Une Nouvelle Alliance chinoise contre un ennemi commun

La Réunion dans le concert Chine-Taïwan

23 avril, par Ary Yée-Chong-Tchi-Kan

Il y a 2 jours, je posais la question suivante :
Que signifie pour nous Réunionnais, la visite de la Cheffe du principal parti d’opposition de Taïwan à Beijing ? J’avançais l’idée suivante : « La nouvelle alliance chinoise face à l’ennemi commun ». Je suis content de vous informer que les 2 articles précédents parus dans « Témoignages » ont été sélectionnés par Google-Alerts, en résultat de recherche « réconciliation Taïwan Chine ».

La répercussion à La Réunion

La guerre civile en Chine a eu des répercussions à La Réunion. Des Réunionnais siégeaient comme Députés à l’Assemblée de Taïwan, sous la présidence du Kuomintang. L’Histoire a évolué différemment.

1-Ils se positionnaient comme « franco-chinois ». Or, la France a reconnu la Chine communiste depuis 1964. De Gaulle s’explique dans une conférence de presse. Vous pouvez l’écouter dans un dossier de l’Institut Audiovisuel (INA). Je vous gratifie de cet extrait :
« La Chine, un grand peuple, le plus nombreux de la Terre. (…) Toujours résolu à l’indépendance, qui s’est constamment efforcé à la centralisation, d’instinct replié sur lui-même et dédaigneux des étrangers, mais conscient et orgueilleux d’une immuable pérennité. Telle est la Chine toujours. L’entrée en contact de ce pays-là avec les nations modernes, lui a été très dure et très coûteuse. Les multiples sommations, interventions, expéditions, invasions européennes, américaines, japonaises, lui ont été autant d’humiliations et de démembrements. Alors tant de secousses nationales et aussi la volonté des élites de transformer coûte que coûte leur pays pour qu’il atteigne à la condition et à la puissance des peuples qui l’avaient opprimé ont conduit la Chine à la révolution. »

2-Ces Députés habitaient à La Réunion. Or, ici, Paul Vergès se tenait aux côtés de Mao, sur la Place Tian Anmen, le 1er octobre 1961. La photo se trouve dans plusieurs publications. Il était l’invité du PCC. On mesure le prestige du PCR à l’international, tout juste 2 ans après sa fondation, en 1959. C’est un exemple d’un parti politique réunionnais qui assume ses responsabilités, en toute transparence, sans demander la permission à la France.

Dans les familles réunionnaises d’origine chinoise, rares sont celles qui se positionnent ouvertement en faveur de Mao. Ils étaient pistés par les services secrets extérieurs de la Préfecture, leur déplacement et courriers contrôlés. Lorsque Paul Vergès entra en clandestinité, chaque commerçant chinois était suspecté de protéger l’ennemi intérieur. Mon père reçut un courrier l’informant du danger que représentait le fugitif. Pourtant, dans notre maison figurait un poster de Sun Yat sen et de Chiang Kai chek. Telle était la réalité de l’époque : une administration coloniale anti-chinoise.

Le rôle du parti et du journal

Le travail du Parti communiste Réunionnais et de son quotidien « Témoignages » ont resserré les liens avec le Parti communiste Chinois. Le 12 décembre 2025, j’ai fait une conférence pour rappeler le déplacement en Chine, en 1985, d’une délégation officielle du PCR à laquelle j’ai participé. Elle était conduite par Paul Vergès. J’invitais à répondre aux questions suivantes : 40 ans après, qu’avons-nous appris ? Qu’avons-nous retenu ?

La rencontre de XI Jinping et Cheng Lu-win nous indique le chemin :
accentuer le soutien en faveur de la réunification de la Chine.
Inscrire notre réflexion dans la recherche de solutions OBOR (One Belt, One Road), le projet mondial de la Ceinture et de la Route.

La Chine a ouvert son marché, sans tarifs douaniers, à tous les produits venant d’Afrique. Comment La Réunion peut-elle en bénéficier alors qu’elle constitue une enclave européenne au cœur de l’Union Africaine ? Ce bras tendu chinois se passe au moment où Trump ferme le marché américain et conditionne son ouverture à l’imposition de tarifs douaniers insolents.

Qui gagne ? Qui perd ?

Le grand bénéficiaire de cet esprit d’ouverture, c’est surtout les Taïwanais. En effet, durant la période de confrontation, les relations d’affaires ou familiales devaient passer par Hong-Kong, Singapour ou Tokyo. Le Consensus de 1992 a ouvert la voie à l’apaisement, des échanges directs et l’harmonisation des standards, jusqu’à l’établissement de lignes aériennes. Pendant ce temps, le camp de la guerre emmené par les Américains ne cessent de provoquer la Chine, de remettre en cause le principe d’une seule Chine, accentuer la séparation de l’île. C’est un mensonge de faire croire que les 23 millions de Taïwanais pourront tenir tête à la puissante armée d’un pays de de 1, 4 milliard habitants. Ce qui intéresst les américains c’est la vente d’armes et salir la Chine.

Finalement, notre conclusion est la suivante : la rencontre entre les 2 dirigeants contemporains des 2 partis historiques chinois apparaît comme une Nouvelle Alliance chinoise contre un ennemi commun : les États-Unis. Gageons que les 6 jours de visite de Mme Cheng lui auront permis de mieux comprendre la réalité, pour transmettre à ses compatriotes la voie de l’avenir.

Ary Yée Chong Tchi Kan

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