Vendre le pays ne suffirait pas à rembourser

La dette des USA franchit les 40 000 milliards de dollars

21 août, par Manuel Marchal

La dette des États-Unis vient de dépasser 40 000 milliards de dollars, révélant les limites d’un modèle fondé sur l’endettement. Malgré la puissance affichée par Donald Trump, Washington accumule les déficits tandis que pauvreté et précarité persistent. Hausse des droits de douane, guerre contre l’Iran et invasion du Venezuela s’inscrivent dans une stratégie de diversion politique et de contrôle des ressources stratégiques. La dette pourrait atteindre 56 000 milliards en 2036.

La dette publique des États-Unis vient de franchir un seuil vertigineux. Selon le Trésor américain, l’endettement fédéral total a dépassé mardi les 40 000 milliards de dollars. Ce nouveau record révèle l’impasse d’un système économique qui finance ses guerres et sa consommation par l’endettement auprès des autres pays du monde.
La dette avait franchi les 30 000 milliards de dollars en janvier 2022, puis les 39 000 milliards en mars dernier. En moins de dix ans, elle a donc quasiment doublé.

35,9 millions d’Américains dans la pauvreté

L’envolée de la dette s’est accélérée avec la crise financière de 2008, puis avec la pandémie de Covid-19. Mais Washington n’est jamais revenu à la trajectoire antérieure. Guerres, dépenses militaires, sauvetages des banques, et plans de soutien aux capitalistes endettés ont durablement gonflé les déficits.
Cette fuite en avant intervient alors que la situation sociale demeure préoccupante. Fin 2024, 35,9 millions d’Américains vivaient dans la pauvreté et environ 770 000 personnes étaient sans domicile. Plus de 12 % de la population dépendait par ailleurs de l’aide alimentaire fédérale.

Les diversions de Trump

Face à cette situation, la politique de Donald Trump apparaît aussi comme une stratégie de diversion. La hausse massive des droits de douane permet de désigner les importations et les concurrents étrangers comme responsables des difficultés économiques américaines, tout en donnant à la Maison-Blanche l’image d’un pouvoir qui « agit ».
La même logique se retrouve dans la politique extérieure. La guerre contre l’Iran et l’invasion du Venezuela s’inscrivent dans une stratégie de puissance destinée à détourner l’attention des difficultés intérieures, à quelques mois des échéances électorales, tout en renforçant la mainmise des États-Unis sur les ressources stratégiques. Derrière le discours sur la sécurité nationale se joue ainsi une bataille pour le pétrole, les minerais et les marchés.
Cette politique ne résout pourtant pas le problème fondamental : les États-Unis dépensent plus qu’ils ne peuvent durablement financer. Le recours à la puissance militaire et à la pression commerciale permet de gagner du temps politiquement, mais ne fait pas disparaître la dette.

Risque de faillite de la Sécurité sociale

Les projections du Congressional Budget Office sont particulièrement alarmantes. La dette détenue par le public pourrait passer d’environ 31 000 milliards de dollars début 2026 à 56 000 milliards en 2036. Elle représenterait alors 108 % du PIB en 2030 et 120 % en 2036, dépassant largement le record atteint pendant la Seconde Guerre mondiale.
Le vieillissement de la population et l’explosion des dépenses de santé vont encore accentuer cette tendance. La Sécurité sociale américaine, déficitaire chaque année depuis 2010, pourrait devenir insolvable dès 2032, avec une menace de réduction de plus de 20 % des prestations.
Le franchissement des 40 000 milliards de dollars révèle donc un fait : la première puissance militaire mondiale est aussi devenue la première puissance de l’endettement. Pour préserver son modèle, Washington cherche à transférer une partie du coût de sa crise sur ses partenaires commerciaux, mais aussi sur les peuples et les ressources des pays placés dans sa zone de pression.
Derrière les discours de puissance de Donald Trump se profile ainsi une réalité beaucoup moins glorieuse : une économie lourdement endettée, contrainte de multiplier les rapports de force pour préserver sa domination.

M.M.

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