« Le don de soi »

19 janvier 2008, par Roger Orlu

Bien que ne pratiquant aucune religion, j’ai été intéressé par l’invitation publique parue dans “Témoignages” à propos du “Shivarâtri du mois” organisé par l’Ashram Chinmaya de Quartier-Français à Sainte-Suzanne, le dimanche 6 janvier dernier. La particularité de cette cérémonie est qu’elle se déroulait avec la participation de l’Ashram du Port et j’étais attiré par la rencontre de ces deux communautés religieuses, animées respectivement par le Brahmachari Akhilesh et par le Swami Advayananda.
Cette rencontre fut non seulement très fraternelle, ouverte et animée par de magnifiques chants hindous mais encore l’occasion d’entendre des paroles empreintes d’une grande sagesse, invitant à bien des remises en cause. Preuve que la religion, bien que différente de la philosophie, peut être elle aussi porteuse d’un discours rationnel et transformateur de la société.
C’est ainsi que le Swami portois a notamment prôné « une vision du futur » dans les lieux de culte hindou. Cette vision, dit-il, doit enseigner aux fidèles que l’essentiel dans la vie est de « se donner à la société ».
À plusieurs reprises, il a parlé du « don de soi » qui doit animer toutes nos formations, nos réflexions et nos actions. C’est le moyen de « devenir des sages », de « créer une société équitable », de « faire vivre la variété de nos racines dans le respect de notre unité et de l’égalité des cultures comme des religions ».
Cette vision à la fois hindouiste, réunionnaise et humaniste m’a fait penser au combat mené depuis plus de soixante ans par le célèbre philosophe français Edgar Morin. Cet ancien militant communiste et résistant de la première heure à l’occupation nazie, né en 1921, vient de rééditer une de ses œuvres majeures en deux volumes, “La Méthode”, qui « vise à relier les connaissances grâce à la pensée complexe, qui englobe au lieu de séparer. Un combat jamais terminé », selon “Philosophie Magazine”.
Dans un entretien publié dans le dernier numéro de cette revue, Edgar Morin déclare : « D’une certaine façon, je suis resté fidèle à Marx, qui liait la philosophie, l’histoire, l’économie et la politique. J’y ai ajouté le symbolique, le mythique et l’imaginaire, comme dimensions constitutives des personnes et des sociétés humaines ».
Lors de sa dernière conférence de presse, Nicolas Sarkozy a tenté de récupérer la pensée d’Edgar Morin en reprenant son concept de « politique de civilisation ». Le problème, pour le Président de la République, c’est que ce concept n’a rien à voir avec sa politique au service du capitalisme financier ; c’est même tout le contraire, comme l’a rappelé Edgar Morin dans la dernière émission culturelle de France 2, “Esprits libres”, diffusée jeudi soir par Tempo. Le « don de soi » n’a rien à voir avec le « chacun pour soi » et le « tout pour moi ».

Roger Orlu

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