Monde

La précarité, une fatalité ?

“Alon filozofé”*

Roger Orlu / 13 avril 2007

Dimanche dernier, pour la fête de Pâques, le Pape Benoît XVI a longuement évoqué les « calamités naturelles » et les « tragédies humaines », causes de nombreuses « souffrances dans le monde ». Il a notamment parlé des enfants « victimes des guerres et du terrorisme, de la maladie et de la faim ». Face à tous ces malheurs, il a prôné « l’espérance d’un avenir meilleur » par « la prière et le souci partagé du bien commun ».
On ne peut qu’approuver ce prêche du chef de l’Église catholique pour l’espérance, car devant une tragédie ou une injustice, il vaut mieux espérer que se résigner. Cette vertu figure d’ailleurs dans la devise de l’évêque de La Réunion : “Joie, espérance, justice et paix”.
Mais prier et espérer ne suffisent pas. Il faut aussi agir pour améliorer les choses. Et ce n’est pas facile. Entre autres, parce que précisément, la résignation fait souvent partie de nos comportements devant des situations considérées comme “fatales”.

Dans l’édition pascale de “l’Humanité-Dimanche”, le philosophe Guillaume Le Blanc souligne le rôle de la philosophie dans « la critique sociale ». À ce propos, il note que « la précarité est en passe d’être un terme si courant qu’il est devenu aujourd’hui difficile d’imaginer les moyens de la contrer ». L’idéologie dominante tend à « nous faire croire que c’est désormais une dimension naturelle (...), de telle sorte qu’il pourrait sembler nécessaire de l’accepter comme un fait d’existence ».
Guillaume Le Blanc explique que « les formes de précarisation sont multiples » et ne se réduisent pas à la seule relation au travail. Elles sont « une condition qui réunit tous ceux dont la position sociale est menacée ».
Il expose toute une série de mesures à prendre au niveau de l’État pour lutter contre la précarité et conclut : la philosophie doit « traduire (...) la voix des sans-voix pour redonner droit de cité aux vies ordinaires vulnérabilisées et contribuer ainsi à agrandir les limites de l’humain sans considérer comme normale la souffrance sociale induite par les misères de condition et de position engendrées par les différentes figures de la précarité ».
Aux philosophes réunionnais de contribuer à ce combat dans notre île et dans notre région...

Roger Orlu

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