Une des raisons de la victoire du “non” : la baisse du pouvoir d’achat

L’Europe et l’euro : “mèm zafèr”, la vie trop chère

6 juin 2005

Contrairement à ce qu’ont prétendu les propagandistes du “oui” à la Constitution Giscard, les électeurs ayant voté “non” au référendum du 29 mai ne sont pas contre l’Europe, bien au contraire. C’est pour cela qu’ils sont contre cette Europe-là, une Europe ultra-libérale. Et parmi les nombreuses raisons pour lesquelles une large majorité de citoyens a voté “non”, il y a la baisse du pouvoir d’achat qui frappe une grande partie de la population. Celle-ci fait souvent le lien entre d’une part la création d’un marché unique et d’une monnaie unique en Europe, l’euro, et d’autre part la forte augmentation du coût de la vie ces dernières années.

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Quand on interroge les gens sur les causes de l’ampleur de la victoire du “non” au projet de Constitution européenne, un grand nombre de personnes mettent en avant le problème de l’euro. Elles affirment que beaucoup de citoyens rendent l’euro responsable de la forte augmentation des prix des produits de consommation courante au cours de la dernière période. Ou du moins, ils assimilent l’augmentation du coût de la vie à création de la nouvelle monnaie unique européenne. Et donc au marché unique européen sur lequel le projet de Constitution Giscard souhaitait sacraliser "la concurrence libre et non faussée".
Les exemples de ce point de vue ne manquent pas. Telle ménagère raconte qu’auparavant elle faisait ses "courses pour la semaine au marché forain avec un billet de 100 francs. Aujourd’hui, c’est impossible avec 15 euros ; il en faut au moins deux fois plus".
Un militant du Sud signale qu’"à l’époque un cornet de pistaches grillées coûtait 1 franc et que maintenant le même cornait est vendu 1 euro, soit 6,5 fois plus cher...!".
Tel autre habitué des défilés syndicaux rapporte qu’"à l’époque du franc, une grande bouteille d’un litre et demi d’eau pays coûtait 1,20 franc. Aujourd’hui, la petite bouteille d’un quart de litre de la même eau coûte 1,20 euro...!".
Et une élue de citer quelques chiffres rapportés par l’INSEE dans une récente étude : un pain de 450 grammes pour 6,10 francs, un kilo de côtelettes de porc pour 56,28 francs, un kilo de poulet pour 29,65 francs, une brique de lait pour 5 francs, le kilo de carottes pour 8 francs, le kilo de pommes de terre pour 7 francs etc... Des chiffres inimaginables il y a quelques années.

Vie chère et revenus faibles

Cela est d’autant plus insupportable que dans le même temps, une grande partie de la population se retrouve avec des revenus très faibles : un SMIC de 1.000 euros, un RMI de quelques centaines d’euros... Comment payer le loyer, l’électricité, la nourriture, les moyens de déplacements et les autres besoins élémentaires avec de telles sommes ?
Un responsable associatif s’étonne que "souvent les prix des mêmes marchandises dans les mêmes grandes surfaces soient deux à trois fois plus élevés à La Réunion qu’à Maurice. Pourquoi de telles différences ?"
Finalement, quelle est la cause de cette augmentation du coût de la vie depuis la création de l’euro ? Et qui en profite ? Parce qu’un syndicaliste ne cache pas sa colère : "s’il y a de la spéculation sur les terrains à bâtir, c’est qu’il y a des spéculateurs ; si la vie est chère, c’est qu’il y a des profiteurs. Pourquoi l’État ne fait-il pas la clarté sur ces pillages et pourquoi n’y met-il pas un terme ?".
Ces questions rejoignent les revendications émises depuis plusieurs années par des organisations politiques comme le PCR et des associations comme “Agir pou nout tout”, qui réclament l’application de la loi d’orientation pour l’outre-mer, qui prévoit la création d’un observatoire de la formation des prix et de revenus. "Nous exigeons que cet observatoire soit mis en place, afin de diminuer les souffrances des plus pauvres qui sont les premières victimes de la vie chère", affirme le président de l’association panonnaise, Jean-Hugues Ratenon.
Nul doute que la victoire du “non” va encourager toutes les personnes et organisations révoltées par la cherté de la vie à relancer cette bataille. Et à demander de sérieuses augmentations de salaires.

L. B.


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Témoignages - 82e année


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