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Culture et identité
Interventions de Wilhiam Zitte et de François Orré
26 septembre 2003

Dans le cadre des Journées du Patrimoine, l’association Réau Vie (Réunion Audiovisuel) a proposé à deux artistes d’intervenir dans la Chapelle Saint-Thomas des Indiens, rue Sainte-Marie. Les 20 et 21 septembre derniers, des projections réalisées par l’infographiste François Orré étaient diffusées en continue. Les clips avaient été montés à partir des créations de Wilhiam Zitte : ces personnages, ces plaques de remerciements… L’intervention est visible désormais sans les clips, jusqu’à la fin de la semaine. Pour la visiter il faut s’adresser à l’accueil de Radio arc-en-ciel, juste derrière la chapelle, en passant par la rue Montreuil.
La Chapelle Saint-Thomas des Indiens a été construite pour évangéliser les travailleurs engagés Indiens dans le deuxième moitié du 19ème siècle. Un prêtre jésuite qui parlait tamoul y officiait. Le lieu est devenu un pensionnat qui dispensait le catéchisme. Par la suite les religieuses réparatrices en ont fait leur couvent jusque dans les années 1970. Depuis la chapelle a cessé d’être un lieu de culte.
Sauf peut-être pendant cette semaine justement, car l’intervention de Wilhiam Zitte a transfiguré un lieu de culte officiel, en lieu de culte marronné. Les scories, les personnages alignés par centaine, les cases bondié, font flotter en permanence le souvenir des anciens et de la religion populaire, des croyances. Le lieu semble être devenu un point de contact avec cette âme non-identifiée. Une chapelle hommage. Wilhiam Zitte nous confie : « La chapelle lé officielle, c’est un monument historique. Mwin la mét dé Ti-bondié anndan. Ils mériteraient tout autant d’être classés monuments historiques ». Parfois certaines petites cases bondié renferme un autre plus petit, comme un enfant.
Un pilon géant, comme un autel
En 2002 avec Florence Félix, Wilhiam Zitte avait déjà fait une intervention ayant un lien direct avec l’Inde et l’évangélisation. Cette année il s’attaque à un répertoire plus populaire, touchant au syncrétisme religieux.
Imaginez un lieu de culte réunionnais, avec un pilon géant, comme un autel, entouré de cercles d’autres pilons, posé sur un sol de scories au centre de deux cercles de pilon, semblables à des chapelets. Pour Wilhiam Zitte, « le pilon a une dimension cultuelle ». Il s’intéresse à « la consommation de la roche, qui s’use en même temps que l’on mange » il y voit « une communion avec l’île, avec le basalte ». Le pilon est aussi « un instrument universel, on le retrouve en Inde, et partout dans le monde à des époques même lointaines ».
Pour arriver à cet autel de pilons, vous emprunterez un tapis de gonis, rouge, et vous ne manquerez pas de déposer vous aussi une bougie aux pieds des multiples cases bondié, surmonté de tableaux les représentant comme des pictogrammes. Votre bougie brillera au cœur de centaines de plaques de remerciements, de merci, de reconnaissance.
Sur certaines plaques l’écriture disparaît, merci est écrit avec des personnages, « Mersi lé ékri an moun », personnages qui correspondent à l’écriture qu’il y a sur les plaques, sortant ainsi du langage officiel. Un des tableaux raconte la légende de Saint-Thomas, à la manière des illustrations bibliques.
Tout le lieu est transformé, de grands rideaux tombent du plafond, laissant transparaître dans la lumière, d’autres personnages en mouvement dont on ne sait s’ils tombent, s’ils s’élèvent, s’ils dansent…
Dans une obole avant de sortir n’oubliez pas de piocher un des petits papiers frappés du sceau Ti-Bondié. Avec de la chance au lieu de merci, de remerciements, de reconnaissance… vous aurez peut-être la chance de saisir le conseil du plasticien : « Fo pa di mersi » ou « Mersi pa… i fo pa di mersi ». À méditer.
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