Conséquence de l’agression de l’Iran par Trump et Netanyahou

L’océan Indien zone de guerre

23 mars, par Manuel Marchal

L’attaque contre Diego Garcia révèle une vérité brutale : à cause de la stratégie guerrière de Donald Trump et de Benjamin Netanyahou, l’océan Indien est en train d’être transformé en zone de guerre. Des pays marqués par la colonisation deviennent des bases militaires et donc des cibles potentielles. La Réunion pourrait être entraînée malgré elle dans une logique d’affrontement qui ne correspond ni aux intérêts ni à la volonté de ses peuples.

Le 21 mars 2026, des missiles iraniens ont visé Diego Garcia, base militaire conjointe des États-Unis et du Royaume-Uni au cœur de l’archipel des Chagos. Ce n’est pas un simple épisode militaire : c’est un signal politique majeur. En frappant ce verrou stratégique, l’Iran répond à une escalade engagée au Moyen-Orient. L’océan Indien, est désormais happé par la logique des blocs armés.
Diego Garcia n’est pas une île comme les autres. Elle a été arrachée à ses habitants. Entre 1966 et 1973, les Chagossiens ont été expulsés pour permettre l’installation d’une base destinée à la projection de puissance américaine. Cette déportation, décidée dans les bureaux de Londres et de Washington, incarne une continuité coloniale : on déplace des peuples pour installer des bombardiers. On efface des vies pour tracer des pistes d’atterrissage.

Militarisation de notre région

Diego Garcia accueille les bombardiers de Trump capables de frapper à très longue distance. Dans la logique de confrontation avec Téhéran, renforcée par l’alignement avec le gouvernement de Benjamin Netanyahou, Diego Garcia est devenue une base d’agression. Or toute base offensive devient une cible. L’attaque iranienne en est la conséquence prévisible. Ce sont les choix des grandes puissances qui déplacent la guerre vers le nous, pas les peuples de la région.
Car les sociétés de l’océan Indien — à Maurice, aux Seychelles, à Madagascar, aux Comores et à La Réunion — ne vivent pas dans une culture de guerre. Elles sont marquées par les échanges et les solidarités insulaires. Pourtant, leurs territoires servent d’appui à des stratégies décidées ailleurs. L’histoire des Chagos en est la preuve la plus cruelle : militarisation et dépossession vont de pair.
Aujourd’hui, la question se pose pour La Réunion. C’est une des dernières bases militaires françaises en Afrique, l’île occupe une position stratégique dans le sud-ouest de l’océan Indien. Si la base de Diego Garcia était fragilisée, Paris pourrait être tenté d’ouvrir les installations réunionnaises à la coalition israélo-américaine. Un simple accord diplomatique entre la France, les États-Unis et Israël suffirait à transformer notre pays.

La Réunion future base militaire US ?

Mais à quel prix ? Une telle décision, surtout si elle était prise sans consultation des Réunionnais, poserait un grave problème démocratique. Elle ferait de l’île un acteur de facto du conflit. Et, par ricochet, un objectif stratégique potentiel : qui sert de base peut devenir cible.
L’enjeu dépasse la seule sécurité militaire. Il touche à la souveraineté des peuples et à la mémoire coloniale. Les Chagossiens ont été expulsés au nom de la « sécurité occidentale ». Les Réunionnais pourraient se voir imposer un rôle stratégique au nom d’alliances conclues loin de l’océan Indien. Dans les deux cas, la décision ne viendrait pas des habitants.
Transformer l’océan Indien en champ de bataille est un choix politique. Il n’est ni inévitable ni neutre. Il résulte d’une stratégie d’escalade où les puissances projettent leur rivalité sur des territoires périphériques. Face à cette dynamique, la question centrale demeure : les peuples de la région veulent-ils devenir les arrière-bases d’une guerre qui n’est pas la leur ?
L’attaque contre Diego Garcia agit comme un révélateur. Elle montre que la militarisation n’apporte pas la sécurité, mais l’extension du risque. Elle rappelle que les héritages coloniaux ne sont pas des vestiges du passé, mais des réalités qui structurent encore le présent. Et elle place La Réunion devant un choix historique : rester une terre de paix dans l’océan Indien ou être entraînée, par décisions extérieures, dans la spirale d’un conflit globalisé.

M.M.

A la Une de l’actuChagosImpasse du modèle

Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus