Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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Le procès des six violeurs présumés a débuté lundi, sous les cris de contestation des habitants de New Delhi, qui dénoncent les violences récurrentes faites aux femmes. Cinq hommes âgés de 19 à 35 ans sont accusés d’avoir violé et frappé le 16 décembre une jeune étudiante, qui a succombé à ses blessures quelques jours plus tard.
Un sixième accusé, âgé de 17 ans, sera jugé par un tribunal pour mineurs. Trois des cinq hommes ont décidé de plaider non coupables, pour des allègements de peine. La situation pourrait se retourner contre les femmes. Les chefs de village se sont réunis et devraient faire peser un peu plus le poids des traditions patriarcales, car les femmes risquent surtout d’être encore plus surveillées et entravées.
Mise en cause des femmes
La recrudescence des viols a conduit en mars 2012 la Police locale de New Delhi à envisager un couvre-feu à 20 heures pour les femmes travaillant dans les établissements de nuit. De son côté, la National commission for women (NCW), structure gouvernementale pourtant chargée de défendre leurs droits, a conseillé aux femmes, en juillet, « de se montrer prudentes sur leur façon de s’habiller, parce que de tels incidents [des viols collectifs - NDLR] arrivent quand l’on singe aveuglément l’Occident ». Ces deux déclarations mettent en évidence l’indifférence des autorités, notamment de la police et de la justice, vis-à-vis des femmes, qu’ils considèrent coupables en grande partie.
« C’est une idée très présente en Inde. On voit bien d’après les viols médiatisés et les études approfondies sur ces affaires, depuis le commissariat de police jusqu’au déroulement du procès, que les policiers et les juges aussi ont tendance à penser que les femmes victimes sont coupables » , a évoqué Martine van Woerkens. Pour eux, les femmes « n’auraient pas dû être là où elles étaient, leur vraie place est au foyer, cantonnées à des activités domestiques et reproductives ».
La journaliste Noopur Tiwari pense que ce viol pourrait être un déclencheur. « Ça a été l’événement de trop, qui a libéré la parole sur la question des femmes maltraitées en Inde », a-t-elle expliqué. « On reproche souvent aux médias de ne pas parler des viols dans le mariage, dans la famille, ou perpétrés par des militaires dans les zones de conflit. Je pense qu’ils ont choisi cette histoire, dans laquelle beaucoup d’Indiens des classes moyennes peuvent se reconnaître, et qu’ils la suivront jusqu’au bout », a expliqué la journaliste.
Des discours divergents
Contrairement à tout ce qui a pu être entendu depuis la mi-décembre pour défendre les femmes, certains responsables politiques ont pointé du doigt la responsabilité des femmes. Le fils du président de l’Inde, Abhijit Mukherjee, parlementaire du parti du Congrès, a déclaré que les femmes qui manifestaient contre le climat d’insécurité étaient « maquillées » comme des voitures volées. Cette déclaration a fait polémique, d’autant qu’au même moment, Mohan Bhagwat, dirigeant d’un des principaux groupes fondamentalistes hindous, le RSS, a déclaré que « Lorsque “Bharat” (qui désigne l’Inde traditionnelle) devient “Inde” à cause de l’influence de la culture occidentale, ce type de choses se produit », a relayé l’agence de presse “Reuters”.
Un responsable du parti du Congrès, au pouvoir, Digvijay Singh, a accusé le RSS de « vouloir nous ramener au 18ème siècle ».
Pour Reicha Tanwar, directrice du Centre de recherche des études sur les femmes de l’Haryana, l’attitude des chefs de village dans l’Inde rurale pourrait revenir à des pratiques traditionnelles brimant les femmes. « Ils brident encore plus les filles, et (veulent) qu’elles ne sortent plus, qu’elles ne voyagent plus seules, qu’elles ne fassent pas de bicyclette, qu’elles n’aient pas de portable et qu’elles ne parlent pas aux garçons », dit-elle à l’“AFP”.
« Le viol est une question récurrente en Inde »
Dans un article de “L’Express’, Martine van Woerkens, chercheuse à l’Ecole pratique des hautes études et auteure de “Nous ne sommes pas des fleurs” (histoire du féminisme indien), a expliqué que « Le viol est une question récurrente en Inde, mais il est vrai que la violence contre les femmes semble plus forte que jamais » . Cela s’explique par « L’urbanisation et l’affaiblissement de la notion de communauté et de culture » qui ont « joué un rôle important dans la montée des crimes contre les femmes », a estimé le magazine indien “Tehelka”. En effet, « Les métropoles comme Delhi, Bombay et Bangalore sont des centres économiques importants où s’installent des millions de migrants de milieux sociaux, culturels et économiques différents ».
Avec l’émancipation des femmes, les hommes se sentent rabaissés et diminués, car ceux-ci n’admettent pas que les femmes puissent être actives et qu’elles étudient, sortent seules et travaillent, parfois de nuit. « La montée en puissance de ces femmes qui circulent librement et s’habillent à l’occidentale peut effectivement choquer les hommes ruraux », a indiqué Martine van Woerkens dans “L’Express”. Cette dernière a ajouté que les « migrants, souvent sans travail, arrivent de leurs villages où les codes traditionnels sont respectés, où leur supériorité par rapport aux femmes n’est pas menacée. Face à ces citadines modernes, aisées, ils peuvent se sentir rapetissés, humiliés par la place qu’ils occupent dans la société ».
Les statistiques sur les crimes publiés par le Bureau Indien font état de 2.579 plaintes pour viol, déposées dans les 53 villes principales du pays en 2011, sur un total de 24.026 plaintes, soit une plainte sur dix en milieu urbain. Mais ces chiffres ne prennent pas en compte l’ensemble des viols à la campagne.
Céline Tabou
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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