède des informations ou si je peux en trouver ailleurs et est-ce qu’il y a un registre des noms
mon grand-père s’appelait AMET louis gendarme à Chatenois 88
merci d’avance pour les réponses
cordialement
23 mai 2016, 13:19, par MILLOT
Mon père Jean MILLOT est décédé le 29 avril 1945 sur le CAP ARCONA ; des suites d’une dysenterie, a été inhumé à NEUSTADTproche de la baie de LUBECK, son corps fut retrouvé en 1959 et rapatrillé dans son village natatal de MONTIGNY Les VESOUL, pour y être inhumé.
Y at-il encore des survivants de cette tragédie ?